Vieilles Charrues 2012 – Héroïque !

La 21ème édition du plus grand festival de France se déroulait à Carhaix (Finistère), du jeudi 19 au dimanche 22 Juillet. Le public, présent en masse, avec 244.000 festivaliers au rendez-vous, a pu applaudir 110 artistes. Éclectique, tel est le maître mot des Vieilles Charrues, sous un soleil de plomb, les fans d’Orelsan on en effet croisé ceux, déçus, de Bob Dylan. Après un démarrage, jeudi, tout en douceur tant en termes de programmation que d’affluence, l’évènement a retrouvé de son éclat dès vendredi pour finir en presque-apothéose dimanche. Le magazine Maze a eu la chance de passer ce festival du côté des privilégiés, à l’espace presse, journal de bord d’un festival vu de l’intérieur et d’un espace peu connu des jeunes, “BIENVENUE AU VILLAGE DES ACCRÉDITÉS PRO ET PRESSE”

Les Vieilles Charrues 2011 ont laissé à tous un gout merveilleux et sucré, comme celui du Kouign Aman, pour un public régalé avec les prestations d’artistes tels que Supertramp et Lou Reed pour la 20ème édition du festival carhaisien, cette année, la barre était donc difficile à atteindre pour nos super-héros (thème du festival cette année). Côté programmation, les quatre têtes d’affiches, Portishead, Bob Dylan, Sting et The Cure maintenaient le rang de ce festival classé sur le podium des plus grands d’Europe et ont permis d’attirer un très grand nombre de spectateurs. Les pass 4 jours ayant été tous vendus bien longtemps avant le jeudi 19. Les fans de tous horizons pouvaient se retrouver, avec de nombreux artistes français et internationaux confirmés (Gossip, Bloc Party, Martin Solveig, Justice, Santigold, 1995, Kasabian, Thomas Dutronc, Hubert-Félix Thiéfaine, Amadou & Mariam …) mais également des découvertes de cette année (Django Django, Baxter Dury, Rover…), les fans de musique électronique n’étaient pas en reste (M83, Don Rimini), tout comme les fans de Hip-Hop (Orelsan, 1995, Chinese Man, Youssoupha…).

Scène Glenmor – Mathieu Ezan

La découverte du jeudi est probablement Rover, en effet, malgré une affluence moins forte que l’année dernière le même jour, et une programmation plus légère, l’artiste français a fait l’ouverture du festival avec talent et a permis de donner le ton à cette première journée très éclectique (Django Django, Portishead, Zebda, LMFAO…). Malgré quelques hics, le public du site de Kerampuilh s’est couché heureux, après une journée de musique déjà bien chargée.

Rencontre avec Portishead

20 ans de carrière, trois albums studios, pourquoi être aussi rares ?

Nous sommes assez lents, faire de la musique nous prend beaucoup de temps. Nous ne voulons rien sortir tant que nous ne pensons pas que cela est bon, nous ne sortons pas ce dont nous ne sommes pas fiers. C’est une bonne sensation de se dire : « c’est le bon moment ». Nous avons beaucoup d’autres projets, il n’y a pas de raison de se presser.

La chanteuse accepte peu d’interviews, cela cultive un certain mystère et apporte une attente assez flatteuse, quel est votre sentiment par rapport à ça ?

[quote]C’est devenu une doctrine pour Portishead : ne faire que ce qu’on a envie[/quote], avec le temps, nous avons continué de penser cela, ce n’est pas pour cultiver un mystère, c’est une routine qui s’est installée. C’est notre vie, et nous n’avons pas envie de faire ce qu’on nous dit de faire, et c’est comme cela que nous continuerons.

On vous nomme souvent comme les maitres du trip-hop, qu’en pensez-vous ?

Nous n’avons jamais fait de trip-hop, c’est un nom terrible qui nous a été attribué il y a une quinzaine d’années par des journalistes londoniens. On ne s’y identifie pas, et le qualificatif de Heavy-Metal s’y rapporterait peut-être même mieux. *rires*

Vous buvez du vin rouge, c’est un des avantages de jouer en France ?

Nous en buvons en Angleterre aussi, nous vous l’achetons et le consommons ici, nous aimons la musique française, les peintres, les paysages, énormément de choses, nous avons toujours eu une relation incroyable avec les fans français depuis nos tous depuis nos débuts, probablement comme nulle part ailleurs, cela a toujours été très chaleureux, très particulier, surtout pour Beth.

Rencontre avec Django Django

Qu’est-ce que vous avez fait entre 2009 et 2012, vous dormiez ?

Non, nous ne faisions juste pas partie d’un groupe avant celui-ci à part un d’entre nous, il a donc fallu apprendre à fonctionner comme un groupe, on a fait l’enregistrement dans l’appartement de Dave, nous avions un boulot à plein temps donc nous étions très occupés pendant une longue période. Mais nous, pendant ce temps nous avons appris à gérer un groupe, à construire un live, avoir un bon son. Nous n’avions que 2 morceaux en 2009 !

Vous venez du pays de Shakespeare, de Churchill, des Beatles… Pourquoi Django Django ?

Nous cherchions un nom, Dave en recherchait un et finalement il vient de la pochette d’un disque de techno, « Songs of Django », ce qui nous a amusé venant d’un groupe de techno : ça aurait pu être un groupe africain, nous ne savions pas à quoi nous attendre.

Votre album sort en janvier dernier et nous sommes en juillet, vous jouez déjà dans un des plus grands festivals d’Europe, tout est allé très vite. Comment réagissez-vous ?

Tout est très étonnant et incroyable, ces propositions sont inattendues mais très… incroyable !

Vous êtes un groupe extrêmement exigeant, j’ai appris tout à l’heure que vous vouliez une table de ping-pong pour jouer !

Dave est un champion de ping-pong, si quelqu’un veut le défier !

Rencontre avec Brigitte

Alors, votre concert, comment étais-ce ?

C’était un peu court, j’aurais bien voulu que ça dure plus longtemps, j’ai appris qu’il y avait 50000 entrées devant nous, on ne voyait même plus la régie avec nos techniciens, le public était très chaleureux, c’est incroyable ce qui nous arrive, quand on a commencé notre projet c’était très intime, il y avait un côté très familial. On a commencé, et on nous a dit que pour nous, les petites salles seraient plus adaptées, nous sommes très heureuses d’avoir réussi à venir un jour aux Vieilles Charrues.

Vous avez beaucoup insisté dans les itw sur le fait d’être mère, c’est étrange car jamais des pères, ne mettent ça en avant.

De la même manière qu’en itw on ne demande jamais aux artistes masculins si c’est pas trop dur d’être loin de leurs enfants. Ca fait vraiment partie de nos vies, de notre quotidien, Sylvie emmenait ses enfants avant de venir écrire, à 16h30 il fallait arrêter d’écrire pour qu’elle aille les reprendre, c’est un tout, on ne veut cacher aucune « casquette » du féminin, on est mères, on est artistes aussi, on est femmes, on veut pouvoir assumer ces différences facettes, c’est pas parce qu’on devenait artiste que nous n’étions plus mères. C’est pour ça aussi que pour nous c’était important d’en parler, nous étions à un moment de notre vie où nous nous posions la question d’arrêter la musique, mais nous avons continué pour continuer et nous en sommes à là aujourd’hui.

Vous aviez résumé un jour le projet en disant : « mères et putains à la fois » ? Que ce soit la reprise de George Michael ou de Suprême NTM,  « le son qui fait bander les bandits » ?

C’est un petit peu exagéré mon chéri « le son qui fait bander les bandits », on peut sortir toutes les paroles de la chanson d’ NTM, après que tu sois un peu émoustillé par « Ma Benz », je comprends, t’es pas le seul, y’a pas que ça, il y a une chanson qui parle du suicide, une de la difficulté d’avoir un enfant, de notre amour pour les hommes, c’est pas forcément sexuel, c’est aussi tendre, après non, on ne réfute pas notre envie de séduire. Les femmes aiment le sexe aussi, autant que les hommes. C’est « assumer » le pluriel féminin, quand on a commencé à travailler sur cet album, on s’est parlé de nos déboires, de nos fantasmes, nos rêves, on s’est livrées. Cet album et ce qu’on propose est féminin, mais nous sommes des femmes. Brigitte c’est une sorte de femme désespérée « héros ».

La tête d’affiche de ce Vendredi était évidemment le groupe anglais The Cure, et son leader emblématique, Robert Smith, le festival a pris de l’ampleur avec des dizaines de milliers de festivaliers supplémentaires par rapport au Jeudi, en effet, hormis The Cure, Brigitte, Youssoupha, Thomas Dutronc, Metronomy et Martin Solveig ont satisfait les festivaliers présents sur le site.

Rencontre avec Robert Smith (The Cure)

“Je m’en fiche du futur, je ne sais pas si j’ai un futur”

Vous avez récemment composé un nouveau titre très pop : allez-vous le jouer sur scène avant la fin de votre tournée des festivals ?
“J’ai effectivement composé ce morceau. mais je ne l’ai joué qu’une fois, en Irelande. Je ne le rejouerai plus”.
Pourquoi ?
“Je trouve ça beau, de ne jouer qu’une fois un morceau, et puis ensuite plus rien”

“Il y a une vie en dehors des cure, quand j’étais jeune, les cure étaient tout pour moi, quand tu es jeune tu emmerdes le reste du monde, tu ne peux plus agir comme ca en vieillissant, enfin si tu peux, tu as le choix, mais tu finis comme les gens qui pensent qu’il n’y a que leur art dans leur vie, et se font avoir”

“Bien sur il y a des jeunes dans le public, ils sont comme moi à leur âge, les émotions sont les mêmes car la musique que nous jouons n’a pas de frontière. Mais nous ne somme pas jeunes, on est qu’un vieux groupe devant un plus vieux encore, et il faut que je l’accepte, sinon ma vie sera plus absurde qu’elle ne l’est déjà”

Les vieilles charrues il y a 10 ans : “Pour être honnête, j’ai détesté, on a été des merdes la dernière fois qu’on a joué ici, on se rendait pas compte de ce qu’on faisait, j’étais bizarre quans je jouais, pour être honnête, j’avais bu, j’étais malade avant de monter sur scène donc le concert était mauvais, ce soir on a compris que c’était un festival culturel sur plusieurs jours, un évènement important en France, ce fut une approche différente, ce qui explique le différence du concert. On est monté sur scène avec l’envie de faire partie du festival, et non l’envie d’être le meilleur du festival, ça fait une énorme différence, je n’ai plus envie d’être le meilleur je m’en tape complètement.. mais le problème avec cette rencontre, c’est que vous ratez peut-être le meilleur concert du festival, et moi aussi”

Robert a aussi confié qu’un deuxième album de remixes était en préparation et qu’il sortirait probablement pour Noël “Mixes Up 2, cette fois ci ce sera des groupes qui vont remixer nos chansons, c’est plus intéressant de demander à des groupes qu’on aime de remixer nos chansons” (leur premier album de remixes Mixed Up est sorti fin 1990, NDLR) “Mogwai remixe Faith, trop bien, les fans de Cure vont adorer”

The Cure – Olivier Ehouarne

La rencontre avec le leader des Cure était un moment tendu par l’attente, inexplicable, et impressionnant. Robert Smith nous a fait l’honneur d’accepter une conférence de presse quelques minutes après son magique concert de 3h, en forme de grand messe.

Les yeux et les oreilles pleins de souvenirs de la veilles, nous arrivons au bon moment le Samedi, pour la conférence de presse de Justice, le festival prend une ampleur encore plus grande avec la venue de Sting, qui exigea un cuisinier personnel et la pose d’une moquette dans sa loge.

Rencontre avec Justice

Vos disques sont-ils des disques intimistes ?

Gaspard : Ce sont des disques très égoïstes, pas intimistes mais égoïstes, et après quand on fait des concerts c’est une démarche tellement différente, beaucoup plus généreuse ! En tout cas on est hypers contents de faire ça se soir.

Sur l’album qui a un an maintenant on sent qu’il y a un peu plus de corps, on sent que vous vous êtes endurcis par rapport à 2007 où l’album était un peu plus électro-dance, ici il y a un peu plus de guitares et des choses comme ça…

Xavier : J’ai l’impression que c’est l’inverse, je pense qu’on s’est un peu détendus depuis 2007 ! Une des idées directrices du disque c’était de faire un disque violent sans être agressif, très masculin mais pas complètement idiot non plus, sans être macho. Donc non !

Au niveau du show, est-ce que vous le faites évoluer le set en fonction du public ? Parce que là je vois que vous allez en Indonésie dans le « potatoe head club », forcément on joue pas pareil en Indonésie que dans un champ, est-ce que vous adaptez ?

Xavier : Non ! C’est bien de présenter toujours la même chose aux gens et de pas être consensuels, c’est à dire qu’on joue pas plus techno dans un festival techno, on fait notre musique et on essaye de ne jamais adapter notre musique au public ou aux médias.

Vous travaillez comment par rapport à l’image ?

Gaspard : Il n’y a pas vraiment d’images, ça ne nous intéresse pas de faire un spectacle qui devienne du cinéma en plein air, où finalement ce qui intéresse les gens est de de faire soustraire son attention par rapport à la musique. Nous avons plus des syncopes et des lumières très simples, mais c’est jamais purement illustratif.

Xavier : C’est minimal visuellement, on a assez peu de règles en tant que Justice mais on utilise les écrans juste en tant que source de lumière et pas autre chose !

Le dimanche, c’est la nostalgie qui commençait à nous envahir. Le programme de la journée était tout de même bien chargé, avec Bob Dylan, qui aurait dû, après son concert, jeter l’éponge, tant sa prestation était décevante, cependant, Garbage, Gossip, Santigold, 1995, Kasabian et Orelsan ont permis de nous faire passer une bonne journée.

Rencontre avec Orelsan

Interview plus complète à retrouver dans l’article sur le festival Beauregard.

Carhaix est une date importante dans le lot ?

Tout le monde me l’a décrit comme un des deux plus gros festivals de France, et on est supers contents c’est pour ça ! Quand on est arrivés j’ai parlé avec mes ingés etc tout le monde est très excité, on a du bon matos, la scène est bien, apparemment le public en plus le dimanche soir est avide de sensations fortes pour finir le festival. Ouais ça va être cool, ça va être super cool !

Ils ont tellement eu peur qu’Orelsan pique tout le public qu’ils ont  fini par déplacer Bob Dylan, vous avez peur ?

N’importe quoi ! *rire* Comme ça je vais pouvoir aller voir Bob Dylan et ça c’est cool !

Comment tu vis ton succès et le fait de partager l’affiche avec Sting, The Cure, Bob Dylan…

Je suis content, je suis content ! Même si j’ai pas vraiment l’impression de partager l’affiche avec des groupes comme ça parce que c’est un autre niveau évidemment, mais je suis content c’est sûr ! J’essaye d’en profiter sans non plus basculer dans la procrastination, mais du coup ouais c’est sûr j’essaye de prendre du plaisir puis de faire le maximum, toujours, pour que le public soit content ! Ce soir on va se donner à fond, et même les dates qui sont pas aussi exceptionnelles que les Vieilles Charrues on essaye de faire en sorte que le public soit toujours cool. Le succès c’est bien, ya des côtés un peu négatifs mais c’est rien par rapport au plaisir !

C’est avec tristesse que nous quittons alors l’espace presse le dimanche soir. Dès le jeudi, l’immensité du site du festival nous a impressionné, mais il est vrai que vivre un festival en faisant des allers-retours espace presse-concerts fut une expérience complètement différente et étonnante que d’ordinaire en étant des festivaliers. Mais être dans l’espace presse n’a pas étonné que nous, certains journalistes nous ont questionné, ne comprenant pas pourquoi des jeunes portaient le bracelet presse. Un photographe très avenant nous a questionné sur Maze, ainsi que le bénévole de la buvette et nous ont tout deux respectivement photographié et offert un verre, merci a eux, ça ne peut être que des bretons ! Pour en venir aux artistes et aux concerts, la gentillesse du chanteur de Metronomy nous a marqués, les journalistes ne comprenant pas le second degré de LMFAO nous ont surpris, le concert de Bob Dylan nous a déçu (il n’a joué aucun de ses tubes, a refusé toutes photos officielles et que les caméras ne l’approche), la proximité entre Orelsan et ses fans nous a aussi agréablement étonnés.

Il est évident que nous retenterons l’expérience l’année prochaine, les 18, 19, 20 et 21 Juillet.

Photographies non-créditées : Solène Lautridou pour Maze Magazine.

Rédigé par Johanne et Solène Lautridou et Baptiste Thevelein.

Baptiste Thevelein

Co-fondateur et directeur de la publication

Co-fondateur, directeur de la publication de Maze.fr. Président d'Animafac, le réseau national des associations étudiantes. Je n'occupe plus de rôle opérationnel au sein de la rédaction de Maze.fr depuis septembre 2018.

1 commentaire

Les commentaires sont fermés