MUSIQUE

Talisco – Run : Conquête de l’Ouest d’un frenchy

Bercé par des rêves d’évasion, le ténébreux hispano-girondin-parisien Jérôme Amandi aka Talisco vient tout juste de nous dévoiler son premier album Run, sur le label indépendant Roy Music (Mademoiselle K, Jil Is Lucky, The Toxic Avenger). Pour cet album, il a entre autre travaillé avec Antoine Gaillet qui avait accompagné M83. Aventurier moderne, il s’était fait un nom avec son premier EP My Home. Dans ce premier album, il quitte son foyer pour nous servir une musique épique, respirant les aventures fringantes du Far West, comme l’avait déjà prouvé son court métrage Run qui annonçait la sortie de son futur album, nous faisant suivre les aventures d’un couple en dérive à travers les terres arides de Californie. Son univers musical et son œil de cinéaste nous font suivre dans ces vastes contrées sauvages la lyrique course du conquérant. Au cœur d’une atmosphère western spaghetti, armé de ses six cordes, il nous plonge dans une épopée faite d’adrénaline et de romantisme. Mêlant rock, folk, pop et électro, il nous transporte au gré d’harmonies radieuses fusionnées à des rythmes farouches et épiques, entre tendresse des sentiments et escapades sauvages. Domptant des guitares fougueuses, des beats ravageurs et des envolées vocales puissantes et éraflées, Run nous plonge dans un road trip californien où reprendre son souffle relève du défi. Cet album est bien une course haletante mais jamais oppressante. Comme le dit lui-même Talisco, dans cet album il a cherché à dévoiler « l’évasion, le nécessaire départ quand [on] commence à ronronner, le besoin de s’échapper ».

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Cette escapade s’ouvre avec le très pétillant Your Wish qu’on avait découvert avec un clip invitant à l’escapade. Riche en harmonies vocales, ce morceau incarne un hymne pop-folk léger et énergique, à l’éclat certain, où la guitare galope. Au cœur de ces déserts californiens arides, sauvages et insaisissables, notre cow-boy tourne le plan séquence d’un romantisme ardent. De luisant, le romantisme passe à délicat avec la caresse que nous offre In Love. Sans dégouliner de niaiserie, Talisco manifeste ce qu’il a de plus sensible avec harmonie. Mais cet amour ne reste pas douceur et progressivement le rythme reprend sa course tandis que notre aventurier se plait à mêler les styles. L’amour est ici épopée et cavalcade, comme dopé à l’adrénaline.

La chevauchée se poursuit avec l’énergie rock-électro de The Keys. Transportée par des choeurs harmonieux, la course s’accélère, comme au cœur d’un désert aride balayé par une tornade vigoureuse. Dans ce morceau, Talisco s’amuser à jouer sur les tempos pour s’achever sur une cavalcade interminable. Il nous invite à le suivre dans cette course avec Follow Me. Le morceau débute au cœur d’une brume où des chœurs harmonieux et éloquents s’évaporent dans une rythmique suave qui émancipe de toutes les chaînes qui nous immobilisent. Cette liberté offerte permet de s’aventurer au cœur d’étendues sauvages et de plaines arides que nous évoquent les premières notes de guitare de Sorrow, accompagnées par des envolées vocales dolentes. Entre tendresse et ténèbres, la chevauchée se fait progressivement plus puissante, plus vive dans une rencontre percutante et luisante entre batterie, guitares et chœurs.

So Old vient alors apporter une chaleur intimiste et apaisante au cœur de cette course. Avec cette ballade folk, on se laisse transporter par l’union ardente d’une voix chaleureuse et de légères cordes de guitare. Telle une complainte, ce morceau exprime les maux et les soins d’un cœur chétif en fuite. L’asthénie se noie pourtant dans les sonorités lumineuses de Bring Me Back. L’éreinté ne se laisse pas abattre et les guitares et chœurs déploient le corps qui sombre dans une course solitaire sans fin. Le rythme s’emballe et le morceau se déploie jusqu’à atteindre l’envolée finale où les chœurs se percutent à une batterie pétillante et des guitares ravageuses. Ces chœurs séducteurs on les retrouve sur Glory où le rêve d’évasion envoûte dans cette virée solitaire.

Des notes de piano piquantes entamant Reborn germent comme les remous permettant la renaissance au sein d’une épopée, toujours poussée par des chœurs percutants. Après cet interlude qui nous avait éloigné des contrées sauvages, Everyone nous replonge au cœur de l’atmosphère du Far-West, telle une BO de Tarantino. Les sifflements typiques des BO de western et la cadence de la cavalcade nous exaltent au sein de cette chevauchée fantastique. Talisco est ici maître du Grand Ouest, franchissant toute frontière. Dernière note épique de l’album, on se sent ici chevaucher au gré du vent, menés par cette rythmique galopante. L’album se clôt alors sur une note de tendresse avec Lovely, aboutissement réconfortant d’une course affranchissante, répit du conquérant désormais libre.

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