Valls à la rescousse

Si François Hollande ne s’attendait pas à une victoire de la gauche lors des élections municipales, il ne s’imaginait certainement pas que la claque serait aussi importante. Les sondages, l’impopularité de l’exécutif, et maintenant la déroute lors de la première élection générale depuis 2012 ont forcé le président à agir rapidement, pour regagner la confiance des Français qui, par le vote de contestation et surtout par l’abstention, ont signalé à François Hollande leur ras-le-bol profond. Le premier ministre Jean-Marc Ayrault visiblement usé par 22 mois de pouvoir où il aura eu à conduire des réformes difficiles pour un gouvernement de gauche, y compris en reniant parfois ses propres idéaux, n’était plus la bonne personne pour être responsable devant les Français.
Si le président aurait certainement aimé attendre un peu plus pour dégainer sa meilleure carte, le contexte et la pression de l’opinion l’ont poussé à nommer Manuel Valls à Matignon. Candidat à la primaire socialiste, rallié le premier à François Hollande, membre clé de la campagne en 2012 et ministre de l’Intérieur depuis l’élection du président socialiste, Manuel Valls est surtout depuis le début du mandat présidentiel, le ministre le plus populaire. Représentant l’aile droite du Parti Socialiste, mais également une certaine autorité et une droiture, choses importantes en temps de crise pour l’opinion, le nouveau premier ministre de 52 ans, originaire de Barcelone, aura la lourde tâche de conduire “un gouvernement de combat” selon les mots du président Hollande. Mais si le choix de Valls satisfait peut-être l’opinion (et encore, pour combien de temps ?), il clive nettement la gauche : les ministres Verts Cécile Duflot et Pascal Canfin ont annoncé qu’ils ne participeraient pas au gouvernement, le Front de Gauche sur lequel François Hollande ne comptait déjà pas n’imaginait pas pire premier ministre, et même une partie des parlementaires socialistes envisage de ne pas voter la confiance au prochain gouvernement mené par Manuel Valls.
Tel est le paradoxe du nouveau premier ministre. S’il peut rassembler et calmer la grogne des opposants de droite, il risque de faire éclater la gauche. Rassurer le camp d’en face, exacerber les tensions dans sa propre famille, Manuel Valls est un homme qui suscite les passions. Il n’aura aucun mal à appliquer la politique du président Hollande, lui qui défendait la TVA sociale, l’abandon des 35 heures, lui qui disait à Arnaud Montebourg qu’il n’avait pas “le monopole de la gauche”, il veut incarner une nouvelle génération, celle qui n’a pas honte de son appartenance à la sociale-démocratie, voire au social-libéralisme.
Si Valls est loin de faire l’unanimité à gauche, on peut peut-être espérer de son gouvernement : l’homme qui monte Bernard Cazeneuve, calme et consensuel à l’Intérieur, lui qui a la confiance de François Hollande, peut peut-être rassurer la gauche sur la sécurité et l’immigration ; le retour de Ségolène Royal, figure de sérieux et de compétence dans la tête des Français aura la lourde tache de mener les combats pour l’écologie ; Arnaud Montebourg à l’économie et Michel Sapin aux finances tenteront de réaliser l’impossible, réussir le “pacte de solidarité” pour le premier, et rassure à gauche, s’occuper d’avoir la confiance des marchés pour le second ; Benoit Hamon enfin, la conscience de l’aile gauche du PS, qui sort de tout cela avec un grand ministère Éducation-Enseignement Supérieur-Recherche, qui va pouvoir perfectionner ce que Vincent Peillon lui a légué.
Mais le paradoxe dans tout cela, c’est que Manuel Valls, l’homme politique le plus populaire auprès des Français, n’a nullement le droit à l’erreur. Un mauvais mandat de premier ministre lui coûterait toute ambition présidentielle pour 2022. Mis ici pour donner un nouveau souffle au quinquennat, Manuel Valls doit incarner l’autorité, la rigueur et l’efficacité. Quitte à ne pas plaire à la gauche. Manuel Valls ne s’en soucie guère. Il veut plaire à la France.
Kevin Dufreche

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