SOCIÉTÉ

Pourquoi vous n’êtes pas prêts d’arrêter d’entendre parler de l’Ukraine

Consacré durant toute une semaine lors du Petit journal du 14 au 18 avril, le feuilleton ukrainien ne cesse de gagner en audience. Lancé avec succès, il y a déjà un spin-off consacré à la Crimée qui a battu tous les records d’audience. Retour sur les raisons de son succès.

Parce que le suspense est maintenu :

Comme dans toute bonne série qui se respecte, avec l’Ukraine, aucune certitude : place aux twists de dernier moment. Le 21 novembre dernier le gouvernement de Kiev s’apprête à signer les accords de Vilnius avec l’Europe, avant de faire marche arrière au dernier moment. Le 22 novembre le peuple est dans la rue. Après des mois de contestation, le 21 février, l’ex président Ianoukovitch signait un accord avec l’opposition, avant…de fuir le pays le lendemain. Enfin après la victoire des opposants de Kiev, le 16 mars la Crimée devenait Russe par référendum. Et depuis le 7 avril des bâtiments officiels ukrainiens sont occupés par des séparatistes russes, le tout parsemé d’affrontements armés. Les élections présidentielles anticipées du 25 mai auront-elles lieu ? Climax.

Parce qu’on introduit sans cesse de nouveaux personnages :

Quel que soit le talent des comédiens, les personnages finissent toujours par s’essouffler et vient la nécessité d’un turn over. Demandez dans la rue qui se souvient encore de Vitali Klitschko figure emblématique de Maidan ? Oubliée la tête blonde de Ioulia Timochenko, principale opposante au pouvoir libérée le 22 février dernier. Quid de l’ex-président Ianoukovitch qui coule des jours paisibles malgré les 90 morts dont il est responsable lors de la répression des événements de Kiev ? Dans le show business politique les choses vont vite, très vite, place au neuf. Désormais le public suit les aventures de Olexandre Tourtchinov ; président de l’Ukraine par intérim aujourd’hui, condamné à l’oubli dans deux mois ? Heureusement pour ne pas être complètement déboussolés Vladimir Poutine est confirmé dans le rôle du grand méchant russe jusqu’à 2018. Ouf.

Parce que certains sont des personnages mystères :

Qui sont ces fameux « hommes verts » comme ils sont d’ores et déjà surnommés, qui poussent à minima pour une fédéralisation de l’Ukraine et donc un plus grand pouvoir des régions ?  Les mêmes que ceux aperçus en Crimée pointant du doigt les experts occidentaux. Unités d’élites russes pour les occidentaux, avec la révélation de photos par la Maison Blanche, ou simples forces paramilitaires locales comme le soutient Poutine. Tel la fameuse “mother” d’How I met your mother, les spéculations vont bon train. Néanmoins il faudra attendre encore quelques saisons pour en avoir la preuve. En attendant ils n’en sont pas moins efficaces puisque leur intervention aura permis aux pro-russes de prendre le contrôle de six chars ukrainiens à Kramatorsk avant d’arrêter et de désarmer une autre colonne de blindés à Slaviansk.

Parce qu’il y a trop d’intérêts financiers en jeu :

Ni l’Occident ni la Russie ne sont prêts à mettre fin à cette production digne des grandes heures de la Guerre Froide. Mardi 22 avril, le vice président américain Joe Biden annonçait le déblocage de 20 millions de dollars pour assurer la sécurité en Ukraine. Et la couverture médiatique marche du tonnerre. Qui connaissait la Crimée il y a encore 1 an ? Vous ? Vous mentez. Aujourd’hui les deux camps se renvoient des visuels qui sont de véritables bijoux de créativité. Dans cette guerre de propagande bien réelle, le spectateur est ainsi invité à choisir entre « La Russie ou les nazis » ou « Sébastopol est contre l’Otan », à voir et à revoir dans un lyrisme soviétique du plus bel effet.

Auteur·rice

Fabien Randrianarisoa
Pour toute tentative de corruption merci de demander la grille tarifaire à la direction.

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