CINÉMA

Pourquoi Dallas Buyers Club mérite-t-il l’Oscar ?

Dallas Buyers Club, nouveau long-métrage de Jean-Marc Vallée après Café de Flore, est nommé dans six catégories aux Oscars : meilleur film, meilleur acteur, meilleur acteur dans un second rôle, meilleur maquillage, meilleur scénario original et meilleur montage. Il est donc nécessaire de montrer comment ce long-métrage poignant mérite toutes ses nominations, et pourquoi les membres de l’Académie peuvent voter pour lui.

Meilleur Scénario original 

Le film, présenté dans le numéro de Maze du mois dernier, pose la réflexion sur la question du SIDA pendant sa découverte dans les années 80 aux Etats-Unis. Alors que la médecine essaie tant bien que mal de trouver des remèdes, quelques territoires américains, comme le fin fond du Texas, ne sont pas encore au point, caractérisant le virus du VIH comme “la maladie des PD” pour ne citer que le film. Il n’empêche que la déclaration de la séropositivité de Ron Woodroof (Matthew McConaughey) va engendrer des conséquences sur sa vision du monde et de ses propres amis.

Le long-métrage est très nettement construit en deux temps. Tout d’abord, l’ignorance du cowboy de sa maladie incurable, alors qu’il vivait de sexe, de rodéo et d’alcool. Puis, vient l’annonce de la séropositivité et le doute qui se construit dans l’esprit de Woodroof. La rencontre avec le médecin Saks (Jennifer Garner) et la découverte des symptômes sur le vieux MacIntosh de la bibliothèque de la ville constituent le point charnière du scénario. De ce point charnière, le cowboy homophobe va se changer en un homme malade, luttant contre sa maladie, contre les préjudices moraux, et contre les avancées très douteuses de la médecine.

Sa rencontre avec un homme atteint du même virus lui permet de partager ses souffrances et de ne pas lutter seul. Cet homme, Rayon (Jared Leto), est un homosexuel profond, pratiquant même le transsexualisme à ses heures perdues. La rencontre avec ce malade va changer Woodroof dans sa vision de percevoir les gays. Il luttera alors contre les préjudices et discriminations homosexuelles, donnant une scène déjà culte de la poignée de main “tendue” dans le supermarché entre un ancien ami de Woodroof homophobe, et Rayon.

La présence du médecin Saks est bénéfique dans l’histoire. Elle est une raison de vivre pour Ron qui, malgré sa maladie et sa perte de poids, s’attache rapidement à elle. Elle incarne alors le lien entre la réalité et la fiction, la maladie et les rêves subjugués du cowboy déchu.

Les deux séropositifs auront l’idée d’ouvrir un “Buyers Club”, c’est à dire une vente de médicaments non approuvée par les USA. Ils auront pour motivation de maintenir les gens en vie avec des produits et vitamines sûrs, ainsi que de dissuader les patients de prendre les médicaments distribués des groupes pharmaceutiques, à l’image de l’AZT dénonçant le business tournant autour des pilules plutôt que la réelle motivation à sauver des vies.

En d’autres termes, le scénario de Jean-Marc Vallée est bien plus qu’original, il est exceptionnel. Se basant sur des faits réels, il arrive à trouver un espoir inconsidéré dans ses malades du SIDA sachant qu’ils savent qu’ils sont déjà morts. Commence alors une lutte pour quelques jours en plus dans ce monde.

Meilleur maquillage

Que dire sur cet Oscar qui, à mon avis, ne peut être attribué qu’à Dallas Buyers Club ?

Evidemment, la concurrence de l’indien Tonto (Johnny Depp) de Gore Verbinski dans Lone Ranger peut agir comme un obstacle, mais il faut bien avouer que la transformation de McConaughey et Leto est juste parfaite.

McConaughey, outre sa performance personnelle de perte de poids, se retrouve ici en un homme rongé par la maladie : peau translucide, chevelure négligée, rides marquées … Autant d’éléments rendant l’acteur plus malade qu’il ne l’a jamais été. Le virus du VIH est magnifiquement retranscrit sur son visage, contrairement à Jared Leto qui, lui, a subi une prouesse technique de maquillage toute autre mais aussi époustouflante.

En effet, on retrouve l’acteur/chanteur dans un rôle d’homosexuel profond et atteint du SIDA. Mais Rayon aime prendre soin de lui. C’est ainsi que les maquilleurs ont dû passer un temps mémorable sur le protagoniste : peau claire et lisse, aucune marque de maladie pendant une grande partie du long-métrage. Autrement dit, Leto est transformé en un véritable transsexuel déjà devenu culte à travers son déhanché et ses robes burlesques, tout autant que ses perruques.

Une transformation parfaite des acteurs

Une transformation parfaite des acteurs
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 Meilleur acteur dans un second rôle : Jared Leto 

Pour son retour au cinéma (on n’avait plus vu Jared Leto sur un écran depuis Mr.Nobody en 2009), Jared Leto ne choisit pas un petit rôle. En effet, habitué aux pertes de poids et aussi à la reprise de poids (Chapitre 27), le chanteur de Thirty Seconds To Mars incarne un personnage burlesque, comique mais aussi et surtout dramatique.

Un rôle burlesque ; cet adjectif se croise surtout au premier abord du protagoniste. D’ailleurs, sa première apparition dans Dallas Buyers Club tient à être soulignée : un homme habillé en robe, avec du rouge à lèvres, appelant McConaughey “Chéri”, et commençant un massage au mollet. Ne soyez pas étonné si vous restez un peu bouche bée devant Jared Leto, chanteur si beau faisant craquer les minettes du rock.

La métamorphose a toujours été un fort atout de Jared Leto. Grand drogué dans Requiem for a dream, prise de poids extrême dans son incarnation du tueur de John Kennedy dans Chapitre 27, le voilà maintenant en homosexuel/transsexuel à la recherche d’amour dans ses derniers jours à vivre.

La rencontre avec Woodroof semble quasiment fusionnelle. Difficile en même temps de ne pas s’attacher à cette “grande folle” ne voulant qu’une seule chose : vivre encore longtemps pour pouvoir profiter de sa garde robe. Rayon est bien sûr quelqu’un qui prête à rire. Les surnoms qu’il donne aux gens et surtout à Woodroof fusionnent parfaitement avec le personnage ; le déhanché dans la rue rend Jared Leto ridicule mais fantastique. Enfin et bien sûr, il est surtout dramatique lorsque l’on connaît le destin qu’il lui est voué. Le voir lutter pour vivre quelques jours en plus rend les choses dramatiques. De plus, tout le monde semble attaché à lui, même la médecin Saks ne lui servant pourtant que comme cobaye de médicament pour le traitement contre le SIDA.

Ce personnage possède tellement d’histoires à raconter que l’Oscar peut lui revenir très nettement. L’outsider Michael Fassbender pour son rôle dans 12 years a Slave semble aussi concourir pour la récompense. La concurrence entre les deux acteurs semble de taille, mais on a envie de récompenser Jared Leto pour le travail extraordinaire qu’il a fait sur son corps et sur ses gestuelles.

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Meilleur acteur : Matthew McConaughey 

Le scénario de Dallas Buyers Club est basé sur l’histoire de Ron Woodroof, cowboy fan de rodéo découvrant qu’il a le SIDA et exclu par ses amis le considérant comme un gay, sur un territoire profond du Texas où règne l’homophobie.
Matthew McConaughey, fantasme de beaucoup de femmes dans le monde, s’inscrit dans un registre totalement différent. Du strip teaseur à muscles dans Magic Mike, en passant par tueur très étrange dans Killer Joe, il ose jouer dans Dallas Buyers Club un homme rongé par le SIDA. Qui dit SIDA dit transformation physique. C’est ainsi que McConaughey n’a pas hésité à perdre des dizaines de kilogrammes, et même quasiment la vue, pour jouer ce rôle.
Outre ses performances physiques exceptionnelles, son adaptation quasi parfaite d’un malade atteint du virus du VIH le rend méritant de l’Oscar. Les caractères dramatiques et l’aisance devant une caméra subliment le jeu de l’acteur qui, par son talent cinématographique, s’inscrit encore plus dans les grands acteurs cultes du cinéma du XXIème siècle.
Mais il y aura très fort à faire face à Leonardo DiCaprio dans le Loup de Wall Street. Difficile de dire qui sera le prochain meilleur acteur d’Hollywood.

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Meilleur Film

Toutes les catégories au-dessus résument parfaitement la supposition de nommer Dallas Buyers Club meilleur film.
A cela, rajoutons le talent exceptionnel de Jean Marc Vallée et ses efforts sur l’adaptation et le scénario. Rajoutons également le rôle marquant de Jennifer Garner, grande amie des démunis jouant sur deux fronts, obligation professionnelle oblige.
Dallas Buyers Club est un film qui marque, qui ancre la réalité dans le cinéma ; un film qui ne fait pas rêver, mais un film qui nous fait aimer.

Auteur·rice

Rédacteur et Correcteur chez Maze Magazine, également fondateur et rédacteur en chef du site web d'actualité lecontinu.fr Étudiant en droit, il réalise également son premier court-métrage pour le Nikon Film Festival et est scénariste sur des projets en développement.

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