SOCIÉTÉ

La réforme territoriale : un bilan

Avant de dresser la liste (temporaire) des bonnes résolutions, l’heure est au bilan. Car, oui, le gouvernement Valls a réformé. Mais quoi donc ? Notre territoire français, voyons.

Le point

La nouvelle carte de 13 régions remplaçant les 22 actuelles a été adoptée le 13 décembre par le Parlement. Elle s’inscrit dans la continuité du dessin présidentiel présenté le 15 juillet.

Source : SIG Gouvernement

Au premier coup d’œil, la différence n’est pas flagrante. Ce n’est que dans un second temps qu’apparaissent des excroissances variant singulièrement de taille : l’Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine (jusqu’à Châlons-en-Champagne) est comme attendue sous la direction de Strasbourg dans le couloir européen. L’Auvergne-Rhône-Alpes intègre Clermont-Ferrand. Ayant écarté une partition avec l’Aquitaine, Midi-Pyrénées écope du Languedoc-Roussillon. Problème : Montpellier est étouffée par la locomotive toulousaine. Les compétences administratives entre ces deux prétendantes au titre de « capitale régionale » devront être partagées, afin de satisfaire la 15ème aire urbaine. On retrouve les mêmes tensions en Normandie entre Caen et Rouen qui revendiquent une appartenance à l’aire d’influence parisienne ; une solution identique semble être envisagée. La main de Martine Aubry a dû être forcée pour accepter la Picardie.

Des réactions régionalistes

Les régions ne seront pas toutes affublées d’un nouveau patronyme : celles qui demeurent inchangées garderont le leur, les nouvelles devront s’en trouver un avant octobre 2016 pour combler le vide juridique. Exception a été faite pour le Centre, désireux de pouvoir enfin être situé sur la carte nationale : à l’avenir, ce sera Centre-Val-de-Loire. La région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, avec Bordeaux leader face à Limoges et Poitiers, va mettre en place une plateforme où chacun sera libre de proposer un nom, avant d’être soumis au vote en ligne. « Les Hauts de France » pourrait être préféré à l’appellation « Nord » ou encore « Midi-Occitanie » plutôt que « Sud de France ».

Des propositions de regroupement par acronyme ont été formulées, ALCA pour Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne par exemple. Les régionalistes, mécontents que leur identité soit ainsi effacée, préfèrent des noms facilitant la représentation locale et la situation. On notera que les régions inchangées sont fortement identitaires : excepté le Pays de la Loire, le Centre et l’Île de France, la Bretagne, la région PACA, avec Marseille à sa tête, et la Corse n’ont pas été dérangés. Le cas de cette dernière est aberrant si l’on raisonne d’un point de vue économique : le PIB breton de 2011 (81,2 milliards d’euros, soit l’avant-dernier français) représentait près de 10 fois le PIB corse. Les Bretons ont été particulièrement défendus par Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense mais également ancien président de la Bretagne.

Un changement d’échelle

Ce redécoupage a également été voulu pour donner une puissance européenne aux régions. Pour les géographes, c’est une réforme historique permettant de concurrencer par exemple les Länder allemands. Les mots de François Hollande : avoir des régions de « taille européenne » et « capables de bâtir des stratégies territoriales ». D’un point de vue politique, le bilan est plus contrasté : la réforme des cantons reste à venir et surtout, le 22 mars 2015 se tiendront les élections départementales. Jusque-là, aucun problème. Sauf qu’à cette date, la fonction effective des futurs conseillers généraux élus n’aura pas été définie par le Sénat et l’Assemblée. On peut aisément imaginer l’incongruité d’une telle campagne au niveau local… Il y a de quoi aggraver le désamour des Français pour leurs représentants politiques et faciliter l’abstention croissante : comment laisser le champ libre à quelques élus sans connaître exactement l’étendue de leurs fonctions ? Au final, sont-ils si importants ? Personne ne le résumait mieux que François Mitterrand, face au projet de Pierre Mauroy d’une carte de France à 16 régions : « il y a plus de seize socialistes qui veulent devenir président de région. » Donc, 1982 : 22 régions.

On ne peut que se féliciter de cette tentative de simplification du fameux « mille-feuille territorial », mais cette réforme – une « minirévolution » pour Le Monde – n’a pas passionné les Français, qui se disent majoritairement plus attachés à leurs communes. Or, le nombre exorbitant de communes (36 552 recensées en 2011, sans équivalent européen)  est le principal problème de la répartition territoriale.

Enfin, se posera le problème de la répartition des domaines de compétence entre départements et régions, aujourd’hui loin d’être scellé. La gestion des transports scolaires, des collèges et des routes est revenue in extremis avant les fêtes aux départements. Mais cette résolution de réforme a été tenue. Nous aurons tout le temps de revenir sur celles réalisées ou amorcées en 2015.

Auteur·rice

Sudiste exilée à Paris, Mazienne #fromthebeginning. Droguée à l'actu, le plus souvent par seringue radiophonique.

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