SOCIÉTÉ

Ghoncheh Ghavami, le triste symbole de l’Iran

Ghoncheh Ghavami. Cette personne ne vous dit certainement rien, mais son histoire mérite une attention particulière. En effet, depuis plus de cent-trente jours, cette jeune femme de 25 ans se trouve en détention provisoire dans la prison d’Evin en Iran. La raison ? Elle est accusée de “propagande contre le régime” iranien, alors qu’elle a été arrêtée après avoir voulu assister à un match de volley à Téhéran. Retour sur une affaire floue dont l’issue l’est tout autant.

20 juin 2014 – Téhéran. A quelques jours de la rencontre de Ligue mondiale de volley-ball entre l’Iran et l’Italie, plusieurs centaines de femmes manifestent devant le stade Azadi, se trouvant dans la capitale. En effet, celles-ci étaient présentes pour protester contre l’interdiction faite aux femmes d’accéder à des rencontres de volley-ball depuis 2012.

Souhaitant obtenir le droit de supporter son équipe nationale, Ghoncheh Ghavami se trouve victime de l’intervention policière visant à calmer la manifestation. Elle fut placée en garde à vue avec une vingtaine d’autres femmes présentes dans le mouvement, puis relâchée sans ses effets personnels. La jeune femme, quelques jours plus tard pour récupérer son téléphone portable, va rapidement se trouver au cœur d’une affaire nationale bien trouble.

Une détention provisoire interminable

Possédant la double nationalité anglaise et iranienne, l’étudiante en droit de 25 ans se rend au centre de Vozara afin de reprendre les différents effets personnels confisqués par la police. Mais arrivée sur place, elle est de nouveau arrêtée et placée cette fois-ci en détention provisoire, sans réelle justification de la part des autorités. Nous sommes donc le 30 juin, et c’est à partir de ce jour-là que la descente aux enfers commence pour la jeune femme, venue en Iran pour travailler auprès d’associations.

Mise à l’isolement pendant 41 jours selon Amnesty International, Ghoncheh Ghavami subit de nombreuses pressions au sein de la prison d’Evin, où on lui demande de changer d’avocat, en la menaçant indirectement de mort. Au centième jour de sa détention, elle décide d’entamer une grève de la faim afin d’interpeller les autorités extérieures, qui s’intéressent peu à sa situation désespérée. Malgré tous ses efforts, peu d’informations ont été délivrées pour justifier cette interminable détention.

Cependant, les autorités basées à Téhéran se sont prononcées sur l’affaire. En effet, bien qu’elle ait été arrêtée sur le lieu de la rencontre, son arrestation n’aurait aucun lien avec la manifestation. Selon plusieurs médias britanniques, Ghoncheh Ghavami serait accusée de “propagande contre le régime”, soit de salir la réputation de l’Etat iranien. Son procès a eu lieu le 14 octobre dernier et le verdict est toujours attendu, sa famille clamant son innocence, dans un dossier où les faits reprochés à la jeune femme sont encore inconnus.

Un soutien grandissant sur Internet

Depuis quelques semaines, diverses campagnes de soutien fleurissent sur Internet pour demander la libération de la jeune iranienne. Sa mère, Susan Moshtaghian, après avoir gardé le silence pour faciliter la possible libération de sa fille, est inquiète pour sa santé et clame son innocence.

A l’international, le soutien est de plus en plus fort, puisque trois cents activistes ont adressé une lettre ouverte destinée à Hassan Rohani, élu par des citoyens déçus par son immobilisme. Depuis plusieurs années, ces personnes dénoncent les conditions insupportables de détention dans les prisons ainsi que l’absence de protection envers les citoyens iraniens qui ont permis sa victoire.

De surcroît, Iman, le frère de la jeune iranienne, a créé une pétition, accessible ici, qui a déjà été signée par plus de 600 000 personnes. Malgré cela, toutes ces actions intenses restent vaines, Ghoncheh Ghavami étant toujours derrière les barreaux, et risquant jusqu’à sept ans de prison ferme.

Derrière cette affaire, une question nationale

Cette affaire, même si elle n’a officiellement aucun lien avec la manifestation et ses revendications, met en avant le problème de l’interdiction d’entrée pour les femmes lors d’une rencontre sportive. En effet, pourquoi Ghoncheh Ghavami, comme la majorité des femmes de son pays, n’est elle pas autorisée à assister à ces rencontres sportives nationales et internationales ?

Le régime iranien a ainsi instauré une mesure, certainement dès le début des années 80, qui interdit toute présence féminine dans les stades de football. Elle a été étendue depuis 2012 aux rencontres de volley-ball, les manifestantes souhaitaient donc défendre le droit de supporter pacifiquement leur équipe nationale. Malgré des cas exceptionnels comme en 2013 où deux milles places étaient réservées aux femmes lors d’un autre match de volley, la mesure est souvent appliquée, comme lors des retransmissions de la Coupe du Monde de football.

Ces modalités d’entrée dans les stades, à l’initiative de la fédération iranienne de volley et de la police nationale, visent officiellement à protéger les femmes d’un comportement trop brutal des supporteurs masculins. Derrière ce prétexte de “protection” de la femme, la réalité est bien différente : la mixité dans les stades n’est pas dans l’intérêt général pour le régime iranien, les femmes faisant les frais de ces mesures d’une grande injustice. On comprend donc facilement l’intérêt pour les femmes iraniennes d’organiser ces mouvements revendicatifs.

Dans une certaine indifférence du gouvernement iranien face à “l’affaire Ghoncheh Ghavami” , il est donc normal de dénoncer la détention injustifiée d’une jeune femme n’ayant eu qu’une intention pacifique : celle de vouloir accéder à une manifestation sportive, sans discrimination à l’entrée.

De plus, le comportement de la police iranienne est à dénoncer : entre la violence de celle-ci sur des jeunes dansant dans les rues de Téhéran et ses nombreuses arrestations de femmes, son rôle ne s’apparente plus à celui de protéger la population. C’est donc à partir de cet événement tragique qu’il faudrait poser la question suivante à Hassan Rohani et son gouvernement : peut-on qualifier de crime la volonté d’assister à une rencontre sportive lorsqu’on est une femme ?

Auteur·rice

Jeune étudiant caennais passionné par une musique éclectique (Foals, Muse, Hyphen Hyphen et autres Watsky), intéressé par un cinéma grand public, mais aussi avide de sports en tout genre.

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