Saint-Michel : from Beijing to Carhaix

Le groupe Saint-Michel que nous avions déjà rencontré pour le numéro d’avril nous a offert quelques minutes d’interview lors de leur passage au festival des Vieilles Charrues.

Maze : On sait que vous avez fait un festival en Chine. Est-ce-que vous pouvez nous dire comment ça s’est passé, quels ressentis vous avez pu avoir ?

St-Michel : En Chine, c’était chant-mé, une vraie aventure. Musicalement, c’était incroyable, parce que les Chinois, ils sont complètement fous, ils sont dingues. Ils voient trois Européens monter sur scène, ils sont en transe, en délire. Je dis ça parce que ce n’est pas par rapport à nous, à Saint-Michel, ils ont vraiment une espèce d’engouement pour la musique occidentale, qui fait qu’il y avait une ambiance démentielle. Et tu te retrouves avec des milliers de Chinois qui t’imitent. Si tu lèves le pied gauche, ils lèvent tous le pied gauche. Il y a un truc complètement dingue, parce que c’est hyper vierge là-bas comparé à ici, où tu te retrouves dans un club parisien, tout le monde est blasé, et tout le monde pense avoir tout vu. Il y a une ambiance très bonne. Bon après, c’est compliqué pour manger correctement mais … Et puis pour parler en chinois aussi !

Maze : Comment on appréhende un festival Chinois ? Est-ce-que par exemple ce soir, vous appréhendez un festival sur une scène bretonne différemment, ou est-ce-que c’est toujours pareil ?

St- Michel : Ouais, quand même, parce que le temps pour venir ici, c’est carrément moins long quoi… On a pris 4 ou 5 avions pour faire deux concerts en Chine. Plus de temps de voyage quoi, c’est la principale différence en terme d’appréhension. Là, il y a 6h de car. Après, on ne fait pas de préparation particulière par rapport à ici ou en Chine ou aux Solidays. C’est juste que là, c’est l’ambiance qui te nourrit. D’être en plein air, d’être sous un chapiteau, d’être avec vous, ou d’autres personnes, c’est la journée qui se construit comme ça et c’est ça qui compte. C’est ça qui joue sur le fait de te sentir bien, détendu, ou de te sentir stressé, si le truc est mal ficelé, si tu vois que le truc a l’air un peu compliqué… C’est les détails de construction de la journée qui comptent. Après, ça arrive qu’on arrive super stressés, trop mal, et que le concert soit génial et que ça se passe super bien.

Maze : Vous nous parliez justement de TROIS Européens qui montent sur scène. Vous parlez donc de vous en tant que trois personnes, vous avez votre batteur… Justement, sur le deuxième album, il est très présent, à la base, c’était plutôt pour les concerts, c’est ça ?

St-Michel : Ouais, justement, il va être encore plus présent. Il aura plus de trucs à enregistrer live. Guitare batterie, piano basse batterie. Mais bon, comme il nous trompe avec d’autres groupes, on est encore sûrs de rien (rires)

Maze : On parlait de votre concert en Chine, vous nous aviez dit dans l’interview précédente que votre groupe avait une visée universelle, par votre nom déjà. Vous nous aviez expliqué que l’universalité faisait partie de votre projet, est-ce-que vous avez plus de visée internationale maintenant que vous êtes allés en Chine ? Est-ce-que vous avez eu des opportunités ailleurs, est-ce-que vous allez continuer dans cette voie ?

St-Michel : C’est vachement dur de répondre à ça parce que c’est une histoire d’opportunités. Notre visée n’est pas limitée, il y aurait des gigs, des concerts et des festivals organisés sur Mars, on irait. On aurait la possibilité d’y aller. Donc on va juste partout où on peut aller et partout où on peut proposer notre musique. Ce n’est pas un truc de stratégie de se dire, quand on a le cul posé dans notre canapé « Ouais, nous on va attaquer les States et la Chine de l’Est ». Ça dépend comment les choses se présentent. Simplement,  on n’a pas non plus envie de ne jouer que dans notre quartier, on a envie de voyager, de rencontrer des gens et de jouer partout où on peut jouer. Donc la Chine fait partie du panel. Après, c’est vrai que c’est des nouveaux territoires parce que je pense qu’il y a 25 ans, c’était vachement plus compliqué d’aller jouer en Chine. Et c’est juste des portes qui s’ouvrent. Après, on est allés jouer en Chine et, justement pour la petite anecdote, on a fait le premier concert où on a pu jouer tout notre set et quand on est arrivés à Pékin, il y a un mec qui est monté me voir sur scène pendant les balances et qui m’a expliqué qu’il y avait deux titres qui étaient interdits pour des raisons politiques. Donc voilà, c’est aussi ça la Chine. C’est un peu spécial par rapport à ça. En même temps, ça change rien non plus, mais ça fonctionne un peu différemment d’ici où tu peux te mettre à poil et dire « Fuck you » tous les deux mots et où ça ne fait ni chaud ni froid. On a pas pu garder beaucoup le contact avec le public chinois d’ailleurs, vu qu’ils n’ont pas Facebook ni Twitter ni ce genre de trucs. C’est un peu triste.

Maze : Vous jouez en même temps qu’Elton John. Vous êtes un groupe qui débute, alors qu’Elton John ne débute pas. D’ailleurs, rien que son nom … Alors par rapport à ça, est-ce-que vous êtes fiers de jouer en même temps ou est-ce-que ça vous inquiète ?

Emile : Ouais, on est super fiers. Après moi je ne connais pas très très bien Elton John, ce n’est pas ce que j’écoute le plus mais dans le car, je me suis dit qu’on aurait dû faire une petite reprise puisqu’on joue en même temps qu’eux, ça aurait été rigolo quoi ! Mais ouais, en tout cas ça me fait rire de jouer en même temps qu’Elton John. En plus, on est super touchés par le fait de pouvoir collaborer, on ne collabore pas avec Elton John mais avec ces vieux dinosaures. Par exemple, on a joué avec le saxophoniste des Supertramp sur l’album, c’est une fierté de ouf pour nous d’être plus ou moins proches de ces gens-là qui étaient là avant nous et qui ont ouvert plein de voies, de portes et de chemins.

Philippe : Moi j’adore les débuts d’Elton John. Je crois que c’est le premier album où il y a, d’ailleurs c’est un de ses tubes, une chanson qui s’appelle « Your song » et dont la version d’origine est super belle. C’est difficile à trouver sur Youtube, on tombe toujours sur des versions live un peu pourries de plateaux télés un peu chelous, mais la version studio, ça sonne super années 70, ça sonne hyper bien.

Maze : Dernière question, si vous deviez choisir un vinyle pour décrire un peu l’ambiance, l’état d’esprit dans lequel vous êtes, qui collerait bien à votre état d’esprit de ce soir et des Vieilles Charrues, lequel serait-ce ?

Emile : Je pense à un truc un peu paysan sur les champs et tout tu vois. Le côté maïs, tu sais.

Philippe : Y a un vinyle qu’on écoute chez moi de temps en temps, mais je ne saurai pas donner la référence. C’est un vieux vinyle de John Lee Hooker, c’est un album live, il est là à taper avec sa botte et à  jouer de la gratte. Avec un enregistrement mais tellement vieux, tu as l’impression que ça passe dans un téléphone. Mais c’est génial parce que tu as cet espèce d’âme de champs, de nature, tu as l’impression que le mec est sur une carriole, comme ça, sur une vieille charrue quoi.

Amélie Coispel

Journaliste en terre bretonne, je vagabonde entre les pays pour cultiver ma passion de théâtre, de musique et de poivrons (surtout de poivrons). J'essaie tant bien que mal d'éduquer à l'égalité entre les sexes, il paraît qu'on appelle ça le féminisme. J'aime bien les séries télé dans mon canapé et passer des soirées dans les salles obscures. Bref, peut-être ici la seule personne normale.

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