Ce numéro étant le dernier de l’année deux mille treize, il m’a semblé judicieux de dresser un bilan de ces douze mois à la rédaction.

JANVIER
2013 étant considérée par le programme alimentaire des Nations Unies comme l’année internationale du quinoa, Baptiste, notre rédacteur en chef bien aimé, décide de concevoir un goodie exceptionnel et limité dans le temps : le quinoa Maze Mag, produit en Amérique du Sud, dans le cadre d’un partenariat de commerce équitable avec des producteurs locaux ! L’idée est un véritable carton, les fans du désormais célèbre magazine se l’arrachent. Espérons que 2014 ne soit pas l’année de la truffe, ou il faudra des publicités pour des produits de luxe dans le magazine.
FÉVRIER
L’année, qui semblait bien partie sous un soleil de bon augure, prend un tournant difficile. La première nouvelle publiée dans le magazine, à défaut d’attirer les lecteurs, provoque la colère du Vatican. En effet, dans cette œuvre de fiction d’une intrigue aussi finement étudiée et réfléchie que bien menée, le retour du Christ est annoncé. Ce dernier se révèle en fait être un extra-terrestre qui cherche à apaiser les hommes par son message d’amour pour mieux les détruire, ainsi que leur planète, une fois les renforts venus. Scandalisé, le Vatican appelle à la destruction immédiate de tous les exemplaires du magazine, et tous ses rédacteurs sont excommuniés. L’institut Civitas viendra même jusqu’à manifester son indignation devant la maison de Baptiste. Des comités de soutien à Maze se créent à travers toute la France, et des collègues journalistes, rapidement suivis par les politiques de tout bord, en appellent à la liberté d’expression. Face à cet emballement médiatique, le Pape Benoît XVI se retire, pour garder la tête haute.
MARS
Depuis l’affaire de la nouvelle, les ventes du magazine gratuit Maze Mag sont reparties en flèche. Cependant, un événement vient troubler la quiétude de la rédaction. Il s’agit d’un commentaire d’un mystérieux lecteur à l’énigmatique pseudo (« le cherbourgeois du 50 ») sur le site du magazine, posté après un article sur le dernier blockbuster américain. « Le ciné c tro coul » peut-on lire, suivi de « par cntre la parti Art du mag c tro pouri c dé mové ». Indignation chez la rubrique Art qui représente alors, selon l’INSEE, 0,01 % de la rédaction pour 11 % des publications mensuelles en terme d’article, et 48 % en terme de quantités de mots par numéro. Qui est donc « le cherbourgeois du 50 » ? On parle alors, chez la rubrique Art, de lui faire subir le martyre de St-Sébastien, selon l’esthétique renaissanto-baroque de Mantegna, ou de lui infliger une tête au carré plus Georges Braque que Picasso, tout cela sous un regard aussi indifférent que celui de personnages d’une toile d’Hopper enfermés dans leur « moi » intérieur. Mais déjà, la rubrique Art suspecte la rubrique Cinéma d’être à l’origine de tout cela, pour les charrier car ce sont des intellectuels vieux jeu qu’il faut décomplexer. Et la rubrique Cinéma soupçonne la rubrique Musique d’être derrière juste pour créer une mauvaise ambiance et paraître encore plus hype aux yeux bienveillants des lecteurs bienveillants. Des claques fusent et des insultent volent dans les airs à travers le groupe Facebook qui nous sert de rédaction. Baptiste avouera plus tard, pour calmer son équipe, que c’était lui qui était derrière « le cherbourgeois du 50 ». Le but était de motiver les troupes de la rubrique Art pour faire encore mieux. Il décide d’arrêter ses cours de management par correspondance.
AVRIL
Une violente crise éclate au sein de la rubrique Littérature de la rédaction. Elle tire sa source d’un article sur Marguerite Duras, qui a été placé avant un article pour annoncer le prochain Dan Brown. L’auteur de ce dernier accuse Baptiste, qui a fait la mise en page, d’assurer à son papier qu’il ne sera pas lu. Sincèrement, qui n’a pas refermé le magazine après un article de trois pages sur « Marguerite Duras : un jeu sur l’aisance de la portée directe des mots indirects au cœur d’une vie fastueuse et d’un grand amour de la littérature » ? … Alors que Dan Brown, bordel, tout le monde adore ses histoires de chasses au trésor saupoudrées d’énigmes, de meurtres gores et de sociétés secrètes qui en veulent bien souvent à notre monde moderne. Baptiste, qui n’a pas pu résister et a repris ses cours de management, calme le jeu en donnant un carton jaune à toute la rubrique Littérature : tout le monde doit faire un article de plus pour le numéro prochain. Aucun autre incident ne sera à déclarer depuis dans cette partie de la rédaction.
MAI
Avec le retour des beaux jours, le magazine se devait de rendre hommage aux jeunes de mai 68, pour un numéro sur la révolution. Une version papier s’envole, portée par les vents, au-dessus de la Méditerranée. En juillet, on la retrouve dans les rues du Caire où un égyptien francophile en offre une traduction brillante à la population. Ce sera la fin de Morsi.
JUIN
C’est le baccalauréat, et il n’y a pas de numéro : voilà l’obligation quand on est un journal fait par des jeunes. La section Musique déprime car ses rédacteurs ne pourront pas donner de bons plans aux lecteurs pour la fête de la musique. 12 % d’entre eux n’auront pas leur bac.
JUILLET
Un rédacteur de Maze s’illustre autour d’une chanson sur Jean-Marc Ayrault, qui fait le buzz sur internet après avoir été découverte par le Lab d’Europe 1. Un numéro exclusif sur sa carrière musicale et son immense talent d’auteur-compositeur et de chanteur à textes est un temps envisagé pour briser la moiteur estivale et placer Maze dans le buzz qui court maintenant la France. Cependant, associer cette chanson à Maze reviendrait à ancrer l’âme du magazine à gauche, au grand dam de certains rédacteurs de droite qui menacent de démissionner. Le projet est avorté.
AOÛT
Dans une interview à la presse normande, Baptiste, qui ne semble plus qu’à quelques marches du Petit Journal de Canal+ comme adolescent de l’année, avoue que Maze aspire à ressembler à un “Les Inrocks”. L’âme de Maze s’ancre encore plus à gauche. Indignation chez certains rédacteurs de droite qui démissionnent.
SEPTEMBRE
Maze décide de publier une interview exclusive de Jean d’Ormesson pour récupérer ses rédacteurs de droite qui ont pris la fuite depuis août, révoltés par des propos de Baptiste rendant grâce à une presse qui a, selon eux, fait perdre Sarkozy en 2012. Dans cette même optique, Mireille Mathieu devient partenaire officielle du magazine, et Sardou est l’invité du mois de la rubrique musique. Heureusement, les blagues de NKM, à grand renfort de références à Lorànt Deutsch, sur les noms de rues cocasses de Paris arrivent à convaincre les lecteurs de lire ce magazine réconciliation.
OCTOBRE
C’est l’automne et les feuilles tombent des magazines. La rédaction est décidée à concevoir un numéro spécial Halloween. La section Jeux-vidéo teste les jeux les plus sanglants, et des membres de la rubrique Actualité partent pour l’Himalaya à la recherche du Yéti, aux frais du magazine. Suite à un retard, ils ratent leur avion et sont réduits à rédiger un best-of des affaires les plus craignos des Enquêtes Impossibles de Pierre Bellemare.
NOVEMBRE
Avec les tragiques événements du tireur fou à Libération, les journaux de France se retrouvent sous protection policière. Maze Magazine n’échappe pas à la règle et chaque rédacteur obtient une garde rapprochée d’un homme de l’ordre qui le suit en permanence. Le mien s’appelait Lary et il était sympa.
DÉCEMBRE
Suite à une soirée étudiante à thème “Schtroumpf” la veille de la mise en page pour fêter dignement la fin des partiels, Baptiste n’a plus les idées très claires. Maze Magazine paraît le lendemain, et on lui retire deux jours plus tard ses subventions européennes, à cause d’une Une raciste sur Christiane Taubira. Les rares lecteurs de la première heure apprécient cependant l’édito qui les remercie de leur fidélité, et Maze obtient 500 000 lecteurs supplémentaires en vingt-sept heures, preuve que, contrairement à ce que pensent certains, il existe encore une attirance pour le racisme dans notre pays. A moins que cette soudaine affluence ne soit due à l’interview exclusive du Père Noël ? En effet, ce dernier nous offre des révélations chocs sur son emploi et dresse un top ten des meilleurs cadeaux demandés par les personnalités françaises.
Chers lecteurs, très chères lectrices, Cherbourgeois, voici la fin de ce bilan annuel. Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, mais le monde n’est pas encore prêt à tout savoir sur la machine Maze Mag.
Nous vous souhaitons donc de bonnes fêtes de fin d’année. Promis, 2014 sera pleine de bonnes surprises !





