SOCIÉTÉ

Un bilan à l’échelle européenne

Suite aux résultats des élections européennes, Maze a décidé de vous faire un bilan à l’échelle européenne. En effet, on pourrait facilement parler de « marée eurosceptique », alimentée où qu’elle soit par les votes extrêmes. Mais ceux-ci se révèlent tout à fait différents, selon les États. Retour sur les chiffres et les motivations de ces votes qui sont parfois mal compris.

Les chiffres

Si en France, on parle d’un taux d’abstention record ayant fait le jeu du Front National (24 sièges), il n’est « que de » 56, 5 %, en-dessous de la moyenne européenne. C’est oublier les DOM TOM qui affichent une moyenne de 82,95 % (plus de 90 % en Guadeloupe et Guyane). A l’Est, les pays les plus récents des 27 enregistrent des records : l’Estonie, la Lettonie, la Croatie, la Roumanie, la Bulgarie (ainsi que le Portugal) comptabilisent entre 65 % et 75 % de suffrages non exprimés. C’est sans compter la Pologne, la République Tchèque, la Slovénie et la Slovaquie, qui majorent avec 87 % d’abstentionnistes.

La majorité abstentionniste française ne doit pas permettre de relativiser le triomphe, pourtant annoncé, du FN. Si ces pays de l’Est sont abstentionnistes, les suffrages exprimés ne favorisent en rien les partis d’extrême droite. La France est seule face à cette dérive xénophobe.

Certes, l’euro-phobie reste partagée : David Cameron n’a pu que constater la déflagration de l’United Kingdom Independence Party (UKIP, parti conservateur), étendue à tout le pays et emportant 23 sièges sur 64. C’est aussi le cas au Danemark où le parti d’extrême droite rafle 4 sièges mais cela ne représente que 31 % des sièges contre 32 % pour le FN.

Les souverainistes auxquels appartient l’Ukip concentre 36 sièges, le FN et autres extrémistes, 38, c’est bien plus que les Verts (55 sièges) et même que les Libéraux-Démocrates (70). Ces élections européennes ont cependant donné la majorité aux conservateurs (212 sièges), contrebalancés par une opposition sociale-démocrate (186).

Précisions nationales

Des chefs d’États se sont vus confortés dans leurs lignes directrices. Angela Merkel peut se féliciter : le parti chrétien-démocrate devance le SPD (social-démocrate), même si le parti de Martin Schulz (candidat à la Commission, adversaire de Jean-Claude Juncker) les talonne. Les Verts forment le troisième parti et franchissent la barre des 10 %. En Italie, le Président du Conseil Matteo Renzi confirme sa légitimité nationale et internationale. Il s’impose à la fois face aux eurosceptiques, emmenés par le médiatique Beppe Grillo, et face à Berlusconi, de plus en plus mis à l’écart de la vie politique.

La fin du bipartisme a été rendue visible. En Espagne, les partis conservateur (PP) et socialiste (PSOE) ont été chahutés par les écolo-communistes mais aussi par un parti issu du mouvement des indignés, le « Podemos », luttant contre les mesures d’austérité européennes. Mais c’est surtout le cas au Royaume-Uni où l’alternance traditionnelle entre travaillistes et conservateurs a été profondément remise en cause, une fois le Lib-Dem dépassé : l’Ukip avait fait campagne sur la peur de l’immigration, notamment sur celle venant les pays de l’Est. C’est la fin du traditionnel bipartisme à la british.

L’euroscepticisme a aussi pu s’exprimer sous diverses formes. Au Portugal, c’est par une coalition formée d’écologistes et de communistes, le CDU remportant 3 sièges. En République Tchèque, les voix ont été divisées entre 39 listes, permettant de réduire l’influence de la liste conservatrice eurosceptique.

Des interprétations différentes

Le choc est rude. Si le message délivré par les votes eurosceptiques semble avoir été compris, les interprétations concernant le futur agenda commun sont multiples. L’Europe doit être approfondie, repensée dans sa globalité. Mais la classe européenne reste majoritairement concentrée sur la nomination du prochain Président de la Commission.

Entre ceux qui réclament un retour partiel d’autorité vers les souverainetés nationales et ceux qui continuent à envisager de nouvelles réformes communes, les divergences se sont retrouvées encore plus exacerbées. C’est visible au sein du quatuor médiatique : David Cameron, Angela Merkel, François Hollande et Matteo Renzi.

Cédant à la vague violette de l’Ukip, David Cameron a martelé que l’Europe était devenue « trop grosse, trop autoritaire, trop intrusive », que son fonctionnement actuel relevait du passé et que son utilité future devait être repensée, notamment vers un libéralisme poussé à l’extrême entre les 27. Renforcée par le score honorable de son parti le CDU-CSU, Angela Merkel reste centrée sur les réformes économiques et fiscales qu’elle juge salvatrices pour la survie de l’Union et n’entend pas en déroger. Quant à François Hollande, il comprend la vague eurosceptique comme une injonction par les peuples désemparés à refonder l’Europe, non pas comme une défiance à l’égard des politiques menées. Et cela doit passer d’après lui par une meilleure gouvernance, plus claire, plus commune, plus citoyenne. Le vrai vainqueur, Matteo Renzi prône la fin de l’austérité et une réduction de l’autoritarisme européen sur les souverainetés nationales.

A la tête du premier parti le PPE, Jean-Claude Juncker, ancien premier ministre luxembourgeois et personnage clef de la construction européenne, s’est vu confier la mission de former une coalition afin de prendre la tête de la Commission. A la suite des élections, cet automatisme s’est vu contesté : beaucoup ont exprimé leur besoin de rompre avec la continuité historique, d’autres comme Angela Merkel s’appuie sur le Président du Conseil, l’Allemand Herman Von Rompuy, pour ralentir cette nomination.

Mais la Commission sera principalement chargée de défendre mondialement les intérêts européens ; pour cela, ceux-ci doivent être redéfinis. Mais entre ambitions personnelles, résultats controversés et divergences politiques, ce vote eurosceptique massif ne semble à ce jour pas avoir révolutionné le fonctionnement de Bruxelles…

Auteur·rice

Sudiste exilée à Paris, Mazienne #fromthebeginning. Droguée à l'actu, le plus souvent par seringue radiophonique.

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