SOCIÉTÉ

Poutine, de Sotchi à Maïdan

La frénésie olympique qui s’était emparée de la petite station balnéaire russe de Sotchi a aujourd’hui disparu. Ces Jeux Olympiques d’hiver ont été un franc succès pour le président Vladimir Poutine : première au classement des médailles, la Russie n’a pas déçu à domicile ; des cérémonies d’ouverture et de clôture à couper le souffle, les soucis d’organisation vite oubliés, Poutine a repris sa place sur le devant de la scène internationale. Des médailles, de belles histoires, des symboles, les Jeux Olympiques les plus chers de l’histoire sont donc incontestablement réussis. Pour le Tsar en tous cas, tout s’est bien passé c’est vrai. Mais qu’en fut-il de celles et ceux qui étaient rassemblés place Maïdan, à Kiev, cette nuit du 17 au 18 février ? Le maître de Sotchi, celui qui voulait redorer son image auprès du monde entier grâce à ces Jeux Olympiques, suivait au même moment de très près l’attaque par la police anti-émeute de ceux qui aspirent simplement à la liberté.

Une centaine de morts en tout, voilà l’autre bilan de Vladimir Poutine pour ces dernières semaines. Ce même Vladimir Poutine qui fait partie des derniers à soutenir Bachar el-Assad, le dictateur syrien qui massacre son peuple depuis deux ans et demi. Ce même Vladimir Poutine qui, dans un regret immense de la “belle époque” soviétique, a décidé qu’il allait recréer un cordon sanitaire russophile pour contrer les affreux Occidentaux, au détriment des peuples et de la souveraineté des États. Malheureusement pour lui, l’Ukraine en a décidé autrement. Le président Ianoukovitch a été destitué par le Parlement, l’opposante Ioulia Timochenko libérée, la transition démocratique engagée. Le Tsar a même déjà rappelé son ambassadeur jusqu’alors présent à Kiev. Ceux qui à Maïdan manifestaient hier pour réclamer le droit à un rapprochement avec l’Union Européenne seront peut-être demain en position de le réaliser de façon concrète. Associé à cela, pour la première fois depuis le début de la crise syrienne, Vladimir Poutine a cédé au Conseil de Sécurité des Nations Unies. En effet, la Russie n’a pas opposé son veto à la résolution humanitaire proposée par la communauté internationale.

Si Poutine a réussi ses Jeux Olympiques, ses adversaires en ont profité pour le mettre à mal dans les dossiers qu’il croyait contrôler. L’Ukraine se prend désormais en main, et va vouloir le faire le plus loin possible de l’influence de Moscou. La Syrie est dans une situation bien trop alarmante pour que qui que ce soit se permette de la laisser encore longtemps aux mains de son dictateur fou. Aujourd’hui, Poutine a toujours le regard braqué sur les ruines d’un empire qui appartient à un passé lointain. Demain, le Tsar et sa Russie finiront repliés sur eux-mêmes, parias d’un monde tourné vers l’avenir.

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