Gold Shadow : Un album aux allures de BO

En ce début 2015 les sorties musicales foisonnent, et c’est tout bonnement impatients que nous avons pris la direction de l’Israël pour vous faire découvrir le second album solo d‘Asaf Avidan, Gold Shadow, disponible à partir du 12 Janvier.

Gold Shadow
Asaf Avidan – Telmavar Records

Fragile et émotif, Asaf Avidan a choisi de se confier à travers Gold Shadow, en nous ouvrant les portes d’un univers centré autour de la « complainte d’une relation qui se meurt », le premier titre, Over My Head – qui n’est autre que le single – s’attardant sur sa relation actuelle. Ici, il nous explique que malgré un « cœur brisé et méfiant  » il est désireux de lâcher prise dans un nouveau refuge, soit celui proposé par sa nouvelle compagne. Et ce sentiment, le chanteur cherche à nous le raconter à sa manière, oscillant entre les genres tout en se libérant de la fâcheuse tendance des Hommes à toujours vouloir tout catégoriser. Il prouve ainsi qu’il est capable d’exploiter pleinement ses influences pour nous offrir un album original aux allures de bande originale de film. Ainsi, cette histoire s’étoffe par le biais d’images seulement vêtues d’une robe musicale qui s’impose à nous sans fioritures, tout un petit cinéma se forgeant dans nos têtes, le tout s’inspirant tantôt de la pop des années 50, tantôt du jazz Big Band des années 30 mais aussi de ballades sixties, des sections de cuivres et violons venant soutenir de superbes morceaux aux allures symphoniques, nous donnant l’impression de nous retrouver au beau milieu d’une bande originale de film. My Tunnels Are Long and Dark These Days en est certainement le meilleur exemple puisqu’il n’est pas sans rappeler le maintenant célèbre Skyfall d’Adèle de par sa section de violons. On se retrouve alors plongé dans cet univers si particulier qui nous entraîne dans les tréfonds de la mélancolie en compagnie de l’israélien qui maîtrise toujours l’émotion à la perfection. Et la ressemblance ne s’arrêtera pas là puisque la fin de A Part Of This nous transportera quasiment dans l’univers de James Bond tout comme l’a si bien fait la chanteuse anglaise au gré des divers instruments qui viennent embellir le morceau. Cependant, c’est plutôt vers la défunte Amy Winehouse que nous nous tournerons pour ce dernier puisque les cuivres nous feront quelque peu penser à l’univers construit par la chanteuse. Ode To My Thalamus poursuivra d’ailleurs dans cette lignée, s’imprégnant de percussions, cuivres et choeurs mais aussi d’un côté synthétique à la The Doors qui nous permettra de nous pencher vers les années 60. Et puis, il y a ce titre un peu particulier dans l’univers cinéphile qui nous amène à penser qu’il s’agit ni plus ni moins d’une reprise : Bang Bang. À première vue, on pensera en effet à ce morceau de Cher dont on aura plutôt tendance à retenir la version de 1966 interprétée par Nancy Sinatra en raison de son utilisation dans le Kill Bill (2003) de Quentin Tarantino, et qui a ensuite connu une seconde vie avec la reprise italienne de Dalida qui figure dans Les Amours Imaginaires (2010) du québécois Xavier Dolan. Et pourtant, nous sommes loin du compte car c’est bel et bien une composition que nous offre Asaf Avidan, décriant ni plus ni moins son amour à une femme, les paroles semblant nous transpercer telles des balles reçues en plein cœur à chaque « bang », la violence se ressentant dans la voix de l’homme. Mais au delà de ce sentiment, nous pouvons percevoir une invitation au voyage, les sonorités se rapprochant quelque peu des films d’animations de Miyazaki nous confrontant à l’Asie. Par la suite, Labyrinth Song nous rappellera par sa lenteur et la manière dont est dégagée l’émotion le premier succès du chanteur Reckoning Song (2008) mais aussi Bang Bang (You Shot Me Down).

Asaf Avidan - Photo  Ojoz
Asaf Avidan – Photo Ojoz

L’espace d’un instant, nous quittons l’univers plus que cinématographique construit autour de cet album pour nous attarder sur quelques titres se dissociant du reste dont on retiendra surtout The Jail That Sets You Free et ses claquements de mains que l’on imagine déjà très bien dans sa version live, la batterie et un gimmick accrocheur que l’on pourrait rapprocher des Lilly Wood And The Prick ou Arctic Monkeys, venant soutenir le tout, nous proposant un morceau réfléchi et construit. On finit par entrer dans la farandole de These Words You Wanna Hear, les choeurs d’enfants restants en tête sur un fond d’accordéon et de synthétiseurs avant que Little Parcels Of An Endless Time ne nous rapproche d’un contexte très actuel même si les mélodies synthétiques et les percussions, ici, sont lentes. Et puis, parce qu’il faut bien un peu revenir au cinéma, la fin particulièrement instrumentale pourrait parfaitement trouver sa place dans un film. En guise de conclusion, l’israélien nous attendrit avec une belle ballade en guitare / voix au nom de Fair Haired Traveller qui nous bercera du début à la fin, la mélancolie persistant encore et toujours dans la voix du chanteur.

Et si Asaf Avidan avoue ne jamais s’être autant investi dans un disque tant sur le plan textuel que vocal que pour Gold Shadow, nous lui en sommes des plus reconnaissant puisque, malgré un album d’une courte durée (45min), l’ancien membre des Mojos a réussi à nous combler grâce à sa voix hors du commun et ses superbes mélodies proches de la mélancolie auquel il nous avait déjà habitué avec son précédent opus, Different Pulses (2013). À noter que Asaf Avidan se produira au Zénith de Paris le 18 Mars 2015.

Elise

Mordue de musique, littérature, cinéma et photographie. S'adonne à la musique et à l'écriture à ses heures perdues.

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