L’édito d’avril 2014

Jeudi 13 mars 2014 : la blogueuse Jack Parker est victime d’une agression sexuelle dans le métro. Elle décide de raconter son histoire sur internet. Mais ce qui aurait pu être une histoire sordide de plus ne s’arrête pas là. Des centaines de commentaires plus horribles et insultants les uns que les autres fleurissent. En résumé, « si les femmes ne jouaient pas aux putes, elles ne se feraient pas violer ».  Cette vision du viol vient encore d’être corroborée il y a quelques jours par un sondage de l’institut d’enquête s économiques du gouvernement brésilien, révélant que 65,1 % des Brésiliennes et Brésiliens interrogés acquiesçaient à l’affirmation « Les femmes portant des vêtements qui laissent voir leur corps méritent d’être violées ».

Il est temps d’arrêter de laisser couler ce genre de discours. Combien d’hommes et même de femmes, que nous connaissons, que nous fréquentons soutiennent ces propos ? En 2014, il est « normal de se faire violer » et il est « normal de l’affirmer ». C’est ça la « culture du viol  », expression employée pour la première fois en 1974 par Noreen Connell et Cassandra Wilson dans leur livre Rape : The First Sourcebook for Women.  Il est difficile de croire qu’en 40 ans les choses n’aient pas grandement évolué, on aurait presque envie de se décourager face à ces combats quasi vains. Pourtant, il faut continuer à s’engager, encore plus durant nos jeunes années, pour aller contre ces discours, contre ces gens. Hobbes, Rousseau nous ont appris que ce qui fait la force d’une société c’est cette capacité à sauvegarder les libertés de chacun, à faire en sorte que le loup ne soit plus « un loup pour l’Homme ». Mais que l’homme ne soit pas non plus un loup pour la femme. On ne vole pas la montre au poignet d’une personne parce qu’elle brille, qu’elle est belle et « qu’il n’avait qu’à pas l’exhiber ». On ne mange pas quelqu’un parce qu’on a faim et « qu’il n’avait qu’à pas être si gras ». On ne sodomise pas un homme dans une ruelle sombre, car son slim moulait superbement ses fesses et « qu’après tout, il le portait consciemment ». On ne viole pas une femme parce qu’elle est « belle et sexy » et « qu’elle n’avait qu’à être moche ». On ne porte pas atteinte à l’intégrité de quiconque selon la loi du plus fort et pour son bon plaisir.

Peut-être que découvrir un Maze philanthrope ne vous enchantera guère, mais nos rédacteurs ont tenu ce mois-ci à s’engager contre cette banalisation de la culture du viol et ont essayé de dire ce que beaucoup ne préfèrent pas entendre. Nous avions conscience de la sensibilité du sujet, qui révèle encore une fois à quel point une forme de tabou est ancrée. Alors, sans prétendre à l’exhaustivité, nous souhaitons apporter notre soutien direct à la lutte contre la culture du viol et la banalisation de la violence en général. Mais ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que vous aussi avez un rôle, quel que soit votre âge, quel que soit votre sexe. Ce rôle est de faire face à ces discours à l’emporte-pièce, de mener un combat de tous les instants contre cette morne idiotie et sinistre bestialité humaine.

Quentin Tenaud

Co-créateur et rédacteur en chef de MazeMag, musicocinéphile. Animateur radio à ses heures perdues.

Pas encore de commentaires

Les commentaires sont fermés