SOCIÉTÉ

L’accord climatique sino-américain, vraiment “historique” ?

Un an avant la conférence sur le climat prévue à Paris fin 2015, Pékin et Washington sont parvenus à un accord ce mercredi 12 novembre, afin de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Les deux plus grands pollueurs de la planète se sont mis d’accord sur des objectifs chiffrés afin de lutter contre le réchauffement climatique. La Chine, pays qui produit le plus de gaz polluants, s’est fixé l’objectif d’un pic de ses émissions de gaz à effet de serre « autour de 2030 ». Pour les Etats-Unis, une réduction des émissions de 26 à 28 % d’ici à 2025 par rapport à 2005. Cet accord a été décrit comme « historique » par Barack Obama, mais l’est-il réellement, puisqu’il n’est pas contraignant ? De plus, les deadlines, en plus d’être éloignées, semblent également être associées à des objectifs insuffisants.

« Historique » ?

Le 23 septembre dernier, un sommet sur le climat avait déjà eu lieu à New-York durant lequel Zhang Gaoli, premier vice-premier ministre de Chine, avait annoncé que la Chine voulait au plus tôt atteindre un pic d’émissions pour ensuite les réduire. Par ailleurs, la Chine avait déjà annoncé vouloir réduire l’intensité carbone (émissions de GES par unité de PIB) de son économie de 40 % à 45 % d’ici à 2020 par rapport à 2005. Cependant, aucune date précise n’avait été fixée ; seule la mention de l’année 2030 comme objectif – éloigné – s’ajoute à l’accord du 12 novembre dernier, rien de bien inédit.

Néanmoins, le fait qu’une date de « pic » soit fixée signifie que jusqu’à cette date, les émissions chinoises continueront d’augmenter. Au final, cet accord célèbre donc l’impunité avec laquelle les dirigeants chinois pourront battre chaque année un nouveau record d’émissions de gaz à effet de serre.

Quant aux Etats-Unis, ils ont choisi de prendre leur engagement de réduction d’émission de gaz à effet de serre avec comme base de référence l’année 2005. Or, il s’agit de l’année où les émissions du pays n’ont jamais été aussi fortes, avec près de 7200 Mt CO2e (Million metric tons of carbon dioxide equivalent, c’est à dire “Tonne équivalent CO2”). En effet, l’année de référence utilisée d’habitude comme année de comparaison internationale est 1990. Ramenés à cette année, les objectifs américains sont vus sous une toute nouvelle perspective – beaucoup plus modestes : -13,8 % en 2025 par rapport à 1990. Soit un effort annuel d’à peine -0,43 %.

Source : lemonde.fr

Source : lemonde.fr

Suffisant ?

Le 2 novembre dernier, une synthèse des rapports du GIEC a été publiée, rappelant les objectifs à atteindre. Afin d’éviter un réchauffement de 2°C d’ici 2100 – objectif fixé lors de la conférence de Copenhague en 2009 – il faudrait ne pas dépasser une concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère de 450 partie par million (ppm). Cela signifie que les émissions mondiales doivent être réduites de 40 % à 70 % d’ici… 2050 (par rapport à l’année 2010).

Les Etats-Unis et la Chine, représentant à eux seuls près de la moitié des émissions mondiales (environ 45 %), ont donc une grande part de responsabilité dans la réalisation de cet objectif. Malheureusement, l’accord pris ce 12 novembre dernier n’est pas suffisant.

En effet, selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie, les températures pourraient augmenter jusqu’à 3,4 °C d’ici à 2030 si la consommation énergétique se poursuit comme actuellement. Or la fixation d’un pic d’émission chinois avec une date aussi éloignée, et les modestes objectifs pris par les Etats-Unis ne va pas arranger les choses.

Exemplaire ?

Il est important de mentionner le contexte dans lequel l’annonce de cet accord a été faite. En effet, ce dernier s’est réalisé en dehors de toute négociation internationale, délégitimant et marginalisant donc grandement les Etats-Unis et la Chine.

De plus, l’objectif fixé pour 2025 par les Etats-Unis semble être une pique lancée aux institutions intergouvernementales chargées de réguler les négociations climatiques internationales. Celles-ci invitent en effet les Etats à fixer des objectifs pour 2030.

Cet accord ne semble en fait uniquement montrer que les deux géants ne comptent pas se laisser marcher sur les pieds.

Pékin, place Tiananmen, le 11 octobre / Source : lemonde.fr

Pékin, place Tiananmen, le 11 octobre / Source : lemonde.fr

Un enjeu politique

L’insuffisance des objectif de cet accord est à déplorer. En effet, les problèmes climatiques se font de plus en plus pressants dans la sphère politique aujourd’hui. Il serait temps qu’ils soient pris plus au sérieux.

Ainsi, la lutte contre la pollution atmosphérique en Chine est devenue un enjeu majeur de la politique intérieure. Le mécontentement se fait sentir, les métropoles saturées étouffent. Certes, Xi Jinping s’est engagé à faire du combat pour améliorer la qualité de l’environnement une priorité de son mandat. Nous attendons les résultats.

Du côté américain, cet accord pourrait se heurter à l’opposition des élus du Congrès américain. En effet, le tout nouveau leader républicain au Sénat, Mitch McConnell, s’est empressé de fustiger ce projet dès son annonce. Il l’a décrit comme étant un « projet irréaliste que le président refourguera à son successeur » et qui annonce « des prix de l’énergie encore plus élevés et encore beaucoup moins d’emplois ».

Auteur·rice

Attachée de presse de cinéma et blogueuse, je fais partie de l'équipe de Maze depuis plus de quatre ans maintenant. Le temps passe vite ! Je suis quelqu'un de très polyvalent: passionnée d'écriture ("j'écris donc je suis"), de cinéma (d'où mon métier), de photo (utile pour mon blog!), de littérature (vive la culture !) et de voyages (qui n'aime pas ça?). Mon site, www.minimaltrouble.com, parle de développement personnel, de productivité, de minimalisme mais aussi de culture :)

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