SOCIÉTÉ

Internet, entre rapidité et danger

Si les événements récents aux États-Unis nous ont bien appris quelque chose, c’est que l’information a évolué. Passons outre la tragédie en tant que telle, rien ne pourra effacer le drame. Mais si l’on observe la situation d’un point de vue plus général, apparaissent des phénomènes intéressants. On entend souvent parler des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC), nous en avons vécu un moment d’émergence.

Cette conclusion, peut-être un peu hâtive, est pourtant justifiée. Les médias traditionnels – télévision, journaux et radio – ont couvert les événements (tentative d’empoisonnement d’Obama, explosion de la centrale au Texas, attentats de Boston), pas de doute là-dessus. Mais l’information moderne a intégré un détail auparavant absent des médias traditionnels : la rapidité. La propagation de l’information à la vitesse de l’éclair n’est déjà plus possible par les journaux écrits, par définition. La télévision, elle, assure le direct, accompagnée de la radio : pas de problème donc. Mais reste à entretenir cette information, comme le font souvent les médias en continu, à ressasser les bribes de nouvelles que l’on récupère petit à petit. C’est là qu’intervient le média qui a pris de plus en plus d’importance ces dernières années : Internet.

Twitter et autres relais d’information

Comment allier rapidité et véracité dans l’information ? Voilà la problématique à laquelle beaucoup de médias modernes se heurtent. Twitter s’est emparé de la question, avec leur système de hashtag et de trend ( tendances, au niveau régional, national et mondial). Bons indicateurs des événements internationaux, ce n’est cependant pas toujours une source sûre d’information, chacun pouvant lancer quelque rumeur qu’il souhaite et pourra ensuite s’installer dans son siège en regardant la toile s’enflammer sur une information douteuse. Bien sûr, les journalistes vérifient l’information, réfutent les nouvelles erronées , et les internautes retournent à leurs occupations.

Comment gérer alors un événement en live, et de façon sûre ? L’un des médias modernes s’y est essayé : le site Reddit – une espèce de forum gigantesque à la fréquentation approchant les 400 millions de visiteurs uniques par an – a entretenu pendant plusieurs jours un thread ( un post ) mis à jour toutes les cinq minutes, jour et nuit, concernant le marathon de Boston. Un individu s’est dédié à l’information, l’a vérifiée avec l’aide des internautes engagés, et l’a publiée à une vitesse défiant les chaînes télévisées pourtant reconnues comme étant fiables (CNN par exemple). Vidéos, images, informations et aide aux victimes, le sujet couvrait tous les aspects possibles de la tragédie, d’une façon nouvelle. Mais ce ne serait pas complet si l’on ne montrait que le côté positif.

Recherche de limites

Un des sujets de recherche d'informations

Un des sujets de recherche d’informations

Le FBI a décidé de publier les photographies des deux suspects des Boston Bombings, les a offert aux internautes (pas seulement ceux de Reddit), leur demandant toute aide qu’ils pouvaient leur fournir. Ce sont tous les sites communautaires qui se sont mis sur l’affaire, 4chan, Reddit et autres Facebook (dans une moindre mesure). C’est là qu’arrivent les problèmes : les chasses aux sorcières ne finissent jamais bien. Sunil Tripathi, un élève en philosophie de 22 ans, porté disparu depuis le 16 mars, apparaît dans le viseur des enquêteurs amateurs. Suspect idéal, l’information est retransmise par les médias, et rapidement la famille du jeune homme se morfond, pensant leur fils disparu responsable d’un attentat. Peu de temps après, la vérité émerge, et l’on réalise que l’étudiant n’est en rien responsable de la tragédie ; quelques semaines plus tard on le retrouve mort. Y-a-t-il un rapport de cause à effet entre les deux événements, difficile à dire. Mais c’est là une limite évidente des capacités du Web en qualité d’aide policière.

Conclusion à tirer de ces événements, Internet est un outil à la puissance démesurée. Tellement importante qu’il faut l’utiliser avec précaution : c’est un catalyseur d’opinion, et l’on lui associe souvent un hivemind, une conscience collective. De par le besoin de se sentir acceptés, les internautes ont tendance à se rallier à l’avis le plus populaire. Si cet outil n’est pas encore au point, c’est un premier pas vers de nouvelles techniques de communication et d’information. Il ne reste plus qu’à en déterminer les limites, et les respecter.

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