Pour : Boyhood

Filmer l’enfance et l’adolescence d’un jeune homme quelconque, sacré défi. Pari réussi haut la main.

12 ans. C’est ce qu’il aura fallu pour tourner Boyhood. A raison d’une semaine chaque année pendant laquelle l’équipe se retrouvait, le réalisateur parvient à filmer l’enfance d’un homme. Il faut d’abord saluer le montage, parfaitement réussi. Ce n’est pas rien d’assembler 12ans d’une vie en 2h45 de film. Et c’est encore plus difficile d’y donner une cohérence et un rythme.

Pourtant on ne s’ennuie pas devant Boyhood. On pourrait évidemment reprocher au film de ne filmer qu’une infime partie d’une vie banale. Mais cela serait un leurre. C’est justement la force de Boyhood, filmer le quotidien qui est ici la construction d’un garçon. Boyhood n’est rien d’autre qu’un film initiatique pour son héros dans lequel on peut tous se retrouver. Tout y passe, l’enfance, parfois difficile, les amitiés, les déménagements, le divorce des parents, les premières fêtes, puis les premières copines… tout cela ponctué par des fragments de notre génération, l’attente du nouveau tome d’Harry Potter, l’élection d’Obama, la guerre en Irak, l’utilisation de Facebook. Boyhood peut se voir comme un film qui raconte et décrit notre génération mais c’est aussi un film de société. C’est un souvenir pour l’avenir car ici tout est vrai. On montre comment fonctionne une famille américaine, le rapport entre ses membres, le rapport, aussi, aux armes ou à la technologie. On ne romance pas, on montre.

Alors oui, c’est banal, atrocement banal même, mais c’est la force du film, de faire du quotidien l’intrigue. Ne rien inventer de surprenant qui ferait de ce garçon un héros à sa manière. Non, c’est simplement une vie que l’on illustre, de la plus belle des façons. D’accord, ce n’est pas La vie d’Adèle avec des pics émotionnels intenses, mais cela n’en a pas la vocation. L’émotion se ressent grâce à ce que l’on partage avec le personnage principal. On a envie de le connaître, de le comprendre et d’analyser ce qui fera qu’il deviendra un homme. Boyhood est de ces films incroyablement touchants car il ne sublime rien, il est vrai. Et c’est cette description minutieuse, jamais bâclée, toujours réussie, qui en fait un chef d’œuvre à sa manière.

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