ART

Brésil : artistes du monde

Afin de nous synchroniser avec l’actualité footballistique, Maze a choisi de s’intéresser au Brésil. Malgré les 7 – 1 des quarts de finale, les articles parlant d’humiliation du Brésil, ou les photos montrant une tristesse exagérée, on en oublierait presque que le Brésil ne se résume pas qu’à la coupe du monde. Loin d’un certain défaitisme, voyons ce qui fait la singularité du pays qui ne doit pas être cantonné au BRICS, au football, ou au Carnaval de Rio. Sur le plan culturel le pays bouge ! De fait, de jeunes talents émergent et des artistes accomplis, enfants du pays, s’exportent partout dans le monde. Petit tour d’horizon en deux figures venues de São Paulo.

Les graffeurs jumeaux d’Os Gêmeos 

Notre première icône artistique se dédouble en frères jumeaux, se faisant sobrement appeler Os Gêmeos. La quarantaine tout juste passée, on peut dire que cette fratrie a déjà plus que marqué le milieu du street art, au Brésil comme ailleurs.
La force du duo est de mélanger culture hip hop et culture brésilienne. Leurs personnages de couleur jaune, habillés de façon tout aussi voyante, présentent les caractéristiques d’une classe moyenne touchée par la culture underground. Mais chez Otavio et Gustavo Pandolfo l’esthétique ne suffit pas. Le questionnement sur la situation sociale et politique du pays est particulièrement présent. Imaginatifs et créatifs, ils utilisent tout un panel de supports et de techniques pour exprimer leurs idées. Une de leur création récente s’expose sur un Boeing 737 – 800 de la compagnie Gol. Justement, le dit avion prend à son bord la Seleção déchue. Comme quoi tout se recoupe. D’autres passagers peuvent également prendre place dans ce moyen de transport pas comme les autres. Pour Os Gêmeos, le but était de permettre un voyage au sein d’une œuvre d’art, peut-être même de donner vie aux rêves de certains, donnant une nouvelle dimension au départ/ au retour. Il est vrai que le street art s’observe plus sur des carcasses d’avions abandonnées que dans les airs. Une bonne façon de s’assurer une visibilité mondiale.

obviousmag.org / Os Gêmeos

obviousmag.org / Os Gêmeos

Loin de s’arrêter à cette seule collaboration, les frères Pandolfo profitent de leur succès pour se rendre inaccessibles sur du Louis Vuitton. Un gouffre entre leur volonté d’égalité, et l’inaccessibilité de leurs œuvres ainsi présentées. Défenseur de la classe moyenne émergente, ce qui rejoint l’idée de Robert Reich (inégalité pour tous), cela peut paraître paradoxal. Seule une minorité de leur public a les moyens de posséder ces pièces, que les autres ne peuvent observer que sur papier glacé, ou sur écran pixellisé. À leur décharge, le fait de rester ancré dans la rue, malgré tous leurs projets à côté, leur laisse une certaine accessibilité, empreinte d’un esprit de partage démocratique.

Vik Muniz 

Fraîchement revenu des Rencontres d’Arles, j’ai pu entrevoir l’immense talent de Vik Muniz. À la nuit de la photographie au théâtre antique le 10 juillet dernier, il est revenu sur son parcours, sur les causes étonnantes qui lui ont permis d’en être là aujourd’hui et sur son travail proposé à l’Église des Trinitaires. Issu d’une classe plutôt populaire, rien ne le destinait à devenir artiste. Il nous raconte alors qu’un soir, il voit un homme se faire agresser dans la rue par deux hommes habillés en noir. Lui-même vêtu de la même couleur, il va au secours de l’homme. Or dans la confusion, il se fait tirer dessus par la personne qu’il voulait aider. Après explications, l’homme l’amène à l’hôpital et lui donne de l’argent, ce qui a permis plus tard à Vik Muniz de se payer le nécessaire pour réaliser son art.

http://www.rencontres-arles.com / Vik Muniz,  "Album" 2014

Entre New York, Rio de Janeiro, Paris et Londres, le brésilien s’essaye à tout. Photos, conception de bâtiments mais aussi réalisation de documentaires. Le plus récent This is not a ball diffusé sur Netflix au lancement du mondial, explore l’objet même du jeu, le ballon rond. À l’aide de 10’000 balles il donne forme à deux installations, questionnant la signification de l’objet en lui-même, ainsi que la passion du football.

À Arles, c’est la série “album” qui est proposée. D’immenses formats dans lesquels l’œil se plonge et peut rester accrocher de longues minutes. En effet, la photographie finale est constituée du collage de centaines d’éléments. L’exposition semble alors rendre hommage aux albums photos du siècle précédent, transmis de générations en générations, laissant des traces de l’Histoire en nous racontant la nôtre. Aujourd’hui avec l’avènement du numérique, l’accès facilité à la photographie, l’artiste pose la question suivante dans Le Point édition spéciale “rencontre d’Arles 2014” : “Qu’il s’agisse de notre intimité ou de notre expérience collective, où allons-nous préserver notre histoire ?”. Une bonne raison de cogiter et un bon point de départ pour une nouvelle vague d’artistes.

Os Gêmeos et Vik Muniz ne sont que la surface d’une multitude d’artistes brésiliens talentueux parmi lesquels on peut aussi dénombrer Paulo Ito en Street Art ou Seu Jorge en musique. Une population qui ne cherche donc qu’à se développer, en accédant à de nouveaux droits et à plus d’égalité, donc de possibilités. À quand un sursaut du gouvernement ?

Vik Muniz, « Album », Église des Trinitaires du 7 juillet au 7 septembre

Auteur·rice

En amour avec la diversité artistique, immergée dans les images et les sonorités, en quête d'une fameuse culture hybride, à la croisée des idées. Sur la route et sur les rails, entre la France et les festivals.

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