LITTÉRATURE

Le classique : Poèmes Saturniens de Verlaine

Ce mois-ci, revenons sur un classique souvent peu connu, le recueil Poèmes Saturniens de Verlaine. Quoi de mieux pour accompagner la douce mélancolie de l’automne ?

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Paul Verlaine était un poète de la deuxième moitié du XIXè siècle, et on ne retient souvent de lui que l’attachement qu’il portait à la sonorité de ses poèmes et sa vie tumultueuse, de l’alcool à Rimbaud en passant par ses accès de violence. C’est en partie à cause de celle-ci qu’il est qualifié de « maudit », terme qu’il s’applique lui-même, comme le montre ce recueil que nous allons vous présenter.

En effet, Poèmes saturniens est son tout premier recueil, composé de ses écrits de jeunesse, remontant parfois au temps où il était lycéen ou même en troisième. Le thème de l’ensemble de ces poèmes est très surprenant, une fois que l’on sait ceci. Car, à l’instar des grands poètes antiques, Verlaine commence par mettre son recueil sous la protection d’un dieu en lui dédiant le premier poème. En général, les dieux peuvent être Vénus/Aphrodite, la beauté, Phoebus/Apollon, le chant, ou Jupiter/Zeus, la toute-puissance. Mais ici c’est Saturne qui est choisi, Chronos en grec, père de Jupiter et puissant souverain qui aurait mangé ses enfants de peur que l’un d’eux ne le détrône. Il est ainsi associé à la tristesse, la mélancolie, humeurs affectées à la bile noire durant les premiers balbutiements de la médecine, qui est le produit de la rate, ou spleen en anglais. Nous rejoignons ainsi Baudelaire, inspirateur de Paul Verlaine, avec ce concept de mélancolie dont souffraient nombre de poètes mal à l’aise avec leur époque. C’est donc le thème principal du recueil, qui est placé ainsi que le poète lui-même sous le signe de ce dieu maudit.

Poèmes saturniens est divisé en quatre parties : Melancholia, Eaux-fortes, Paysages tristes et Caprices. Chacune est dédiée à un écrivain, ami ou admiré. La première comporte notamment « Nevermore », dont le dernier vers est le plus connu :

 

« – Ah ! les premières fleurs, qu’elles sont parfumées !
Et qu’il bruit avec un murmure charmant
Le premier oui qui sort de lèvres bien-aimées ! »

 

ou encore « Mon rêve familier » :

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

 

Car elle me comprend, et mon cœur transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

 

Est-elle brune, blonde ou rousse ? Je l’ignore.
Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la vie exila.

 

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

Le terme d’eau-forte désigne une gravure très précise, et s’applique ici aux descriptions de scènes qui composent cette deuxième partie. La troisième, comme son nom l’indique, rassemble divers paysages, où se trouve « Chanson d’automne », dont la première strophe reste la plus connue des poèmes de Verlaine :

« Les sanglots longs

Des violons

De l’automne

Blessent mon cœur

D’une langueur

Monotone. »

 

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Enfin, Caprices est une association de poèmes épars contenant notamment « Femme et chatte ».

    D’autres poèmes s’y ajoutent, ainsi que l’Épilogue qui clôt le recueil. Solitude et mélancolie sont disséminées tout au long des vers à la musicalité primordiale, et sont des échos des Fleurs du mal de Baudelaire, qui influencent fortement le jeune Verlaine. Il évoque à 22 ans dans ce recueil une nostalgie sourde de moments perdus, la fatalité du temps à travers une poésie très picturale et puissamment évocatrice. On y voit transparaître les influences de précédents poètes, et cette prédisposition à la mélancolie qui guidera le poète tout au long de sa vie de maudit, d’errance en errance, en perpétuelle quête de lui-même et regrettant déjà à 20 ans des moments pour certains jamais vécus. Recueil entre les genres, partie intégrante du mouvement de transformation qui s’opérait alors en poésie, Poèmes saturniens a vu quelques uns de ses vers vagabonder pendant plus d’un siècle, servis par des recherches de rythme et de sonorités propres au prince des poètes, qui ne fut reconnu sous ce nom qu’après sa mort.

Mais tout le monde connaît encore “Les sanglots longs des violons de l’automne …”

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A lire au coin du feu, avec un chocolat fumant ou sous la pluie, sur un banc, au crépuscule ou sur son lit.

Auteur·rice

Aime la culture, TOUTE la culture, et l'anonymat. Pas facile d'en faire une biographie, dans ce cas. Rédactrice et Secrétaire de Rédaction pour Maze. Bonne lecture !

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