SOCIÉTÉ

Le temps du courage

S’il est une vertu qui n’existe pas chez les hommes et femmes politiques français, c’est la vision à long terme. Ségolène Royal essaye de déroger à la règle en présentant à l’Assemblée Nationale son projet de loi pour la transition énergétique et la croissance verte. Qualifié de “chantier majeur du quinquennat” par le président Hollande, ce projet de loi doit permettre d’aller vers une meilleure efficacité énergétique, promouvoir les énergies renouvelables, et bien sûr, créer de l’emploi.

Les propositions faites par Ségolène Royal sont nombreuses : la fermeture d’un ou plusieurs réacteurs lorsqu’un nouveau est ouvert, priorité à la rénovation thermique des bâtiments pour avoir un parc immobilier moins gourmand en énergie, une “taxe carbone” revisitée, l’obligation de 50 % de véhicules électriques dans les flottes de transports publics, ou encore la réduction de 30 % de notre consommation d’énergie fossile d’ici à 2030.

Même si l’initiative de la ministre de l’Écologie est louable et que les propositions sont concrètes, elles apparaissent surtout comme des mesures de bon sens. Même si l’on parle de 2030 voire 2050, le gouvernement se contente de mettre en place des mesures immédiates et nationales, sans penser à la transition énergétique et au développement durable à différentes échelles. La question du nucléaire n’est par exemple pas tranchée. Si la promesse de François Hollande de réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75 % à 50 % d’ici à 2025 est inscrite dans la loi, il n’est pas explicitement question de fermer des réacteurs, comme celui de Fessenheim.

Mais entendons nous bien, je ne reproche rien personnellement à Ségolène Royal. Elle fait un peu comme elle peut avec ce qu’elle a. En effet, les aides accordées à la transition énergétique seront données sous formes de crédit d’impôts et autres remises fiscales, le gouvernement excluant quasiment tout investissement, la rigueur budgétaire étant devenue le seul objectif qui vaille. Comme trop souvent, ce gouvernement manque de courage. Il n’y a pas le choix : pour répondre à l’urgence du changement climatique, il faut investir dans l’économie verte. Avoir du courage, c’est faire de la pédagogie, pour expliquer aux Français que nous ne pouvons plus consommer de l’énergie comme nous le faisions jusqu’ici, c’est baisser le coût des transports en commun pour que chacun laisse sa voiture au garage quand c’est possible, c’est dire à l’Union Européenne qu’on ne peut pas accepter un commissaire européen au climat lié aux lobbys pétroliers.

Ségolène Royal est la troisième ministre de l’Écologie du quinquennat, ministère qui affiche donc le même nombre de ministres en deux ans que les ministères de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse, soit les trois priorités de François Hollande pendant la campagne. Quand le Président de la République a autant de mal à montrer cohérence et constance dans son action, l’écologie doit être un marqueur de stabilité, et une grande cause nationale. Rigueur budgétaire ou souci de l’avenir de la planète ? À François Hollande de définir sa priorité.

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