ART

Fred Le Chevalier et Madame

Fin avril 2013 – Paris
Arrivée tardive dans la ville Lumière, émerveillée par ce musée à ciel ouvert.
Outre la rétrospective de Keith Haring sévissant à l’époque, le street art réside à Paris. Dans le dédale des rues de la capitale, dans les quartiers métissés, sur les buttes ou dans les cavités métropolitaines, l’art est partout ! En fouillant un peu les magazines spécialisés, ou en regardant de plus près toutes ces œuvres éphémères, des noms reviennent sans cesses. Invader (bien sûr), Jef Aérosol, Blek le Rat, M. Chat, Kashink, Roa, Rero, mais aussi … un certain Fred Le Chevalier et une certaine Madame.
Ici, il n’est nullement question d’un preux et valeureux chevalier venu défendre et sauver sa belle et douce dulcinée. Non, non, non les deux décorateurs de rues naviguent sur le même destrier et défendent la même cause : afficher leur art et donner un peu de poésie à ce monde moderne.
Revenons-en au fait, fin avril, à la mi-journée, Fred Le Chevalier nous a proposé de l’accompagner dans une session collage aux cotés de Madame. Comment se passe une journée entourée de papier et de colle ?
Un caddie bien rempli suit chaque faits et gestes des deux protagonistes, où dessins de toutes tailles, pinceaux et seaux de colles s’entassent et se mêlent. C’est parti pour deux heures …

Madame_Moustache_Ballades_diurnes_10Les lieux ont déjà été repérés ce qui facilite la tâche et la rapidité, car il ne faut pas l’oublier, ç’a beau être beau et ne pas avoir la volonté de dégrader, le street art reste illégal. C’est pourquoi il faut se dépêcher, chose paradoxale, puisque pour que le collage soit posé de façon convenable, il faut suivre un protocole précis. C’est d’abord à l’aide d’un rouleau que l’on étale la colle où l’on va déposer délicatement de petites ou grandes silhouettes.  Patiemment, il faut les disposer de sorte qu’il y ait le moins de bulles d’air possible, et finir le travail à l’aide d’une brosse. Ce qui est intéressant, vous vous en doutez, n’est pas là. Mais ce sont plutôt les réactions des passants.

Certains riverains connaissent déjà les figures du chevalier ou les assemblages de la m’dame, et ravis découvrent leurs créateurs. Pressés de questions ou d’interprétations, les artistes conseillent la liberté de jugement et laissent libre cours à l’imagination de ces curieux. Les gens sont là pour regarder, mais aussi pour rencontrer, même si les mots ne viennent pas tout le temps. Que l’on aime ou pas, cela intrigue, et même les plus stressés se surprennent à ralentir le pas et à se laisser prendre.
Aujourd’hui l’art de rue a acquis un statut. Il s’est imposé peu à peu dans le paysage culturel et l’on a appris à l’apprivoiser. Si bien que les barrières entre un art plus conventionnel, même si contemporain, et celui là s’effacent, s’estompent. C’est pourquoi le contact reste primordial, les œuvres se partagent et se démocratisent. Des propositions afflues. Madame a été abordée, ce jour-là pour afficher dans un bar nouvellement ouvert. À la même époque Fred Le Chevalier allait voir ses personnages au casting des Petits Princes. Tant mieux, leur travail positif se consomme sans modération.

Fred Le Chevalier - fredlechevalier.blogspot.fr

Fred Le Chevalier – fredlechevalier.blogspot.fr

Concrètement, qu’est ce qu’on en retient ? Que tous ces collages, ces graphs… croisés au détour d’un chemin ne sont pas anodins. Derrière eux se cachent une femme ou un homme (ou un collectif) armés de patience. À deux, dans cette journée, s’est dégagée une belle solidarité, de l’entraide et de la gaieté pour un travail appliqué. Et dans les regards avides, on peut parfois lire un sourire, qui rend des personnes heureuses, de cette reconnaissance anonyme.

Culture pour tous“, on ne cesse de nous rabâcher. Avec cette discipline, cette phrase en est plus que vérifiée. La rue, la prochaine galerie, le prochain musée, la prochaine défricheuse de talents ? En tout cas, un bel outil d’expression.

Le site de Fred Le Chevalier / Le site de Madame

Auteur·rice

En amour avec la diversité artistique, immergée dans les images et les sonorités, en quête d'une fameuse culture hybride, à la croisée des idées. Sur la route et sur les rails, entre la France et les festivals.

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