Le continent africain depuis les Indépendances : Entre espoir et désillusion

Avec la Seconde Guerre mondiale, les pays africains voient en cet événement une échappatoire à la colonisation à laquelle ils faisaient face depuis la fin du XIXème siècle. L’affaiblissement des puissances coloniales et la création de la conscience dite panafricaine tendent à cette décolonisation. Mais un siècle de problèmes politiques et économiques démarre. Les sécheresses, les famines, le manque d’accès à l’eau potable témoignent d’un assainissement médiocre. De plus, à partir des années 1980, l’apparition du SIDA compte parmi les plus gros problèmes de ces pays.

Depuis la fin des années 1950, France, Belgique et Grande-Bretagne perdent petit à petit leurs territoires sur le continent africain. Mais ces puissances européennes tentent malgré tout de préserver leurs intérêts économiques.

Chaque pays européen répond différemment aux tentatives de décolonisation des pays africains.
La Grande-Bretagne fonctionne grâce à une politique d’administration indirecte, c’est-à-dire qu’elle gouverne le pays grâce à des élites locales et des structures déjà mises en place avant leur arrivée sur le sol africain. La puissance européenne tente de gérer le désir d’autonomie mais le Ghana devient le premier pays indépendant, en 1957. Petit à petit, les colonies se détachent et vont former le Commonwealth : Nigéria et Somalie en 1960, Ouganda en 1962, Zanzibar (qui devient la Tanzanie en 1964 grâce à l’union avec le Tanganyiaka en 1964) et le Kenya en 1963 ainsi que la Zambie en 1964.

La France, elle, dirigeait le pays sous une politique d’assimilation. En effet, elle imposait aux peuples indigènes d’apprendre le français et d’acquérir toute la culture européenne. Signes de puissance mondiale, le gouvernement de l’Hexagone ne veut pas perdre ces colonies. Pour cela, la France essaie de gagner du temps en accordant des droits civils en 1944. Mais les promesses du général de Gaulle sur la traite des noirs tardent à venir et des revendications approchent. La création par De Gaulle d’une Communauté Franco-africaine échoue et la plupart des colonies deviennent indépendantes en 1960 : l’Algérie en 1962 (après une guerre civile), les Comores en 1975 et Djibouti en 1977.

Mais après ces Indépendances, comment ont évolué tous ces pays ? L’Afrique occidentale, l’Afrique centrale, l’Afrique orientale, le Congo et la République démocratique du Congo, ainsi que l’Afrique Australe ont tous connu différents gouverneurs, autant bons que mauvais.

Le Congo et la République démocratique du Congo

Depuis leur indépendance dans les années 60, ces colonies franco-belges ont du mal à trouver la paix sur le territoire.

Le Congo français, un syndicat à l’origine de la démocratie

Après la Seconde Guerre Mondiale et l’affaiblissement des puissances coloniales, le Congo est un des premiers à se manifester grâce à un homme, Fulbert Youlou. Il devient président en 1960 et instaure un régime autoritaire. Trois ans plus tard, une révolution s’organise dans le pays et Youlou perd son poste de président au profit d’Alphonse Massembat-Débat. Lui-même, après un coup d’État, est renversé en 1968 par Marien Ngouabi. Le 31 décembre 1969, la création du parti des travailleurs congolais (PCT) amène à la proclamation de la République Populaire du Congo. S’ensuivent des changements de présidents fréquents : Ngouabi est assassiné en 1977 et remplacé par Sassou-Nguesso en 1979. En 1990, il introduit des idées de démocratie. Ces idées amènent à une guerre de trois ans à Brazzaville. Nguesso instaure finalement la démocratie dans le pays en 1997.

Le Congo belge, un changement de statut fréquent

L’Indépendance du Congo belge se produit en 1960. Depuis ces années, les exploitations minières sont en crise permanente. Joseph Kasavubu et Patrice Lumumba, les précurseurs de l’indépendance congolaise, deviennent respectivement président et Premier ministre de la nouvelle République démocratique du Congo.

Cependant, un homme, Désiré Motobu, suspecté de l’enlèvement et de l’assassinat de Lumumba en 1961, fait sécession. Il oblige les casques bleus de l’ONU à intervenir. Motobu prend le pouvoir en 1965. Le début de démocratie instaurée dans le pays s’efface lorsque le général met en place un régime dictatorial et lance “l’africanisation” du pays : La République démocratique du Congo devient le Sese Soko et il rebaptise la capitale Léopoldville en Kinshasa. L’économie du pays s’effondre littéralement et le pays tombe dans une pauvreté extrême. En mai 1997, l’opposition armée dirigée par Kabila réussit à prendre le pouvoir. Mais depuis 1997, le pays est en conflit permanent. Malgré qu’il ait retrouvé son nom de République démocratique du Congo, la guerre fait plus de 4 millions de morts. Jusqu’en 2002 les richesses du pays étaient contrôlées par cinq pays différents. Aujourd’hui, la présence de troupes étrangères est toujours d’actualité.

kasavubu7
Joseph Kasa-Vubu

L’Afrique australe

 Les Colonies portugaises connaissent une indépendance violente

En Angola, des mouvements antagonistes se créent en 1961 suite aux mouvements anticolonialistes.

La “révolution des œillets” au Portugal en 1975 amène à la tête du pays Agostinho Neto. Un gouvernement de type marxiste-léniniste est mis en place avec le soutien de l’URSS et de Cuba. Ce type de gouvernement est fortement réprimé par le mouvement de l’UNITA de Jonas Savimbi et qui a pour soutien les USA. Le successeur de Neto, José Eduardo Dos Santos, abandonne l’idée de marxisme et instaure à partir de 2002 un retour à la paix.

Au Mozambique, l’indépendance intervient en 1975. Les Nationalistes essaient d’instaurer un régime socialiste. La guérilla, soutenue par les membres de l’apartheid de Rhodésie et d’Afrique du Sud, barre la route aux socialistes mais Machel réussit à prendre le pouvoir. Son successeur Chissano, depuis 1986, est élu président en 1994 et 1999.

Les colonies anglaises trouvent l’indépendance dans le calme 

La Zambie a été une des principales colonies anglaises de l’Afrique australe. Elle regroupait à l’époque la Rhodésie du Sud (Zimbabwe) et le Nyassaland (Malawi). Après son indépendance en 1964, le président Kenneth Kaunda nationalise certains secteurs et instaure un parti unique. Malgré qu’il ait perdu les élections en 1991 après l’adoption du multipartisme au profit de Frederik Chibula, Kaunda est considéré comme le fondateur de la démocratie zambienne.
L’indépendance de la Zambie déclenche en Rhodésie du Sud des émeutes. La République de Rhodésie est proclamée en 1970 malgré le désaccord de la Grande-Bretagne.
Ian Smith y instaure des mesures d’apartheid. Aussitôt, les mouvements de libération des noirs tels que le ZANU (Union Nationale africaine du Zimbabwe) se déchaînent. Grèves et manifestations animent les rues. La Grande-Bretagne, intervenant en tant qu’arbitre du monde, donne le droit à des négociations entre Ian Smith et le ZANU en 1976. Quatre ans plus tard, le ZANU gagne les élections. La Rhodésie devient la république du Zimbabwe en avril 1980 avec Mugabe comme président.

mugabe
Robert Mugabe

 

L’Afrique occidentale

Depuis la décolonisation de tout le continent africain, le Nigeria est le pays d’Afrique occidentale ayant connu le plus de problèmes et de tensions au sein de sa population. Les autres pays, eux, essaient d’éviter tout éclat et de consolider la démocratie.

Le Ghana, à l’origine de la démocratie panafricaine

Le 6 mars 1957, la Côte de l’Or devient le premier État indépendant de l’Afrique subsaharienne. Kwame Nkrumah, président du pays, le rebaptise Ghana et met en place un régime autocratique. Un coup d’État militaire le fait fuir du pays en 1966. L’armée reprend le pouvoir au cours de plusieurs putschs. Un des leaders, Rawlings, se met à la tête du pays en 1979. Le président instaure des valeurs démocratiques et libéralise l’économie. Il se retire du pouvoir en 2001 et laisse sa place à l’opposition, dirigée par Kufuor. En 2009, la succession se fait avec Atta-Mills.

Le Nigéria, un pays aux multiples régions 

Après son indépendance en 1960, le Nigéria connait un affrontement entre les leaders régionaux. Le pays éclate en plusieurs régions. Pendant plus de trente ans, le pays subira de nombreux coups d’États militaires. Une guerre civile éclate même en 1967 dans la région du Biafra. Cette région signe son indépendance en 1970. Depuis 1999 et jusqu’en 2007, le pays est dirigé par Obasanjo. Le leader réussit à stabiliser ses terres et à rentrer au sein de la communauté internationale. Cependant, de nombreux conflits religieux perdurent.

Le Sénégal, le pays le plus stable

Le Sénégal est un État qui conserve une stabilité exemplaire. Toute cette paix est due à Léopold Sédar Senghor, au pouvoir depuis 1960. Resté au pouvoir pendant vingt ans, il est reconnu dans le monde entier pour sa paix intérieure. Il est considéré comme le porte-parole de l’Afrique. Ces successeurs ont toujours suivi son idéologie. Ainsi, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade ont dirigé le pays sans tension avec une liberté démocratique quasi-inégalée.

La Côte-d’Ivoire, des tensions très récentes 

La Côte-d’Ivoire est elle aussi indépendante depuis 1960. Elle est gouvernée par Houphoüet-Boigny jusqu’en 1993. C’est à partir de la nouvelle présidence d’Henri Bédié que des tensions voient le jour. Bédié et Gbagbo (à partir de 2000) continuent de gouverner comme Houphouët-Boigny le faisait : un régime autoritaire, avec une politique centrée sur le président. En 2002, et jusqu’en 2007, une guerre civile éclate et sépare le pays en deux parties : Le Nord contre le Sud. Ces combats s’arrêtant en 2007, ils réapparurent en 2010 lorsque Gbagbo n’accepta pas sa défaite aux élections face à Alassane Ouatarra. Gbagbo se fait arrêter en avril 2011 par les forces armées ivoiriennes.

Léopold Sédar Senghor
Léopold Sédar Senghor

L’Afrique centrale 

L’Afrique centrale est caractérisée depuis 1960 par une succession de régimes autoritaires et des populations très pauvres.

Au Niger, le Président Diori instaure un parti unique en 1960. Le Niger est un des pays africains qui entretient une relation très forte avec la France. Mais des troubles qui apparaissent avec le successeur de Diori, Kountché, amènent à un coup d’État en 1996. En 1999, Tandja instaure un multipartisme dans le pays. Mais celui-ci est renversé par Salou Djibo en 2010.

Le Tchad : Les nomades témoignent de l’histoire du pays

Le Sud, sédentaire et économiquement fort, est l’opposé du Nord, pauvre et habité par des nomades. Une guerre civile éclate au Nord opposant des fractions nomades. La Lybie et la France sont obligées d’intervenir en 1984 et 1988. Ces pays sont fortement liés au Tchad grâce aux ressources présentes sur le territoire. Les États essaient de préserver l’intégrité territoriale.
En 1993, à la fin de la guerre Civile, une nouvelle Constitution est votée par le nouveau président Idriss Déby. Un an plus tard, la Libye retire ses troupes après un jugement de la Cour pénale Internationale (CPI). Le Tchad obtient la bande d’Aozou (territoire revendiqué par la Libye pendant des années durant).

Au Rwanda, un combat : hutue contre tutsie

Dès 1959, des violences éclatent entre hutus et tutsis. Les hutus sont majoritaires par rapport aux tutsis. En effet, le pouvoir colonial exercé sur les deux peuples a fait que les hutus, vivant plus dans les hauteurs, ont été davantage épargnés par la soumission aux puissances coloniales, contrairement aux tutsis.
Plus de 150 000 tutsis quittent le Rwanda, en direction des pays voisins, et principalement du Burundi. Suite à la Guerre d’Algérie qui prend fin en 1962, le Rwanda voit, comme le pays maghrebin, ses troupes coloniales partir des territoires. Les Hutus, majoritaires, prennent le pouvoir. Mais les conflits entre les deux peuples ne sont pas finis et le génocide des Tutsis en 1994 a amené une sentence des Tribunaux de réconciliation.

déby
Idriss Déby

Ainsi, tout le continent africain a été confronté à des problèmes aussi bien religieux que politiques ou encore économiques. Depuis maintenant cinquante ans, l’Afrique Occidentale, l’Afrique centrale, le Congo ainsi que l’Afrique Australe représentent parfaitement la situation actuelle des États. Différents plans de soutien, des ONG et des institutions viennent en aide à ces pays, mais la paix et la tranquillité pour tous ne sont pas encore au programme.

 

Baptiste Erondel

Rédacteur et Correcteur chez Maze Magazine, également fondateur et rédacteur en chef du site web d'actualité lecontinu.fr Étudiant en droit, il réalise également son premier court-métrage pour le Nikon Film Festival et est scénariste sur des projets en développement.

Pas encore de commentaires

Les commentaires sont fermés