CINÉMA

Douze hommes en colère (1957) : Le bénéfice du doute

La justice fait-elle des erreurs ? A-t-elle tiré profit de ses erreurs passées ? Rien de tel qu’un retour en arrière, lorsque le cinéma commence à mettre son génie au service de l’accusation de l’erreur judiciaire. Tel le Zola accusateur de l’affaire Dreyfus, un Sidney Lumet dénonciateur prend le risque d’une forme inusitée entièrement basée sur le dialogue et la conviction tout en restant palpitant.

Henry Fonda / Source : linternaute.com © Everett Collection / Warner

Henry Fonda / Source : linternaute.com © Everett Collection / Warner

Dans un huis-clos, à la suite d’un procès, douze jurés débattent de la culpabilité d’un jeune homme accusé d’avoir tué son père. Tous semblent d’accord pour le juger coupable jusqu’à ce que l’un d’entre eux (Henry Fonda) bouleverse cet accord lors du vote en plaidant le doute légitime ; il va ensuite tenter de convaincre un par un les onze indignés à le suivre dans sa démarche.

Sidney Lumet signe un film aux influences théâtrales en respectant la règle des trois unités : en effet, l’action est en temps réel et fait durer l’intensité du débat pendant une heure et demie ; le lieu qui réunit tous les acteurs reste le même si ce n’est un court intermède « pause pipi » qui permet de relâcher la tension montante ; enfin le film tourne autour d’une intrigue stable mais qui se développe et s’ouvre aux hypothèses.

Les dialogues illustrent la critique et la vision personnelle du réalisateur mais ne favorisent jamais l’innocence, laissant planer le doute, non seulement chez les personnages mais aussi chez le spectateur qui se voit devenir le treizième juré. En effet chaque détail favorise votre implication. Le huis-clos rapproche chaque protagoniste et rend le débat presque intime vous permettant d’intégrer les opinions et même la vie privée évoquée par chacun d’entre eux. Le doute légitime se développe en temps réel et vous permet d’avoir un point de vue qui peut évoluer, stagner ou s’inverser en fonction de l’argumentation des personnages.

Malgré une durée limitée, chaque acteur sait donner une introspection suffisante de son rôle pour nous faire comprendre les raisons qui le pousse à choisir son jugement. A travers chacun de ces jugements, on découvre aussi la face cachée de l’Amérique. En effet l’audace du film consiste à montrer au grand public ce que tout bon Américain pense tout bas, de simples détails deviennent essentiels. Le seul homme de couleur présent est le jeune accusé sur lequel s’acharne une société profondément raciste tandis que les jurés pressés d’en finir semblent jouer de façon inconséquente avec la mort en considérant que le sang ne retombera pas sur leurs mains. Pourtant chacun appartient à un milieu différent qui influence son jugement personnel final.

Mais attention, Sidney Lumet n’a pas un point de vue simplement dénonciateur, il est même parfois élogieux et tient à souligner que le film ne tombe pas dans la simple condamnation de l’« american way of life » ; en effet, certains aspects positifs de la justice sont mis en avant comme le fait qu’une seule voix contre celle des autres puisse suffire à remettre en question un verdict quasi-général.

12 hommes en colère est un audacieux coup de maître dont le propos s’avère être toujours d’une effrayante actualité, il amène à des questions toujours sans réponse définitive comme l’abolition ou non de la peine capitale dans le monde entier. Regarder ce film 50 ans après sa sortie témoigne de la stagnation du progrès social et fait reconsidérer l’importance du doute légitime.

Auteur·rice

Lycéen grenoblois; Dans la pratique la musique depuis tout petit mais voue aussi une réelle passion au septième art. Pour me joindre : nicolas.cury@orange.fr

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