MUSIQUE

Arctic Monkeys à Bruxelles, des anglais en terre conquise

En septembre dernier, la bande de Sheffield sortait « AM », leur cinquième album qui les a, une nouvelle fois, placés en tête des charts anglais pendant plusieurs semaines. Il a été désigné à l’unanimité comme l’un des meilleurs albums de l’année par la critique anglophone et a grandement été salué en France. Mélange de leurs nombreuses influences, les membres du groupes déclarent dans leurs interviews qu’ils ont tenté de faire un album de rap rock qui sonne bien, tache assez délicate quand on prend du recul sur les tentatives ratées de nombreuses formations du début des années 2000. « AM » est, en effet une sorte d’ovni dans le paysage musical anglophone, avec ses rythmes proches du r’n’b sur des riffs endiablés, ses ballades inspirées par l’univers de Lou Reed et le songwriting d’Alex Turner qui ne cesse de s’améliorer. Les influences de la Californie, où tous les membres du groupe vivent désormais, sont indéniables, mais avant de découvrir les Strokes, comme la plupart des jeunes anglais dans les années 90, ils rêvaient de la West Coast en écoutant Dr Dre et Snoop Dog, et finalement, cet album est peut être celui qui leur ressemble le plus.

Depuis «  AM », ils enchaînent les tournées, aux Etats Unis, au Royaume-Uni puis dans le reste de l’Europe. C’est lors de leur passage à Bruxelles que l’on a décidé de se rendre compte par nous-même si Arctic Monkeys étaient bel et bien l’un des groupes incontournables du moment. Concert sold-out en quelques heures, récit de cette soirée haute en couleurs.

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2h avant l’ouverture des portes, le public, plutôt jeune, se presse sous la pluie devant le Forest National. Les portes s’ouvrent et, après une heure d’attente, les prometteurs the Strypes entrent en scène. On les avait déjà aperçus pendant les festivals estivaux, notamment aux Eurockéennes où ils avaient réussi à faire bouger le public sous un soleil plombant de début d’après-midi. Depuis, les irlandais ont parcouru un bout de chemin, puisqu’ils ont sorti leur premier album « Snapshot » au début de l’automne. On est encore surpris de leur âge, bien évidemment, puisqu’ils sont pas tous majeurs,et de leurs influences, qui ne sont pas du tout de leur génération, mais plutôt de celle de leurs grands parents, les racines du Ryhtme and Blues. On ne vous parle pas ici du r’n’b rabaché à longueur de journée sur nos radios, mais du véritable Rythm and Blues des années 50, né aux Etats Unis puis exporté au Royaume Uni, celui qui a notamment influencé les premiers disques des Rolling Stones et les Beatles.

On note l’évolution dans le jeu et dans l’occupation de la scène, les musiciens sont plus énergiques et semblent avoir gagné en confiance en jouant chaque soir devant des milliers de personnes qui ne sont pas acquis à leur cause. Le public se chauffe petit à petit, la setlist comporte toujours beaucoup de reprises, plutôt réussies, notamment « Heart of the City  » de Nick Lowe et « You Can’t Judge a Book by the Cover  » de Bo Diddley, où quelques bousculades timides se font voir, mais l’ambiance n’était pas au dixième de ce qu’elle a été pour le reste de la soirée.

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On rallume les lumières, et quelques instants plus tard, pour la seconde fois de la soirée elles s’éteignent et la musique pesante d’introduction de «  Do I Wanna Know  »  commence. Les musiciens entrent en scène, le public devient fou aux premières notes de guitare jouées par le leader Alex Turner. Le groupe joue ensuite «  I Want It All », extrait , inédit en live, de leur dernier album, qui passe un peu inaperçu parmi les autres sur l’opus mais qui trouve une meilleure place sur scène, notamment grâce aux solides choeurs assurés par Nick O’Malley à la basse et Matt Helders à la batterie. On assiste ensuite à une avalanche de tubes aux guitares ravageuses qui ont fait la gloire de la bande de Sheffield dans leurs premières années (« Brianstorm », « Dancing Shoes » ou l’enflammé et classique  “I Bet You Look Good on the Dancefloor”, presque devenu l’hymne du rock indépendant britannique). Le groupe est accompagné de trois musiciens, dont Bill-Ryder Jones, jouant de la guitare sur «  Fireside », chanson aux percussions rollingstonienne, qui s’avère être l’une des plus abouties de l’album.

La setlist englobe toutes les périodes du quatuor, les titres s’enchaînent à une vitesse folle. On peut toutefois regretter l’absence de classiques comme « When the Sun Goes Down » et « Suck it and See » ou encore celle de «  Knee Socks  », morceau phare d’AM. Les chansons de celui-ci s’adaptent parfaitement aux contexte du live, le public s’agite sur les rythmes dansants aux accents r’n’b tels qu’on les trouve sur «  Arabella » et «  Why’d Only Call Me When You’re High ? » ou aux accent plus pop de «  Snap Out of It  », qui semble moins énergique cependant que dans sa version studio. Alex Turner sort quelquefois sa guitare folk pour interpréter avec son groupe de jolies balades comme « Piledriver Waltz  », très rare en live, « Cornestone » ou encore une version acoustique de «  Mardy Bum » pendant le rappel. Le public est électrique, ces ballades et des morceaux comme le très joli «  No.1 Party Anthem » et «  I Wanna Be Yours », inspiré d’un texte du poète anglais John Cooper Clarke, sont de rares moments de répit.

Parce que oui, le milieu et les premiers rangs de la fosse font dans le presque brutal, non seulement sur les classiques du groupe, mais aussi sur les nouveaux titres, notamment sur «  R U Mine  ? », dernière chanson du set, qui en restera le moment le plus fou et mettra tout le monde d’accord sur le fait qu’Arctic Monkeys est devenu en groupe taillé pour le live.

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C’est donc incontestable, Arctic Monkeys sont servis par leurs excellents albums, la multitude des genres qu’ils ont traversé et l’énergie qu’ils arrivent à dégager de leurs morceaux en live. Cependant, on sent que ce soir à Bruxelles n’était qu’une goutte d’eau dans leur tournée, l’enthousiasme du quatuor et de leurs musiciens n’est pas vraiment affiché. Bien sur, Turner assure le show en dansant sans retenue, installant un soutien-gorge qui lui a été jeté sur son pied de micro, recoiffant sa quiff avec son peigne au milieu des chansons, mais l’on sent que tous ses gestes sont routiniers. Ils prennent, certes, du plaisir à jour ensemble mais on a comme l’impression que le fait d’être face à autant de personnes qui s’agitent devant eux ne leur fait ni chaud ni froid.

Leurs centaines de concerts leur ont permis de pouvoir améliorer leur jeu scénique, leurs effets de lumière et leur décor, désormais composé d’un lumineux et immense « A » « M », mais cela les a certainement plongés dans un travail routinier et peut-être même lassant. La fatigue de cette fin de tournée européenne où certaines dates avaient été annulées à cause d’une laryngite d’Alex Turner a également dû participer à cet effet. Cependant, loin de nous l’idée de remettre en cause la qualité du show donné,  les Arctic Monkeys ont retourné le public belge et ont encore prouvé ce soir à Bruxelles qu’ils étaient l’un des meilleurs groupes anglais de leur génération.

Crédit photo : Matthias Engels Photography | Livepics.be

Auteur·rice

Etudiante en science politique à Lille et passionnée de musique.

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