SOCIÉTÉ

L’édito politique : Fermé pour inventaire

Depuis un an maintenant, l’UMP est bicéphale : d’un côté le président contesté puis accepté, Jean-François Copé ; de l’autre celui qui s’annonce déjà comme présidentiable pour 2017, François Fillon. Et au-dessus de la droite plane toujours le spectre de Nicolas Sarkozy, le maitre, le fédérateur. Enfin plus tant que ça. Ces derniers temps, le président déchu ne fait guère l’unanimité. D’abord parce qu’il a fallu faire les efforts nécessaires pour éponger la dette qu’il a laissée à sa famille politique (10,8 millions d’euros, tout de même) après l’invalidation de ses comptes de campagne. Ensuite, parce que même absent, il truste l’espace médiatique à la moindre sortie, même en ne disant rien. Enfin, parce qu’ils sont un certain nombre à se demander (enfin) pourquoi il a perdu la présidentielle face à François Hollande. C’est l’heure de l’inventaire du quinquennat Sarkozy, l’heure pour la droite française de se remettre en question pour “préparer la reconquête”, comme les ténors de l’UMP ne cessent de le dire.

“Le candidat qui montera les Français les uns contre les autres perdra l’élection présidentielle”. Tels furent les mots d’Henri Guaino dans un très bon documentaire diffusé sur Canal+ au lendemain de l’élection présidentielle. En somme, l’ancienne plume du président Sarkozy critiquait ce que l’on appelle à droite la “ligne Buisson”, ligne droitière, destinée à “draguer” les électeurs du Front National. La stratégie a marché en 2007 grâce aux belles promesses et à un Jean-Marie Le Pen vieux et fatigué. En 2012, Marine Le Pen a su rassembler et gagner des voix sur le thème de l’ “UMPS”. Trop de stigmatisation, trop de sécuritaire, trop de “viande hallal” et de “karcher”. Les Français n’ont pas vu un candidat de rassemblement, mais de clivage. Cette stratégie est aujourd’hui vivement critiquée au sein de l’UMP, et a même conduit à la création de l’UDI par Jean-Louis Borloo, pour incarner un centre dit plus “humaniste”. Dans ce débat, on retrouve les deux lignes du parti gaulliste : Jean-François Copé qui continue de la défendre bec et ongles et qui fut si bien représentée grâce à la parabole du pain au chocolat ; et François Fillon qui tente d’alerter sur les “vrais” problèmes des Français : chômage, pouvoir d’achat, etc.

Ce François Fillon qui lui aussi réclame un genre d’inventaire, chose osée puisque l’on se rappelle qu’il fut le seul et unique premier ministre durant le quinquennat Sarkozy, et que l’action gouvernementale lui incombe. Mais il est bien protégé par l’ancien président, puisque c’est lui que l’on a vu sans arrêt pendant cinq ans, c’est lui que les Français ont sanctionné en mai 2012. Ils sont plusieurs à demander la remise à plat complète de l’action politique de Sarkozy. Laurent Wauquiez, ancien secrétaire d’État à la formation professionnelle, disait lui qu’il ne fallait pas se laisser reprendre au piège de la réformette. Et bim, dans les dents le patron. Mais Wauquiez et Fillon et quelques autres semblent quelque peu esseulés au milieu des sarkozystes purs et durs : la Droite Forte de Peltier et Didier qui réclame explicitement le retour du messie pour 2017, ou encore l’Association des Amis de Nicolas Sarkozy, constituée de tous les anciens ministres et des amis historiques du président. Pour des gens comme Hervé Mariton, le débat sur les années Sarkozy est nécessaire, justement pour exorciser la figure de ce président incontesté et incontestable. Mais la critique du chef n’est pas dans la culture de la droite. Ma version a été confirmée par Jean-François Copé lui-même au moment de l’élection du président de l’UMP, puisqu’il avait déclaré : “A l’UMP, nous apprenons la démocratie”. Dommage pour l’un des deux plus grands partis de France, aux commandes de l’État de 2002 à 2012.

Une chose est sûre, l’UMP a un problème avec la défaite. D’un côté nostalgique du pouvoir qu’elle a occupé pendant dix ans, ainsi que de la personne de Nicolas Sarkozy, charismatique et combative, la droite française n’arrive pas, de l’autre côté, à se retourner sur son action pour l’analyser et la critiquer. Tel est le paradoxe d’une opposition qui peine donc à faire entendre des solutions pour une alternative à un pouvoir socialiste qu’elle ne cesse de dénigrer, le voyant comme totalement illégitime. Mauvais joueurs, mauvais perdants.

Auteur·rice

Vous pourriez aussi aimer

More in SOCIÉTÉ