Après un mois de septembre décevant, octobre et l’arrivée de l’automne nous a permis de passer de longues et bonnes heures dans nos salles obscures : des heures drôles, des heures amusantes, des heures en 3D et des heures étouffantes, mais aussi des heures gênantes, des heures qui nous ont fait rêver et des heures qu’on aurait préféré de pas perdre. Ceci dit, la diversité était de retour ce mois-ci, alors retour sur une dizaine de films du mois.
Un film au titre imprononçable, on vous met au défi, pour commencer : Eyjafallajokull (sorti le 02/10). Un couple divorcé se retrouve sur la route pour le mariage de sa fille en Grèce. Mais suite à l’éruption du volcan islandais Eyjafallajokull, tous les vols européens sont bloqués, dont le leur ! S’ensuit un road trip très mouvementé où les deux vont se tirer dans les pieds, voire pire, pour arriver seul au mariage, et avec la robe ! Voiture de luxe explosée sur l’autoroute, personnages virés d’un bus par des rugbymen, covoiturage avec un repenti assassin devenu prêtre et vol d’un avion de tourisme à court d’essence sont au programme de ce long voyage, mais entre la haine et l’amour, face aux épreuves et pour leur fille, il n’y a qu’un pas … Avec Valérie Bonetton et Dany Boon dans les rôles principaux, la bonne dose d’humour est garantie et complétée par des gags bien trouvés et bien placés. Seul défaut, des petites longueurs dues à une certaine répétition des situations et au fait que le film se déroule sur le même plan jusqu’au bout : coup bas, réussite ou non, séparation, retrouvaille, coup bas … Ça ne décolle jamais, comme les avions sous le nuage de poussière du volcan. En somme, on passe tout de même un bon moment, surtout pour un film humoristique français qui ne tombe quand même pas dans le potache !
Quand on part voir Machete Kills (sorti le 02/10), suite de Machete de 2010 lui-même adapté d’une des fausses bandes annonces du diptyque Grindhouse, il faut se dire que l’on va voir un film de Robert Rodriguez, maître des nanars qui s’assume et qui fait du « sous Tarantino ». Bref, un concentré de « What The Fuck » avec du sang, des filles, de l’action et une certaine dose d’humour gras. Si on aime on s’éclate, si on n’aime pas on rigolera aux quelques premières vannes puis on trouvera ça très très très lourd. Pour l’histoire, Machete, qui trouve son nom dans son gout pour les machettes, est un ancien membre de la police fédérale du Mexique. Il est appelé par le Président des Etats-Unis qui cherche à se débarrasser d’un trafiquant d’armes qui, de l’autre côté de la frontière tient ses missiles pointés sur Washington. Mais l’ennemi est peut-être plus loin, et pourquoi pas dans l’espace ! Coté casting, on retrouve Danny Trejo dans le role titre, entouré de toutes ses filles (Michelle Rodriguez, Amber Heard, Sofia Vergara) et même de Lady Gaga pour son premier vrai rôle au cinéma (rôle qu’elle partage avec Antonio Banderas par ailleurs), et pour le « grand méchant » nous avons droit au retour de Mel Gibson ! Mais en bref, soyez sûr d’aimer avant de regarder ce Machete Kills.
Style complètement différent avec la Palme d’Or 2013 à Cannes. Acclamé par la critique puis terni par la polémique sur les conditions de tournage, tout le monde attendait La Vie d’Adèle (sorti le 09/10). Libre adaptation de la BD Le bleu est une couleur chaude, c’est l’histoire d’amour enflammée entre deux jeunes filles bien différentes. Rencontre, premiers émois et puis sexe, sexe, et encore sexe, avant une dure première rupture … Une histoire d’amour, la vie, celle d’Adèle. Esthétiquement, elle est mise en beauté de façon parfaite, les gros plans quand elles sont ensembles (qui peuvent aussi donner un peu le mal de mer), les plans larges quand elles se quittent, mise en abime à travers la musique et les arts … Tout est là pour nous faire vivre l’amour à travers le film. Seulement, même si c’est difficilement critiquable, narrativement il y a quelque chose de gênant : on dirait un plan cul qui dure (avec peut-être 20 minutes de sexe à l’écran au total) et pas une histoire d’amour, il y a un gros manque de tendresse. Les émotions, on les vit superficiellement et profondément à la fois, on est dedans et dehors, ce qui donne un effet assez déroutant qui ne nous fait pas sortir indemne des trois heures de film. La Vie d’Adèle reste un grand film, qui ne justifie peut-être pas les conditions de tournages qui ont été évoquées et qui n’est peut-être pas non plus à la portée de tout le monde, mais qui peint l’amour au cinéma.
Pour les plus jeunes il y avait Planes (sorti le 09/10). Dusty est un avion épandeur d’engrais dans les longs et grands champs américain : tout droit, demi-tour, tout droit … Voilà à quoi se résument ses journées. Mais Dusty voudrait être un avion de course, de voltige, de chasse ! Il va alors participer au Grand Rallye du Tour du Ciel, avec l’aide de ses amis Skipper Riley, avion vétéran et Chug camion en quête de sensations, pour prouver qu’il est capable de voler comme les célébrités de l’aviation. Seulement, il n’est pas prêt à affronter une telle course et … il a le vertige. En plus, il va devoir croiser les hélices avec Ripslinger, champion incontesté, qui va tout faire pour stopper ce Dusty qui pourrait bien lui tenir tête … Spin-off de la série Cars, ce nouveau Disney n’avait rien de bien ambitieux : monde exactement comme celui de Cars (les machines anthropomorphes) et presque même thème que celui autour de la petite voiture de rallye Flash McQueen. Avec Planes, on a une grosse impression de déjà-vu, et la 3D n’est pas assez profonde pour nous faire rejoindre les airs. L’ensemble, même avec son cruel manque d’originalité, reste un voyage sympathique. Pour les plus jeunes, on passe quand même un bon moment et les petits amoureux de l’aéronautique rigoleront d’aller voir un dessin animé sur leurs machines préférées rarement mises en avant à l’écran.
Et pour ceux qui préfèrent se faire retourner de terreur, il y avait Prisoners (sorti le 09/10). Deux fillettes sont enlevées dans un petit pâté de maison lors une minute d’inattention des parents. L’un des pères se résigne, l’autre mène son enquête, traque et kidnappe à son tour celui qu’il pense être le coupable, alors que la police l’a relâché faute de preuves. Pendant ce temps, le policier chargé de l’enquête va tenter de remonter jusqu’aux fillettes. Les deux vont finir par remonter ce réseau d’enlèvement, avec sur leur route cabine de douche-torture, labyrinthes, serpents, habits tachés de sang et fanatiques religieux. Attention, film à ne pas voir si vous rentrez ensuite du cinéma seul et dans la nuit ! Car même si le démarrage est un peu long, avec Prisoners on plonge ensuite dans un thriller polar psychologique limite suffocant. De nombreuses critiques ont comparé ce film avec Seven ou Zodiac de Fincher, ou encore Le Silence des Agneaux, et il est vrai que l’on retrouve bien cette ambiance oppressante, réellement troublante, où les limites morales entre le bien et le mal sont floues. Les deux acteurs principaux, Hugh Jackman, le père d’une des fillettes et Jake Gyllenhaal, le policier chargé de l’affaire, portent le film avec justesse, et signent tous les deux probablement leurs meilleurs rôles, ils brillent dans la mise en scène assez classique de Prisoners, sur fond de neige hivernale. On regrettera juste le fait que l’intrigue principale est finalement remontée en un temps assez court et donc pas assez approfondie, alors que le film dure deux heures et demie mais qu’il y a quelques longueurs au début. Prisoners est tout de même à ne pas rater, des films de ce genre aussi bien réussis ce n’est pas souvent !
Terreur pour nos acteurs hollywoodien dans C’est la fin (sorti le 09/10). Ça y est, c’est l’Apocalypse. Pendant ce temps, les acteurs Seth Rogen et Jay Baruchel sont à une fête chez James Franco et, bizarrement, aucun invité ne monte vers le ciel dans une belle lumière bleue. Face à la destruction de Los Angeles, tout le monde sort et finit englouti vers l’Enfer. Tout le monde ou presque ! Franco, Rogen, Baruchel et les autres acteurs Jonah Hill, Danny McBride et Craig Robinson se retrouvent enfermés dans la villa de Franco et doivent se préparer à survivre à l’Apocalypse, s’il est possible d’y survivre … Passant du film de survival à l’horreur, au film de zombie pour finir avec de l’héroïsme, C’est la fin revisite et démonte ces genres de films avec de nombreuses références et un humour totalement décalé et assumé. Humour d’ailleurs, en exceptant les trop nombreuses blagues « de mecs », qui nous accrochent bien notamment grâce aux situations cocasses, les acteurs surjouant leurs propres rôles, votre voisine de siège terrorisée pour rien et surtout les blagues sur des films et des acteurs divers et le remake de l’Exorcisme. Très rythmé et avec des rebondissements aussi dingues qu’inattendus, on ne s’ennuie pas et on apprend à bien détester avec humour ces habitués d’Hollywood. Petit plus comique avec les caméos de Rihanna qui ne survivra pas longtemps, Michael Cera qu’on apprécie de voir se faire transpercer par un lampadaire (si si, avouez-le !) et celui d’Emma Watson qui se pense devoir faire face à des zombies avec sa hache. A voir pour le fun !
L’adaptation du mois est Au Bonheur des Ogres (sorti le 16/10). Benjamin Malaussène est bouc émissaire, son job dans le centre commercial Au Bonheur Parisien consiste à recevoir les plaintes des clients et les empêcher de poursuivre le magasin en justice. Grand frère responsable de toute une tribu dont la mère parcourt le monde et éparpille les pères, sa vie est un joyeux bazar. Et puis un jour, alors qu’il sauve une certaine Tante Julia de la sécurité du magasin, une bombe explose sur son passage, puis une autre peu de temps après, et encore une autre, tuant à chaque fois une personne précise. Mais qui lui en veut autant pour lui faire porter le chapeau ? Adaptation par Nicolas Bary du premier tome de la saga Malaussène de Daniel Pennac, adoubé par l’auteur lui-même, ce film à l’univers décalé passe de l’imaginaire punchy-comique à d’autres scènes plus « sérieuses » et policières en un claquement de doigts. Comme Malaussène, on ne s’ennuie pas ! Les rôles titres, joués par le très charismatique Raphael Personnaz et la flamboyante Bérénice Bejo, collent parfaitement à leurs acteurs. Notons aussi la présence de d’Emir Kusturica dans le casting. Comme l’auteur, les fans de l’univers du livre seront conquis, malgré un petit manque de noirceur, et les autres passeront un bon moment.
Autre adaptation d’un livre : L’extravagant voyage du jeune et prodigieux TS Spivet. (Sorti le 16/10) TS Spivet est un petit garçon de 10 ans pas comme les autres : il vit dans le Montana avec son cowboy de père, sa mère passionnée des insectes et sa sœur, il porte le deuil de son frère jumeau qui est mort dans un accident avec un fusil et, surtout, a inventé la machine à mouvement perpétuel. Grâce à ça, il remporte le prestigieux prix Blair, et comme il tourne en rond dans sa campagne, décide de partir tout seul le recevoir à l’autre bout des États-Unis, à Washington. Pas très vagabond dans l’âme, son voyage sera épique, et quant à son accueil à Washington, ce n’est peut-être pas celui qu’il aurait espéré … Petit frère américain d’Amélie Poulain, TS Spivet est le nouveau film de Jean-Pierre Jeunet qui signe le premier film français en IMAX 3D esthétiquement très réussi. Entre les paysages sublimé en couleurs, les croquis qui s’affichent à l’écran, les chapitres annoncés par des livres reliefs et une voix off très présente, le style Jeunet s’impose naturellement devant ce petit personnage inventif et curieux qu’est TS Spivet. Mais face à cette jolie histoire, on regrettera tout de même un voyage qui n’est pas si extravagant que ça contrairement à ce qu’annonçait le titre, c’est limite juste une traversée en train, et l’impression que le film se dirige seulement vers un public jeune alors qu’il aurait pu avoir plus d’ambition.
Coté jeunesse on retrouve aussi Turbo ! ( Sorti le 16/10) Un petit escargot rêve d’aller vite, vite, vite. Suite à un accident de nitro sur la route, son vœu est exaucé et sa rencontre avec d’autres escargots de course (mais lents eux) appartenant à un vendeur de tacos va le pousser à participer à la mythique course des 500 miles d’Indianapolis. Conquérant le cœur du public, Turbo l’escargot va vite devenir le rival de son ancienne idole, Guy La Gagne, qui n’hésitera devant rien pour gagner la course … Le mois dernier nous avions Rush, ce mois-ci c’est Turbo ! Ce joli conte moderne semble se situer aussi entre Fast and Furious façon escargot et Cars, où la morale est de toujours croire en ses rêves, ici, d’aller vite. Dernier sorti des studios Dreamworks, Turbo est esthétiquement très réussi, que ce soit les scènes de jardin ou de course, on arrive toujours à lier le vaste monde des hommes à celui plus réduit des escargots. Du coup, c’est tout à fait normal de voir un escargot courir à côté des voitures de course ! Avec un humour délirant à toutes épreuves, ce film fera rire les petits et les plus grands. Peut-être le meilleur dessin animé de cette fin d’année avant Noël !
Un autre type d’humour avec Malavita (sorti le 23/10). Giovanni Manzoni est un ancien mafieux italo-américain qui, après avoir balancé toute sa « famille », se retrouve sous la protection du FBI avec sa femme et ses enfants. Après avoir raté leur intégration partout où ils sont allés, ils débarquent dans un tout petit village de Normandie et vont encore avoir du mal à lâcher leurs habitudes assez violentes de leur ancienne vie d’affranchis … En plus, les mafieux sont sur leurs traces. Dernier film de Luc Besson tourné à deux pas de chez lui en Normandie, Malavita brille tout d’abord par son casting : Robert De Niro dans le rôle principal, avec pour femme Michelle Pfeiffer et Tommy Lee Jones en tant que l’agent de protection du FBI. Sans oublier Martin Scorsese comme producteur exécutif ! Chacun à leur façon, les personnages sont attachants et surtout très drôles dans leur intégration (mention spéciale à la fille qui fait la leçon à un jeune voulant abuser d’elle à coup de raquette de tennis). Avec un humour cynique à toute épreuve, notamment sur les films de mafieux, Malavita est le film de repenti de Scorsese et De Niro ! Surtout sur l’hilarante scène du ciné-club où le personnage joué par De Niro se retrouve à regarder et à débattre sur Les Affranchis, un grand moment. Avec une scène plus thrilling à la fin, Malavita finit par être bien une comédie mafieuse. Pour les affranchis dans l’âme qui veulent bien rire !
Expérience cinématographique de l’année, Gravity (sorti le 23/10) est l’histoire d’une astronaute à la dérive dans l’espace suite à la destruction de sa navette par un amas de débris en orbite. Toujours dans le risque de se retrouver elle-même propulsée en orbite, elle ne va jamais rien lâcher et aller de station en station, de navette en navette, dans l’espoir de rentrer saine et sauve sur la terre ferme. Dernier film d’Alfonso Cuarón avec Sandra Bullock et George Clooney, devant Gravity on se demande tous « Mais pourquoi on ne l’avait pas fait avant ? » tant l’idée est simple mais géniale. On attendait peut-être les moyens technologiques nécessaire qui ont été créés spécialement pour le film pour recréer des mouvements en apesanteur. En tout cas le résultat est au rendez-vous. Présenté en IMAX 3D, aller voir Gravity c’est pendre un billet pour l’espace, dont on gardera un souvenir suffoquant tant l’oxygène se fait aussi rare dans la salle qu’à l’écran. En plus de l’image totalement immersive, il y a aussi le son, qui passe de bruits de moteurs assourdissants au silence le plus total de l’espace, voire à la respiration de notre héroïne qui nous fait presque caler notre pouls sur le sien. Bullock est superbement toute en retenue dans son personnage à l’air d’intello androgyne qui se bat pour la vie après avoir connu la mort dans son passé. En bref, Gravity est une expérience cinématographique rare et nouvelle dont vous ne sortirez pas indemne, et même à bout de souffle.
Le mois prochain, un peu moins de films à l’affiche mais pas des moindres, notamment la très attendue suite des Hunger Games : Catching Fire, mais aussi Inside Lewyn Davis présenté à Cannes, l’adaptation du best seller La Stratégie Ender avec, entre autres Asa Butterfield et Ben Kingsley, le film au casting explosif Cartel de Ridley Scott (Barden, Pitt, Fassbender, Cruz, Diaz), le Very Bad Trip version retraités Last Vegas avec De Niro, Douglas, Kline et Freeman et puis The Immigrant avec Marion Cotillard, Quai D’Orsay avec Raphael Personnaz et Captain Phillips avec Tom Hanks.





