SOCIÉTÉ

Le temps scolaire, objet de tous les débats

En pleine période de vacances scolaires, il est temps d’évoquer la rentrée prochaine et la réforme voulue par Benoît Hamon, ministre de l’Éducation Nationale, concernant principalement la répartition du temps scolaire à l’école. Certaines dispositions sont néanmoins constatées, notamment à cause du retour des cours le mercredi matin.  

Le 12 juin 2014, Benoît Hamon a adressé une lettre aux parents d’élèves ainsi qu’aux professeurs pour cerner les véritables objectifs pédagogiques de la réforme. Le ministre commence déjà par un constat : ” Nombreuses sont les études internationales qui pointent le fait que nos écoliers savent moins bien mobiliser leurs connaissances à bon escient que leurs voisins européens.” En effet, depuis la mise en place de la réforme de 2008, les écoliers français ont le nombre de jours d’école le plus faible des pays de l’OCDE. Pour une moyenne de 144 jours par an (contre 187 en moyenne pour les autres pays), la répartition du temps de travail nécessite obligatoirement de plus longues et plus chargées journées. Depuis 2008, un élève français cumule près de 864 heures de cours par an contre 774 à 821 heures en moyenne pour l’OCDE. Cela s’agrémente d’une semaine plus courte avec seulement quatre jours exploités sur sept, contre cinq voire six du côté de nos voisins européens.

Ainsi, Benoît Hamon et son comité de rédaction ont opté pour un plus grand équilibre des rythmes naturels de l’enfant, c’est à dire une différenciation nette entre temps de travail et temps de repos. Allègement du nombre d’heures d’enseignement par jour, meilleure répartition des heures d’enseignement ainsi que la programmation des cours les plus importants au moment où la faculté d’apprentissage de l’enfant est meilleure. Dans un rapport de janvier 2010, un comité de scientifiques (Robert Debré entre autres) avait étudié la désynchronisation de l’enfant dans les temps scolaires. C’est sur cette étude que le ministère de l’éducation nationale s’est appuyé pour établir la réforme de 2015. Ainsi, comme il en était il y a déjà six ans, il faut revenir à une semaine de quatre jours et demi permettant un raccourcissement du temps d’apprentissage de 45 minutes par jour. Les chronobiologistes ont aussi évoqué la mise en place d’un système d’alternance efficace du temps scolaire et des périodes de vacances.

Enfin, l’idée majeure qui en ressort serait de prendre en compte “la nature des trois temps qui composent les 24 heures de la journée, à savoir les temps familiaux, les temps scolaires et les temps récréatifs, sociaux, associatifs, sportifs, artistiques et culturels passés en dehors de la famille et de l’école”. Pour mettre en place cette répartition du temps, plusieurs modifications ont été effectuées par rapport au système actuel. Tout d’abord, le mercredi matin (ou le samedi matin, le décret laissant à disposition des villes le choix de la matinée) se verra agrémenter de trois heures de cours. De plus, se basant sur le système “d’accompagnement” du collège, des activités pédagogiques complémentaires aux heures d’enseignement seront organisées pour aider les élèves en difficulté. Cependant, la plus grande innovation de cette réforme, ou du moins la plus grande fierté de Benoît Hamon si l’on en croit ses dires, serait l’instauration du PEDT (Projet éducatif territorial). Se basant sur les fonds spécifiques pour accompagner l’organisation d’activités périscolaires par les communes (dotation forfaitaire de 50 euros par élève), le projet a pour but de tirer parti des ressources territoriales un apprentissage culturel du monde qui nous entoure. Ainsi, ces activités en dehors du temps scolaire permettrait à chaque enfant d’avoir “un parcours éducatif cohérent et de qualité”.

Une répartition du temps scolaire amenant à des revendications municipales et communales

Selon un sondage BVA Opinion pour le Parisien, seulement 13 % des français seraient favorables à une réforme sur le système de notation français, jugé trop sévère. Benoît Hamon voulait à tout prix éviter les nouveaux litiges pouvant avoir lieu, après les nombreux problème de la réforme des rythmes scolaires de 2013 (Vincent Peillon). C’est ainsi qu’il avait précisé la création “d’autres formes d’évaluation plus bienveillantes” avec un suivi du progrès de l’enfant en temps réel. Cependant, en voulant éviter les nouveaux débordements, le nouveau résident de la rue de Grenelle en a créé d’autres. En effet, certains parents restent incompris devant un système sans note : “Sans note, comment savoir la réelle opportunité de l’enfant à exploiter ses capacités intellectuelles ?”. Pour rappel, le ministre de l’Éducation Nationale avait énoncé au Parisien que ” La note doit être utilisée à bon escient. Elle est utile, mais, quand elle paralyse, on doit lui substituer d’autres formes d’évaluation”.
Autre péripétie, Benoît Hamon, invité de France Info le 12 juin dernier, avait énoncé une phrase destinée aux réclamations des maires sur la mise en place de la réforme des rythmes scolaires : ” Si un maire décidait de ne pas ouvrir l’école le mercredi alors qu’il doit y avoir classe, c’est aussi absurde qu’un maire qui n’ouvrirait pas une école le dimanche alors que c’est un jour de vote. C’est illégal.”. Cela concernait tout autant Evelyne Flacher, maire sans étiquette d’une petite commune dans la Loire et qui a décidé de faire une grève de la faim contre cette réforme. Pour elle, les changements de Benoît Hamon ne ferait qu’aggraver la situation économique des villes ainsi que la capacité d’apprentissage des enfants. Le premier problème serait d’ordre financier. Elle avait déclaré au journal 20 minutes que “Les associations culturelles et sportives ont augmenté le prix de leurs prestations. Donc nous n’avons pas le budget pour offrir aux enfants des activités périscolaires de qualité.”. Ainsi, la volonté de multiplier les activités pour satisfaire le PEDT s’avère difficile quant à la situation actuelle des associations. De plus, Evelyne Flacher expose un argument sur la remise en vigueur des temps de classe extrascolaires : “En faisant de la simple garderie une demi-journée par semaine, cela coûterait à la commune 15.000 euros par an, en comptant l’aide de l’État. Ce qui équivaudrait à 7 % d’augmentation des impôts locaux. C’est impossible en période de crise”. Pour elle, garder les enfants plus longtemps pour exercer des activités culturelles ou sportives ne serait qu’un moyen pour augmenter les impôts locaux et ainsi redorer le blason de l’État. Enfin, les nouveaux rythmes ne permettraient pas non plus, selon elle, d’améliorer les conditions d’apprentissage des enfants : “Leur ajouter une demi-journée de garderie, ça ne leur apportera rien sur ce point et cela les fatiguera.”.

Cette réforme scolaire, assouplissement de la précédente initiée par Vincent Peillon, serait un moyen de remonter dans le classement des meilleurs pays européens dans la catégorie de l’éducation. Mais c’est aussi et surtout la prévision d’une meilleure formation à tous les secteurs de métiers, et ce dès le plus jeune âge. Malgré tout, les revendications sont toujours présentes car un problème résolu en cache toujours un autre.

Auteur·rice

Rédacteur et Correcteur chez Maze Magazine, également fondateur et rédacteur en chef du site web d'actualité lecontinu.fr Étudiant en droit, il réalise également son premier court-métrage pour le Nikon Film Festival et est scénariste sur des projets en développement.

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