SOCIÉTÉ

Ce que Hollande peut faire pour vous !

Un an au pouvoir et déjà, les critiques pleuvent sur le président de la République. Le « Hollande bashing » est à la mode ces derniers temps. Mais qu’en est-il vraiment des mesures qui nous concernent directement, celles impliquant la jeunesse ? Un bilan de l’action d’un président qui avait fait des jeunes sa priorité s’impose donc tout naturellement.

 « Hollande, secoue-toi, il y a le feu », « Pépère est-il à la hauteur ? », « Monsieur Faible » : voilà à peu près résumé par ces quelques titres peu flatteurs, respectivement parus à la une de Marianne, du Point et de L’Express, ce qui attend le président de la République à la lecture de la presse française. Bref, on a tous compris : François Hollande est un tocard, un illusionniste, un menteur ! Durant près de six mois, il a enquillé les promesses comme autant de bobards jetés à la figure des électeurs français, enrobant la crise d’un joli paquet cadeau, pour arriver au pouvoir, mieux faire passer la difficile cure d’austérité censée relever le malade français. En clair, c’est comme d’habitude : les politiques sont « tous pourris » et les citoyens vont payer les pots cassés.

Un peu facile, non ? A la décharge de la presse française, le papier se vend mal en ce moment, autant conforter le scepticisme ambiant sur l’action de François Hollande plutôt que d’essayer de l’analyser de manière encore impartiale – même si ce mot n’a plus grand sens pour la plupart des éditorialistes de la presse française ! Alors, profitons du fait que Maze Magazine ne soit pas à vendre pour faire un boulot que la presse a, dans sa majeure partie, décidé de délaisser. Penchons-nous donc sur l’avancement des projets qui nous intéressent tout particulièrement. Bilan de l’action gouvernementale concernant la jeunesse après un an en « Hollandie ».

CA, C’EST FAIT

Parmi les 60 engagements du candidat François Hollande figurait l’augmentation de 25 % de l’allocation de rentrée scolaire (ARS). La promesse a donc été tenue. Ainsi, le 21 août 2012, a été versée une aide pour financer les dépenses de la rentrée de 388,87€ contre 311,11€ en 2011 pour chaque enfant ayant entre 15 et 18 ans. Il en est de même pour l’abrogation de la circulaire Guéant concernant les étudiants étrangers. Celle-ci demandait aux préfets d’instruire avec rigueur les demandes d’autorisation de travail des étudiants et d’exercer un contrôle important des demandes de changement de statut des étudiants étrangers. L’application de cette circulaire de la honte, que de nombreux membres de la communauté éducative avaient considéré comme atteignant à l’image renvoyée par la France à l’étranger, a été abrogée le 31 mai 2012.

Certes, ces premières réussites ne sont que des « mesurettes », qui ne provoquent pas d’évolutions notables. Ce n’est par contre pas le cas de l’application d’une des mesures phares défendues par le président de la République lors de la campagne de 2012 : le contrat de génération. Il consiste à embaucher un jeune de moins de 25 ans en CDI, qui bénéficie de l’appui d’un tuteur de plus de 55 ans. L’entreprise qui le met en place bénéficierait alors d’exonérations de charges pendant cinq ans sur les deux travailleurs concernés. Un décret a entériné la mise en vigueur de cette réforme le 3 mars dernier. La mise en place a pris plus de temps que prévu initialement, avec trois mois de retard sur le planning annoncé par la présidence en début de mandat.

CA AVANCE

Le projet de refondation de l’école passait entre autres par là : la création de 60 000 postes dans l’Éducation Nationale sur le quinquennat. Dès la rentrée 2012, 2 500 postes ont été ouverts pour faire face « à l’urgence » selon le ministre de l’Éducation, Vincent Peillon. L’objectif est consensuel au sein de la communauté éducative, l’idée que la situation allait devenir très complexe sans hausse des effectifs étant communément admise. Le budget 2013 prévoit donc la création de 10 000 postes supplémentaires, dont environ 8 500 équivalents temps plein, sur les 43 000 recrutements escomptés, les 33 000 restants servant donc à compenser les départs à la retraite. Viennent s’ajouter à cela les 6 000 premiers emplois d’avenir concernant le secteur éducatif. Même chose avec la mise en place des Écoles du Professorat et de l’Éducation (ESPE), qui seront mises en place dès la rentrée 2013, permettant aussi de procéder à un pré-recrutement de candidats à la profession.

En ce qui concerne l’Enseignement Supérieur, la réforme de la LRU avance avec un peu de retard. Le projet de loi a été présenté le 20 mars dernier. Il ne touche pas au principe d’autonomie des universités. Ce projet prévoit par exemple une simplification de l’offre foisonnante en Licence et en Master, l’incitation à l’ouverture de licences pluridisciplinaires ou bien la concentration du Supérieur à travers trente grands pôles.

CA COINCE

Bon, là, tout le monde sait de quoi on va parler : la refonte des rythmes scolaires. Le gouvernement se heurte à l’opposition d’une partie de la communauté éducative sur ce point. Manque de concertation, amateurisme, réforme inégalitaire, inefficace … Bref, ça coince ! Son application va prendre du retard, puisque seulement 20 à 25 % des enfants passeront à la semaine de quatre jours et demi dès 2013, alors que Vincent Peillon tablait sur environ 50 % des élèves concernés début décembre, comme il l’avait déclaré au Monde. Et on ne parle même pas de la réduction du temps des vacances, question qui, à sa simple évocation, hérisse le poil de la plupart des profs.

Les emplois d’avenir se sont heurtés à la dureté de la loi et de ses garants. Ils ont connu dans leur mise en vigueur un changement assez important par rapport à la volonté initiale : ils ne concerneront que des CDD dans la fonction publique, la possibilité d’être embauché en CDI grâce à un emploi d’avenir ayant été retoquée par le Conseil Constitutionnel – comme de trop nombreuses propositions du candidat Hollande, faisant le lit d’une accusation d’amateurisme. Les objectifs en nombre de contrats mis en place sont par contre remplis : 100 000 dès 2013, 50 000 en 2014. Les CDD auront une durée de 1 à 3 ans renouvelables, et l’État prendra en charge 75 % de la rémunération. Une mesure furieusement ressemblante à celle mise en place par Lionel Jospin avec les emplois jeunes.

AH BON, IL L’AVAIT PROMIS ?

François Hollande avait affiché sa volonté durant la campagne présidentielle de revaloriser les filières professionnelles et technologiques. Mais, depuis son arrivée au pouvoir, on n’en a pas reparlé au sommet de l’État. Même chose pour le principe d’une caution solidaire pour les étudiants. Le principe était que l’État la prenne en charge. Mais la promesse a semble t-il perdu corps et biens.

L’image que les médias nous renvoient de François Hollande est donc quelque peu tronquée  ; il a déjà à son actif quelques réussites. Le Président voit son action jugée à l’aune du souhait de l’opinion publique de voir des signes palpables, visibles d’une évolution positive de la situation. Mais elle se heurte en cela à la dure réalité d’un pays enfoncé dans le marasme économique, d’une crise à dimension européenne. L’action de François Hollande a déjà connu des satisfactions, mais se trouve confrontée à des blocages tant sociaux que législatifs, nourrissant une certaine impression d’un manque de concertation, d’une certaine impréparation, voire d’amateurisme. François Hollande voulait être jugé au bout de cinq ans, inscrivant son action dans la durée. Affaire à suivre donc.

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