LITTÉRATURE

Zep découpé en tranches

Lire pendant l’été, c’est bien. Un bon bouquin, de l’ombre et des litres de citronnades, c’est un très bon programme. Mais voilà : vous n’aimez pas tellement les classiques, trop scolaires, rechignez à ouvrir un pavé que vous ne finirez certainement jamais, et vous commencez même à somnoler au bout de la quatrième page remplie de texte en police 12 à cause de la chaleur. Heureusement, la littérature est très large et s’étend sur des supports insoupçonnés. La bande dessinée, par exemple. Eh oui, découvrons un peu cette branche souvent mal exposée, à travers la découverte d’une récente BD de Philippe Chappuis. Allez, appelons-le Zep, puisque c’est bien de lui qu’il s’agit. Qui est Zep ?

Zep aime le rock

Zep aime le rock

Zep aime le rock (d’ailleurs « Zep »… ça ne vous dit rien ? Mais si, c’est un hommage à Led Zeppelin, bien sûr !), et quelquefois, cela se voit. Il a réalisé des pochettes de disques, pris la musique comme thème pour sa première bande dessinée pour adultes (Une Histoire d’hommes par exemple). Et puis Zep aime la bande dessinée. Ce n’est pas une grande surprise. En fait, il l’adore, depuis qu’il a découvert tous ses héros ; ceux dessinés par des monstres sacrés de la BD franco-belge ou américaine. On apprend ainsi sur son site, le Zeporama, qu’il lisait les aventures de Rahan, Tintin, Astérix, Donald Duck, Lucky Luke, et tant d’autres « classiques » de la bande-dessinée (si l’on peut vraiment les qualifier ainsi). Alors il s’est mis à dessiner ces personnages à présent cultes quand il était petit, et n’a depuis jamais lâché son crayon. Mais Zep est évidemment connu principalement pour Titeuf, que vous devez tous connaître. Vous savez, la tête d’oeuf à la mèche jaune !

Zep et son célèbre personnage

Zep et son célèbre personnage

Si l’on doit traiter ici de sa dernière bande dessinée, il était bel et bien nécessaire de parler autant de l’auteur au préalable. Car c’est bien de lui qu’il s’agit ici. Zep découpé en tranches a pour personnage principal l’auteur, qui va nous montrer des idées personnelles, et c’est annoncé dès la couverture où un autoportrait le présente, crayon à la main, découpé en tranches de steak en violet et rouge sur fond noir. Un début sobre qui invite à la découverte de ce grand album souple d’une cinquantaine de pages. Le style particulier de la première imprègne tout celui-ci ; on y verra des moments plus ou moins sombres, mais toujours avec cette pointe d’humour que l’on retrouve déjà en quatrième de couverture.

Droits Réservés

 

Au premier rabat, une courte biographie : Zep a quelques œuvres à son actif et est bien évidemment connu pour Titeuf. Mais Zep, c’est bien plus que cela :  il a créé le Captain Biceps, les Chronokids, les Minijusticiers et beaucoup d’autres… Sa spécialité est donc la BD jeunesse, mais il a plus récemment fait ses débuts dans un nouveau domaine, la BD pour adultes, souvent plus personnelle (Une Histoire d’hommes en 2013, Carnet Intime où il présente ses carnets de croquis). Sans le lire, cet album est déjà très beau : les pages sont épaisses, les couleurs sont douces, aux tons bruns, bleus, gris, et peu nombreuses, en tout cas sur une même page. On retrouve le style caractéristique de Zep, avec son trait fluide et ses dessins expressifs et une foule de détails facétieux. Il n’y a pas trop de texte et on peut remarquer l’absence de cadre pour les vignettes ; les idées de l’auteur sont ainsi plus libres, les histoires racontées de manière plus souple. Cela colle parfaitement à ce que l’on cherchait à faire : des récits personnels et touchants. Tout cela se découpe par thème ; ce sont des « tranches de vie », pourrait-on dire selon le nom de l’album ; « Technologie », « Déprimé », « Coeur », « Muscles », qui donnent libre cours au développement d’une idée, d’un souvenir cher à Zep, où il nous fait plonger dans son esprit enfant, adolescent ou adulte et nous expose, comme avec une infinie douceur, sa manière de penser autour de thèmes précis. Il étale sa personnalité au fil des vignettes avec une certaine pudeur et une objectivité indulgente. « Je dessine pour apprivoiser le monde », nous dit-il. Et cette formulation, très vraie, est très belle. C’est comme cela que Zep se définit.

Zep en 2005

Zep en 2005

Je le répète, peut-être trop, mais il émane de cet album une impression de douceur un peu mélancolique. On nous parle en effet d’instants passés qui perdurent malgré tout, et qui ne sont pas exempts d’une distance amusée présente dans les commentaires de Zep sur sa propre vie et ses dessins. Ses dessins qui ne forment qu’un avec les idées et ne sont pas là qu’en tant qu’illustrations : ils font vivre le texte, ils sont le texte. C’est là le véritable esprit de la bande dessinée. Par cet album intime, Zep nous fait rencontrer un véritable artiste qui ne se présente finalement qu’en tant qu’homme, avec ses sentiments, ses émotions et ses souvenirs.

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Droits Réservés

Pour en savoir un peu plus :

Son site, qui regorge de dessins, d’informations :

http://www.zeporama.com/

Des extraits de Carnet Intime, un ensemble de croquis, de dessins, associés à quelques phrases personnelles et l’ensemble est souvent souvent très poétique :

http://culturebox.francetvinfo.fr/livres/bande-dessinee/un-autre-zep-carnet-intime-du-createur-de-titeuf-75957

Auteur·rice

Aime la culture, TOUTE la culture, et l'anonymat. Pas facile d'en faire une biographie, dans ce cas. Rédactrice et Secrétaire de Rédaction pour Maze. Bonne lecture !

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