SOCIÉTÉ

Petit Manifeste

Il n’y a pas longtemps, j’étais dans un bar avec un copain et un ami à lui, qui a un moment a fait une blague sur le viol. Je ne sais plus précisément quelle était la blague, mais immédiatement je me suis sentie mal à l’aise et je me suis retrouvée à expliquer à ce mec que je ne connaissais pas qu’il ne pouvait pas se permettre une telle blague parce que le viol n’est pas et ne sera jamais un sujet drôle.

Pour la plupart des femmes, c’est une menace, une ombre qui est derrière chacune d’entre nous quand on rentre seule le soir, quand on est la seule femme dans un compartiment, un bus, un métro, un tram, la nuit, quand un mec nous drague lourdement dans la rue et nous jette le mot « pute » à la gueule quand on rejette ses avances, quand on nous dévisage parce qu’on porte une jupe, une robe, qu’on ose montrer nos jambes.

Et pire encore que le viol lui-même, presque, il y a l’après, les réactions des autres, les remarques de type « elle l’a bien cherché », « en même temps tu as vu comment elle était habillée ? »

Comment explique-t-on, en 2014, le fait de vivre dans une société qui condamne la victime ?

Quand un crime racial est commis, il ne viendrait pas à l’idée de dire que la victime n’avait qu’à ne pas être ce qu’elle est. Quand un crime religieux est commis, il ne viendrait pas à l’idée de dire que la victime n’avait qu’à ne pas croire en ce à quoi elle croit. Alors pourquoi est-il si courant lorsqu’il s’agit d’agression sexuelle ou de harcèlement, qui sont, eux aussi des crimes, d’entendre qu’on blâme la victime ?

Droits réservés

Alors qu’aujourd’hui on remet sur le tapis des questions qui ne devraient pas en être (le droit à l’avortement n’est-il pas exactement le droit d’un individu à disposer de lui-même, de son propre corps ?), que le fait de s’affirmer en tant que féministe est encore souvent mal accueilli, et que les femmes sont encore et toujours en moyenne rémunérées 25 % de moins que les hommes, n’est-il pas temps de se poser la question de la façon dont sont représentés les hommes et les femmes dans la société ?

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que, dès l’enfance, on distingue les garçons « en bleu » des filles « en rose », dans les magasins de jouets ou sur les vêtements, qu’on associera aux garçons des adjectifs tel que « courageux », « malins », « forts » quand les filles seront « calmes », « jolies », « gentilles », et que l’on retrouvera ces différences plus tard quand les garçons seront encouragés à être sportifs et aventureux quand les filles devront être attentives, à l’écoute, réfléchies.

Dans les cours de récréation, qu’y a-t-il de pire que le fait de se faire battre « par une fille » lors d’un jeu ? Un garçon ne peut pas se permettre de pleurer « comme une fille », etc.

Ce que la société nous apprend, dès le plus jeune âge, c’est qu’être une femme est moins bien qu’être un homme. Une fille qui se comporte comme un garçon à 10 ans deviendra un « garçon manqué » (expression déjà pleine d’une certaine condescendance ; ne mérite plus d’être une fille, mais n’est qu’un garçon manqué, c’est à dire raté, du fait de son sexe), et une femme adulte se comportant hors des attentes genrées sera décriée : si elle est libérée sexuellement c’est une pute, si elle ne veut pas d’enfants c’est parce qu’elle est encore jeune et qu’elle verra, plus tard, avec les hormones…, si elle n’a pas d’enfants c’est qu’elle n’est plus une vraie femme, si elle a des enfants… elle n’est plus une femme, elle est une maman.

Si tu ne te maquilles pas tu ne fais pas d’efforts ; si tu mets une robe tu es une pute.

Mais si les attentes de la société envers les femmes sont injustes, elles le sont aussi envers les hommes qui doivent être forts, courageux, beaux, gagner beaucoup d’argent. N’avez-vous pas déjà entendu cette idée qu’une maman doit être là pour rassurer l’enfant, et que le papa doit être figure d’autorité ? Ou encore que les femmes sont dans l’émotion quand les hommes sont dans l’action ?

Être féministe aujourd’hui ce n’est pas, contrairement à ce que certains ont pu dire, un « machisme inversé » où la femme se poserait comme supérieure à l’homme, mais bien une revendication d’une véritable égalité des sexes, à tous les niveaux de la société.

Il y a à peu près un an avait lieu une polémique sur le mot « mademoiselle », le fait de le retirer des papiers administratifs au profit du seul et unique « madame », et si, au début, je n’ai pas compris l’intérêt d’un tel débat, il m’apparaît aujourd’hui clairement : un homme est et sera toujours un « monsieur », alors qu’une femme n’aura droit d’être « madame » que si elle est mariée ou trop vieille pour qu’on se permette le « mademoiselle » qui lui, désigne les femmes jeunes et non-mariées. Est-ce que la condescendance derrière cette idée que la femme n’accède au titre adulte « madame » qu’en se mariant ne choque personne ?

La lutte pour l’égalité entre les sexes passe par ce genre de combats, mais aussi, par exemple par des revendications comme l’acceptation du fait que des métiers ne sont pas strictement féminins ou strictement masculins (un homme n’a-t-il pas le droit d’être infirmier ou sage-femme sans perdre de sa virilité ?), parce que c’est aussi ce qui influence les jugements de la société et les discriminations.

La caractérisation genrée des individus masculins et féminin est, au final ce qui entraînera toutes sortes d’inégalités et d’injustices. Il n’est pas normal, qu’aujourd’hui encore les femmes soient traînées dans la boue sous prétexte qu’elles ne se contentent pas d’être passives, innocentes et pures, de la même façon qu’il n’est pas normal que les hommes soient considérés comme diminués s’ils ne sont pas compétitifs ou s’ils s’occupent de leurs enfants. Avez-vous déjà entendu les réactions (des hommes comme des femmes) lorsqu’un homme déclare avoir envie d’être père au foyer ? Elles sont généralement pleines de condescendance (parce qu’il entre dans un rôle « de femme »), de déception (il aurait pu faire tellement plus parce que c’est un homme) ou de mesquinerie (il a perdu sa virilité), considérations d’une misogynie incroyable puisque dans ce cas on va considérer que l’homme est destitué de son statut d’homme et devient donc une femme dont le rôle est, donc, d’être réduite à ce genre de rôles.
Je sais que j’enfonce des portes ouvertes en soulignant que le problème est encore et toujours le fait de mettre les gens dans des cases liées à leur sexe, et je sais aussi que tout le monde n’est pas comme ça et n’a pas ce genre de réactions, heureusement. Mais tant qu’il y aura des gens pour dire qu’une femme « l’a bien cherché » quand elle s’est faite violer, tant qu’il y aura des gens pour penser que « un homme violé par une femme ça n’existe pas », et même tant qu’il y aura des gens pour dire « les ballons, c’est pour les garçons », « votre bébé est une fille parce que les filles ça pleure beaucoup », et, finalement, tant que vous entendrez, constaterez autour de vous, dans votre lieu de travail, au lycée, à la fac, dans la rue des comportements valorisant ou dénigrant un sexe, vous verrez qu’il y a toujours des raisons de se battre pour arrêter d’être réduits à nos conditions d’hommes ou de femmes qui sont avant tout des considérations biologiques et métaboliques et non des états définissants nos caractères, nos capacités ou ce que nos attitudes doivent être, et commençons à agir en individus.

Pour aller plus loin, je ne saurais que trop vous conseiller les excellents acontrario.net et cafaitgenre.org.

Auteur·rice

J'ai 23 ans, j'écris de la fiction, je bois du thé, et je suis plutôt sympa. La dernière fois que j'ai été cool c'était en 2009. J'ai pas mal d'avis sur pas mal de sujets, mais si je t'ennuie, sache qu'on peut toujours parler du chat de mon coloc à la place.

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