MUSIQUE

L’interview ≠ FAUVE : “Fauve a une fin, Fauve n’est pas une carrière”

À l’occasion de leur passage au festival Papillons de Nuit, à Saint-Laurent-de-Cuves, Maze s’est entretenu avec un membre du collectif Fauve. Nous sommes revenus sur leurs débuts, les effets que le buzz autour de Fauve a eu sur eux. Comment maîtriser quelque chose qui vous tombe dessus imprévisiblement ? Et par la suite, comment « nourrir le Fauve », et réussir à retranscrire le collectif sur scène ? Qu’est-ce que Fauve leur apporte aujourd’hui et comment ils se projettent demain ? Réponses.

Maze : Comment appréhendez-vous le concert de ce soir aux Papillons de Nuit ?

Fauve : On a trop peur. C’est stressant car on n’a jamais joué devant autant de monde. Ça fait à la fois plaisir et à la fois peur. Ce n’est pas un état naturel pour nous de monter sur scène, c’est quelque chose de douloureux. On s’y habitue car on a quand même fait beaucoup de concerts, donc ça commence à être moins dur. Si on a créé un collectif c’est pour être resserré, c’est plus rassurant. Mais rien que le fait d’être debout devant des milliers de personnes, peu importe ce que tu vas dire ou ce que tu vas faire, ce n’est pas un état naturel, c’est juste flippant. Il y a quelque chose d’hyper impudique à monter sur scène. C’est pour ça qu’on essaye d’être le plus discret car on se trouve déjà suffisamment impudiques et transparents avec nos textes. On ne supporterait pas de se mettre en avant, c’est quelque chose qui nous angoisse. Ça doit être l’enfer de ne pas pouvoir marcher sans que tout le monde te regarde. Par exemple, tout à l’heure, j’ai pu voir le début du concert de Foals dans la fosse.

Maze : Le fait de se dissimuler, c’est pour vous protéger ou c’est un concept artistique ?

Fauve : L’idée c’est de se préserver, c’est une question de pudeur tout simplement. On a toujours fait ça depuis que le groupe existe. Cette décision est arrivée simplement. Il y a 3 ans, on a écrit notre première chanson, « Kané », on l’a enregistrée, puis on s’est dit que ce serait bien de faire un clip, car on a des potes qui font de la vidéo. Ils sont ensuite entrés dans le collectif. À la base, on n’est pas un collectif, on est juste amis, une poignée de 3 ou 4 mecs qui ont écrit une chanson. Ce qu’on raconte est hyper impudique, hyper transparent. On s’est posé la question « qu’est-ce qu’on met dans le clip ? ».  Chacun a dit qu’il ne voulait pas qu’on voit sa gueule. Et puis, à ce moment-là, ce qu’on faisait n’intéressait personne, c’était uniquement pour nos proches, et il n’y avait que 50 vues. Du coup, les gens qui regardaient savaient qui on était. On a halluciné quand on a vu que la vidéo sortait du cercle de nos potes et de nos familles. Ça nous a fait peur au début. Des gens qu’on ne connaissait pas ont commencé à commenter la vidéo. On se demandait pourquoi ils entraient dans notre intimité. Avec internet, on pouvait s’attendre à quelques vues mais pas dans la démesure qu’on a pu vivre. Et puis au final, ça n’apporte rien, le plus important c’est le projet, pas les personnes qui le font. Savoir si c’est Pierre, Paul ou Jacques qui fait le truc, pour nous c’est accessoire.

Maze : Alors pourquoi faites-vous de la promo, alors que vous voulez vous protéger ?

Fauve : Au départ, on ne faisait pas du tout de promo, tout simplement parce qu’on ne voulait pas mettre d’huile sur le feu. Il y avait un petit buzz qui était en train de se mettre en place et on parlait trop de nous. Ça nous mettait mal à l’aise, on ne se sentait pas assez prêts, pas assez matures artistiquement. Après les premières chansons et les premiers concerts, on n’était pas assez solides. Alors on s’est dit, « c’est simple, on aimerait bien que les gens parlent un peu moins de nous, alors on ne va pas parler aux médias, comme ça eux, ne parleront pas de nous ». Le problème est qu’ils parlaient quand même de nous, et qu’ils racontaient n’importe quoi. Méchants, dévalorisants, ou au contraire très flatteurs, peu importe, les propos étaient juste faux, pas fidèles à la réalité tout simplement. On disait de nous qu’on était anti-système, parce qu’on n’a pas de maisons de disques, pas de managers, et qu’on fait tout tout seuls. On n’a pas envie d’être anti-système, on ne remet pas en cause le système des labels, on en a juste pas besoin. On a dit que Fauve c’était deux publicitaires, que c’était un concept, on nous a fait passer pour des mecs hyper branchés, hyper hipsters, ce qui n’est pas trop notre cas. Tout ça, ce n’était juste pas fidèle à la réalité. Ça nous gênait. Et les rares fois où on trouvait des articles pertinents, qui étaient parfois durs avec nous, très critiques, mais qui étaient justes, c’était lorsque l’on prenait le temps de faire des interviews. Petit à petit, après plus de concerts, plus de morceaux, on s’est senti un peu plus forts, surtout au moment de l’album, donc on a commencé à prendre du temps pour faire un travail de pédagogie et rencontrer les journalistes, pour leur expliquer ce qu’on fait. On ne croit pas vraiment à cette histoire de mystère, juste parce qu’on ne montre pas nos gueules, car au-delà de ça, on est assez disponibles. On fait plein d’interviews. On n’a pas l’impression de créer un mystère ou de cacher des choses. On peut répondre à n’importe quelle question, le seul truc qui nous tient à cœur c’est nous, en tant qu’individus.

Maze : Ce que vous faites est difficile à classer musicalement… Parler, slamer, quel terme utilisez-vous ? Pourquoi faire ça plutôt que de chanter ?

Fauve : Parler. Fauve, n’importe qui peut le faire. Pour nous, c’est comme des monologues sous la douche. Ce sont des confessions, des confidences entre amis, sans aucun filtre, sans cet enrobage joli qu’on trouve parfois dans le slam. Quand tu écris une mélodie, tu es assez vite contraint par le nombre de vers, de pieds, voire de rimes. Il faut que ce que tu as besoin de dire rentre dans la mélodie, que tu ajustes les termes, que tu changes un mot pour qu’il rime. Ça nous rendait pas très heureux d’écrire comme ça, d’être limité, il y a quelque chose de très frustrant. Un jour on a juste fait tourner 3 accords en boucle, et on a commencé à parler, et ça a donné ce truc un peu bizarre.

Maze : Comment ça se passe exactement dans votre meute, dans votre clan ?

Fauve : C’est plutôt une sorte de fratrie. C’est tout sauf exclusif, on essaye d’être le plus inclusif possible. À l’origine, on est des amis d’enfance. Mais il y a des gens qui font partie du collectif parce qu’on les a découvert sur internet et qu’on les a trouvé intéressants. Un des mecs qui a écrit des textes sur le nouvel album est un écrivain qui nous avait envoyé son livre « D’autres prendront nos places », Pierre Noirclerc. Maintenant il fait partie du collectif. On peut parler de lui en tant qu’individu car il a une carrière en tant qu’individu. Mais sinon le but de Fauve c’est vraiment d’effacer tous nos égos. Fauve c’est un peu comme une sorte d’animal de compagnie dont on aurait la charge commune. Fauve est plus important que les personnes dans Fauve, et Fauve est moins important que le propos de Fauve qu’on essaye de défendre. On fait un peu ce qu’il y a de mieux pour Fauve. Quand on se lance dans un nouveau projet on appelle ça « Nourrir le Fauve ». C’est d’ailleurs pour ça qu’on fait des « Pâtisseries », ces petites vidéos qu’on fait à la cool.

Maze : Vous n’êtes pas tous musiciens, il y a des vidéastes, des comédiens, des paroliers, des photographes… Comment retranscrivez-vous le collectif sur scène ?

Fauve : Dans le collectif, on est une vingtaine à peu près. Sur scène, on est 5, c’est un mélange de musiciens, paroliers, vidéastes… Il y a un vidéaste sur scène qui ne fait pas de musique. Pendant qu’on joue, il envoie plein de projections. Il a plein de samples vidéo de 1 ou 2 secondes avec lesquelles il fait des superpositions. On essaye de faire vivre différentes disciplines sur scène. On dit qu’on est un collectif et pas un groupe sinon cela ne serait pas cool pour les personnes qui n’y font pas de musique.

Maze : Comment vous projetez-vous dans le temps ?

Fauve : Fauve a une fin. On ne sait pas quand est-ce qu’elle arrivera, mais entre nous on en parle beaucoup. On sait que pour n’en garder que du bon, des bons souvenirs, parce que c’est un peu exceptionnel ce qu’il nous arrive, le jour où ça deviendra normal ou banal, et qu’on ne sera plus stressés pour jouer devant autant de monde, il faudra arrêter le truc, car il aura perdu sa saveur. Fauve ça nous a sorti d’une routine qui nous anesthésiait, qui nous faisait du mal. Le but ce n’est pas que Fauve devienne une nouvelle routine. Parfois, on croise des musiciens blasés, nous on n’a pas envie de ça. Fauve n’est pas une carrière. Aujourd’hui il y a encore beaucoup d’excitation car on découvre plein de trucs et ça nous fait plaisir. Mais dès que cela disparaît, on arrête. Fauve ce n’est pas une fin en soi, pour nous, c’est juste un moyen d’être bien dans sa vie. Ce n’était pas notre rêve, on n’a jamais rêvé de faire de la musique. On fait de la musique parce que ça nous fait du bien. Et puis, quand on va arrêter Fauve, on continuera à faire d’autres trucs entre nous.

Auteur·rice

Je suis boulimique et toxico... de l'info, passionnée et fascinée par les médias.

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