LITTÉRATURE

Fifty Shades, ou la trilogie à controverse

Quand les tabous éclatent…

Quand la rentrée littéraire rime avec scandale littéraire, Maze monte au créneau et vous livre sa propre version des faits. Voici donc une critique du tome Cinquante nuances de Grey, le premier d’une trilogie signée EL James qui s’annonce fracassante dans le monde entier.

Romantique, libérateur et totalement addictif, ce roman vous obsédera, vous possédera et vous marquera à jamais’‘ voici ce qu’annonce la quatrième de couverture de l’édition française parut le 17 octobre dernier aux éditions Lattès. Autant dire que la couleur est annoncée, la passion est à l’ordre, et bien entendu, il ne s’agit pas de passion sage, sans quoi ce roman de 551 pages n’aurait sans doute pas eut un retentissement mondial. Mais si vous suivez un temps soit peu l’actualité littéraire, vous remarquerez qu’une mer d’encre virtuelle coule déjà sur l’histoire de la jeune Anastasia Steele, étudiante en littérature à Vancouver et son amant de premier ordre, Christian Grey, un richissime homme d’affaire et sado-masochiste à ses heures perdues, et dieu sait qu’elles sont nombreuses ! Entre les critiques acides des littérateurs convaincus qui crient haut et fort que le style d’écriture d’Erika Leonard James est déplorable, et celles des Puritains (entre autre) qui s’insurgent contre le thème scandaleux de l’intrigue, il n’est pas aisé de se faire une idée objective du roman. L’unique solution, au grand dam du Figaro, est encore de le lire !. C’est donc ce que nous avons fait, et de manière privilégié puisqu’il ne faut pas oublier que les rédacteurs ici sont jeunes, et que l’héroïne principale côtoie nos âges, ce qui facilite l’adaptation.

Suivant le parcours d’Ana Steele, nous assistons à sa rencontre avec l’énigmatique Mr Grey dans le cadre d’une interview pour le journal de l’Université dont le ténébreux est l’un des généreux mécènes. Cela occupe les premières pages du roman, oui on ne perd pas de temps chez Mme James ! D’entrée de jeu, Anastasia apparaît comme une blanche colombe, un peu niaise et surtout très maladroite puisqu’elle tombe lamentablement à quatre pattes devant son futur maître qui la scrute de ses ”yeux gris et vifs”. Ces maladresses que l’auteure se plait à exagérer dénote bien la tonalité du livre, tout ici est spontané, appartient au royaume des sensations et c’est en partie pour cela que le style d’écriture prend des libertés avec les formes archaïques et bien pensantes. Oui , parfois l’oral se mêle à l’écrit et l’on peut trouver des termes comme ”wahou”, ”putain” ou alors ”bouffe” ce qui fait s’en froisser les costumes des académiciens, mais c’est justement dans cet alliage de spontanéité et de langue commune, que toute la force évolutive de la relation très fusionnelle prends corps entre les deux êtres, ces Icares voltigeant à chaque pages plus près du soleil obscur de ce très Platonicien entendement, cet enchaînement consentant qui les lie l’un à l’autre dans des positions de dominant et de soumise, comme en témoigne le contrat de soixante pages que cette chère Ana va devoir signer pour poursuivre sa relation avec Christian. Mais ce que nombre de journaliste et critiques ont omit dans leurs critiques acerbes, c’est le caractère passionnel qui anime les personnages. Il ne s’agit pas d’un sado-masochisme froid et purement sexuel retraçant la corruption d’une innocente aux mains d’un héros bestial, mais d’une histoire charnelle brutale qui révèle les protagonistes dans des positions bien connues. Ainsi l’on retrouve l’homme, le grand torturé, froid, traumatisé par un passé difficile puisqu’il fut adopté à 4 ans par une famille exemplaire et à laquelle il tente d’appartenir, en vain, et de l’autre côté, la jeune femme rêveuse, fraîchement née au monde, qui découvre le plaisir dans ses tournures les plus sombres et qui meut par un sentiment maternel foudroyant, tente de guérir l’élu de son pauvre coeur, jusque là, vierge. Et c’est en cela que le récit se colore de ces fameuses 50 nuances de Grey, qui font référence au nom de Christian, mais aussi à sa folie qu’il décline en autant de variantes, sensible à son lunatisme écrasant. Vendu à plus de 50 000 exemplaires depuis le mois d’avril, cet ouvrage a battu les ventes d’Harry Potter et a visiblement de beaux jours en perspective devant lui puisque 2 autres tomes, Cinquante nuance plus sombres, et Cinquante nuances plus claires sont prévus. Son auteur, Erika James, ex présentatrice pour la télévision britannique et mère de famille de 49 ans aurait même déjà vendu les droits à Kelly Marcel, la réalisatrice de la série Super Nova, pour une adaptation sur grand écran.

L‘actuel incontournable des étals littéraires est donc ce récit fruit d’un an de travail, et peignant une relation ”masochistement correcte”, puisque jamais très poussée, qui ravit si l’on en croit les critiques, les adeptes du ”Mommy Porn”, soit littéralement ”le porno de maman”, nouvelle tendance qui ne peut que faire sourire lorsque l’on sait que la source principale d’inspiration de ce pavé incandescent n’est autre que la relation très particulière unissant Bella à Edward dans Twilight. Que Jeanne de Berg se rassure, le sado-masochisme littéraire pur et dur n’a pas encore trouvé de vraie relève !

couvertures de la trilogie

Auteur·rice

Maître ès lettres. Passionnée par la littérature et les arts | m.roux@mazemag.fr

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