La maladie des 4H ?

Aujourd’hui, on parle beaucoup moins du Sida que dans les années 80, les plus gros foyers de l’épidémie se sont déplacés, la maladie est mieux acceptée. Pourtant à ce jour, aucun vaccin n’a été trouvé et le Sida a fait 30 millions de morts en 30 ans. En 2011, 34,2 millions de personnes vivaient avec le VIH/Sida dans le monde, dont plus des deux tiers en Afrique. Une bonne raison de faire travailler notre mémoire.

LA MALADIE DES 4H

Les débuts de l’épidémie du Sida datent de 1981, quand sont signalés, dans les villes de Los Angeles, San Francisco et New York, des cas de pneumonies  et de sarcomes de Kaposi. Les premières victimes appartiennent à la communauté homosexuelle, dans la foulée le “Poppers” est soupçonné comme cause de la maladie. Immédiatement, le Sida se voit étiqueté « cancer des gays », début d’une longue stigmatisation.
Les personnalités connues du grand public qui succombent de la maladie sont bien souvent des artistes homosexuels (Freddie Mercury en 91, Miles Davis en 91, Liberace en 87) ce qui renforce l’image d’une maladie de marginaux homosexuels jusqu’au milieu des années 90. Pire, dans les milieux conservateurs on est alors convaincu à l’époque que “la maladie a été créée par Dieu afin de punir les populations décadentes : homosexuels, drogués mais aussi populations noires”. Les Noirs comptent alors pour 13 % de la population américaine et 50 % des cas de personnes frappées par le Sida.

En France les premiers cas sont détectés en 1982. Grâce aux travaux de l’institut Pasteur notamment, on commence à comprendre que le virus se transmet non seulement par voie sexuelle entre homosexuels, mais aussi entre hétérosexuels et aussi par voie sanguine lors de transfusions ou via les coagulants pris par les hémophiles. Le cancer des gays devient alors la maladie des 4H pour Homosexuels, Hémophiles, Héroïnomanes, Haïtiens. En effet la fréquence de la maladie est très grande parmi les immigrés haïtiens aux États-Unis, et Haiti est alors soupçonné par beaucoup d’être l’épicentre du virus, ce qui a depuis été formellement démenti.

Au cours des années 80, on craint toujours de leur serrer la main, ou de partager un verre avec les victimes de l’épidémie, y compris dans les hôpitaux, où infirmiers et aides soignants craignent d’approcher les malades par peur que la maladie leur saute au visage, renforçant un isolement déjà insupportable.
En 86 de nouvelles mesures sont prises par la ministre de la Santé afin d’enrayer la propagation du virus chez les homosexuels et les toxicomanes, en autorisant la publicité pour les préservatifs et la vente libre de seringues. Ces mesures choquent une frange massive des conservateurs, le Front National tristement constant sur ce sujet, en profite.
En 1996 la trithérapie fait son apparition, et malgré des effets secondaires très lourds, les femmes qui représentent la moitié des séropositifs du monde, peuvent désormais avoir des enfants sans risque de transmettre le virus. Un progrès qui ne saurait être une victoire sans une prise de conscience des réalités de la maladie, de la part du grand public, mais aussi de la communauté homosexuelle qui aura duré près de 15 ans.

La politique de l’autruche

En 1996 Frédéric Martel dans « Le rose et le noir » relate l’attitude des gays devant l’apparition de l’épidémie, et on reste sans mots devant l’incapacité de la communauté homosexuelle française à adopter des résolutions devant une maladie qui ne tardera pas à faire des ravages et dont on ne sait encore rien.
En octobre 84, le premier cas de Sida en France a été découvert depuis deux ans, pourtant la presse homosexuelle applique la politique de l’autruche : « Nos lecteurs n’aiment pas entendre parler de cette maladie, ils aiment la fantaisie, les jolis garçons en couverture. Si nous commençons à parler du sida, les ventes vont baisser », dit ainsi le rédacteur en chef de Gai Pied Hebdo, en octobre 1984, à Daniel Defert (fondateur de l’association AIDES). Mais l’aveuglement est aussi total de la part l’Association des médecins gays (AMG), qui va jouer, dans ses premières années, un rôle dramatique de confusion en s’opposant à toute médiatisation de la maladie.

Mais dès lors comment reprocher à une communauté martyrisée depuis des siècles de ne pas vouloir attirer la lumière des projecteurs ? Conscients du risque de mort évident à fermer les yeux en septembre 84, on peut lire dans un édito du Gai Pied : « Il semble que le Parisien homo court autant de risques en multipliant le nombre de partenaires qu’en fumant deux paquets de cigarettes par jour, avec à la clef un cancer des poumons. » ou encore dans la revue Masques « Des gens qui risquent cent fois la mort en conduisant leur automobile refuseraient le petit risque supplémentaire d’une contamination virale ? ».
Malheureusement, les mêmes revues qui refusent de se voir stigmatisées par le biais de la maladie refusent dans la même logique le dépistage sanguin, « Un test qui permet tous les fichages », écrit-on dans Gai Pied Hebdo, mais un test qui aurait pu enrayer l’épidémie. Au 31 décembre 1995, près de 10 ans plus tard, plus de 40.000 cas de Sida ont été notifiés.

Vers une maladie de pauvres ?

De nos jours, les nouvelles infections sont en baisse partout sur le globe, et les principaux foyers de l’épidémie se sont éloignés des pays développés. Mais les traitements restent onéreux et la prévention est parfois insuffisante pour que le préservatif ou le dépistage sanguin puissent être socialement acceptés. Ce trait qui est en train d’être tiré sur notre passé avec soulagement, est encore loin de l’être pour l’Afrique subsaharienne (24,7 millions de personnes contaminées), l’Amérique latine (1,6 million) ou l’Asie (4,8 millions), le combat pour l’évolution des mentalités continue.

Fabien Randrianarisoa

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