SOCIÉTÉ

Qu’est devenu le féminisme ?

Mai 68, libération des mœurs. Trônant sur leur victoire contre la rigidité et la soumission, les jeunes Français réclament une nouvelle société, ouverte, libre et égalitaire. L’ordre est celui du changement, leurs slogans non teintés d’humour proclament : “Faites l’amour pas la guerre“, “il est interdit d’interdire“, et à l’intérieur de cette révolution se réveille un désir d’émancipation. La vieille France regarde quelques années plus tard, stupéfaite, des femmes brûler leurs soutien-gorges, et crier “oui” à l’avortement, “oui” à la pilule ; le féminisme est là, bouillonnant dans les rues, fort du bouleversement de l’état patriarcal, et de la nouvelle mixité dans l’enseignement. Leurs revendications sont claires : elles veulent disposer de leur corps, de leur vie.  En 1979 la loi Veil dépénalise l’avortement et fait un pas de géant dans la reconnaissance du droit des femmes.

2013. Qu’est devenu le féminisme ? La société semble être plus libertaire ; en France être une femme n’est plus un calvaire depuis longtemps. Liberté sexuelle, égalité salariale, on se demande ce qu’aujourd’hui les femmes pourraient bien revendiquer. A voir pourtant le nombre de blogs féministes et d’associations pour cette cause, il semble qu’il y ait encore beaucoup à faire ; des voix s’élèvent de tous les horizons, et c’est le grand changement de ce siècle. Les femmes, provenant de milieux bourgeois mais aussi défavorisés, parlent librement de leurs choix.  Car un féminisme du tiers-monde vient de voir le jour, dans le monde musulman, incriminant le nouveau libéralisme qui se mélange à un islamisme radical. Hassania Chalbi fait le rapprochement entre ces deux politiques extrêmes, mettant le point sur le fait que les femmes, dans ces conditions, sont exploitées économiquement et pourtant non libres de décider de leur vie, car soumises à l’aval de leur mari. Des voix s’élèvent dans ces pays, désirant combattre cette inégalité, et clamer le droit à l’accès à des formations choisies et bien rémunérées, pour ainsi se défaire de l’emprise du patriarcat qui les confine à la rentabilité soumise.

Les “femens”, ont offert une réponse radicale à une situation inégalitaire : faire de leur corps une arme de provocation politique et sociale. Seins nus, criant fièrement leur liberté, elles ont suscité la polémique dans les pays en voie de développement, en envoyant un coup de poing dans les idées machistes … Mais l’action de ces femmes a donné lieu à des poursuites judiciaires que l’on pouvait prévoir. L’effet donc pour l’instant ne se limite qu’au conflit, semblant creuser le gouffre de la compréhension entre les sexes. Cependant, grâce à ce mouvement, l’idée de la libération du corps féminin a reconquis la sphère des médias, car au fond n’est-il pas toujours destiné à faire vendre  ? Ces femmes poussent un coup de gueule contre l’imagerie de la femme objet, en enlevant le haut et en proclamant que leur corps est un moyen de vaincre les idées réactionnaires. Rendre au corps féminin ses pouvoirs, c’est ce que veulent les “femens”, un combat dont les conséquences juridiques et humaines alertent (injures, menaces, etc.) et qui pose la question de la place encore aujourd’hui qu’occupe la femme dans une société patriarcale.

C’est pour critiquer cette domination que certaines féministes ont trouvé d’autres formes de réaction : afficher leur féminité, l’assumant pleinement contre l’idée qu’elle pourrait être source d’oppression, ou bien au contraire affirmer que l’éducation genrée est une chimère servant à forger l’inégalité, allant jusqu’à imaginer un monde sans différences. Les deux extrêmes renferment la même problématique : celle de l’identité sexuée, et confirme le fait que les femmes essaient toujours de se libérer de l’image d’êtres fragiles, soumis aux pulsions masculines.

Récemment, le gouvernement de François Hollande a lancé le concept de “nouveau féminisme européen” sur la base du respect, de l’être humain, de sa particularité et sa différence, en mettant l’accent sur la réintégration de l’idée suivante : “être femme n’est pas une tare”, et “être femme” se conjugue de plusieurs façons, selon la personnalité de chacune. Ainsi, le plaisir d’être une femme s’oppose à l’idée archaïque selon laquelle le genre féminin est là pour souffrir, subir et se taire. Qu’on ait choisi ce sexe ou qu’on l’ait déjà, l’importance selon le ministère du droit des femmes, c’est que la société respecte cette identité, dans son entier, et que l’éducation des hommes et des femmes se fasse sur le partage, la complémentarité. Idyllique ? C’est possible mais la reconnaissance des femmes en tant qu’être désirant et pensant est encore loin d’être acceptée par tous les hommes et c’est l’idée qu’elle est sous domination du désir masculin qui provoque au XXIème siècle les pires inégalités, et ce dans la vie quotidienne des femmes.

Que deviendra la condition des femmes de demain ? Et dans l’avenir proche, y aura-t-il une amélioration de l’image présentée aux jeunes générations ? En tout cas, il existe toujours des combats, et des réponses, visibles désormais aux quatre coins du monde.

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