John Frusciante, Enclosure

Pour ceux qui ne le connaissent que comme l’ex-guitariste des Red Hot Chili Peppers, John Frusciante est également un chanteur/compositeur qui casse des briques. Il a sorti une petite douzaine d’albums solo depuis 1994. Expérimentaux, avant-gardistes, à la limite de l’écoutable pour les premiers, de vraies mines d’or de bout en bout pour les suivants. Hors du temps. Pop, folk, électo, rock expérimental autant que psychédélique, avec son côté intellectuel, spirituel, viscéral – tout y est, tout se recoupe et se retrouve dans un ensemble de mélodies, de rythmes, de violence et de délicatesse. 

Enclosure ne déroge pas à la règle. 

L’album s’ouvre sur Shining Desert, avec ses cordes, son martèlement, son synthé, plus la voix travaillée en reverb qui créent d’entrée une de ces ambiances très particulières pour lesquelles est réputé Frusciante.

Parlons-en d’ailleurs, de sa voix, sa voix si spéciale qui a une vraie texture, une sonorité unique avec laquelle on est habitués à le voir s’amuser. Lui qui fait souvent tellement de prouesses avec, sautant les octaves et posant sa voix très bas ou très haut dans les aigus avec une aisance déconcertante, la laissant déraper, échapper à son contrôle. Cette fois, son chant est relégué au même plan que les instruments. Le flot de paroles se fond en une mélodie lointaine, les mots se distinguent mal, et cette mélodie vocale donne l’âme du morceau comme il aurait pu le faire avec sa guitare. Cette ouverture est poignante, originale sans être une démonstration technique. Actuelle tout en restant pourtant du Frusciante à 100%, avec sa patte qu’on reconnaît en quelques secondes.

Son chant devient plus clair sur Sleep, en une chanson très nue, très brute. La voix calme et lente se pose sur une rythmique rapide, effrénée, l’effet confus qui en résulte fonctionne à merveille. Dans un second temps le morceau se déforme, oscille entre différentes phases. Il laisse libre cours à sa voix un peu nasale, et tout s’arrête brutalement, comme bien souvent.

Le rythme martelé s’efface sur Stage et laisse glisser une mélopée de notes douces. Les enchaînements sont fous, les rythmes rompus.

Frusciante étant toujours là où on ne l’attend pas, il nous sort un Fanfare très différent de la veine de l’album, avec ce qui serait presque une ballade. Sa structure presque classique est fondée sur un rythme et une mélodie qui tournent en boucle, sur laquelle se base le chant. Le résultat est reposant, agréable à l’oreille, très spirituel, justement. Une véritable accalmie.

Clinch. Structure répétée, calme. Instrumentale. Accumulation progressive de couches, mélodie entêtante bien que mélancolique. Rythme instable. A l’image de sa façon de chanter, la mélodie se distord et passe d’une octave à l’autre. Un chœur féminin apparaît à la fin, tout se déstructure, et prend fin.

Certains morceaux semblent froids et distants, sont très sobres et basés autour d’un couple basse/batterie qui semble en constituer l’essence presque tout au long du disque. L’ambiance est toujours extrêmement travaillée, notamment dans l’intro de Crowded, Excuses et Vesiou. Ce dernier, avec ses chœurs, sa pluie de notes et son rythme simple qui dégénère au fur et à mesure, se muscle, accompagné d’une accumulation de sons qui se brouillent, se bousculent avec des rythmes différents, des tempos différents, des fréquences différentes, causant un bouchage total de la toile sonore qui finit par causer un trop-plein cacophonique.

En un mot, génial.

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