Le Printemps d’érable, lutte pour l’égalité

Vous avez entendu parler du ”printemps d’érable” ? Vague de protestation qui sévit chez nos confrères étudiants canadiens, cette manifestation vise à dénoncer l’augmentation des frais de scolarité annoncée pour la prochaine année universitaire. Quand est t-il réellement ?

Comme un air de printemps arabe

       La grève des universitaires québécois a commencé officiellement le 13 février 2012 par le regroupement de nombre de jeunes qui s’amassant dans les rues de Montréal ont défilé, décriant l’injustice formulé par le gouvernement Charest dirigeant actuellement le pays. L’objet de leur colère ? L’augmentation de près de 75 % des frais universitaires prévue pour les cinq prochaines années (2011/2017). Le budget d’inscription passant de 2 168 $ CAN à 3 793 $ CAN par étudiant. Le but étant selon le gouvernement que “la hausse des droits de scolarité amène ces droits au niveau qu’ils avaient en 1968, si l’on tient compte de l’inflation“. La cause est alors exposée, il s’agit de la crise économique qui secoue l’Europe et les autres pays depuis quelques temps. Et bien entendu ce sont les étudiants qui font les frais de cette banqueroute internationale, mais voilà, répliquant sérieusement, les jeunes continuent aujourd’hui encore à manifester, ce qui inscrit ce mouvement de protestation dans les annales, les Québecquois n’ayant jamais connu de révolte aussi longue.

Les indignés de l’érable

           Colère compéhensible de la part des étudiants qui dans l’intervalle de 2007 à 2012 ont dû déjà faire face à une augmentation de 100 $ par an pour pouvoir étudier, avec la hausse prévue, ce ne sont plus 100$, mais 325$ d’augmentation par an qui seront demandés aux élèves, alors que jusqu’ici le Canada avait la réputation d’être un pays où étudier était accessible à tous comme le stipule le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels auquel a adhéré le Canada Le 19 mai 1976. L’article 13 y indique que : «  L’enseignement supérieur doit être rendu accessible à tous en pleine égalité, en fonction des capacités de chacun, par tous les moyens appropriés et notamment par l’instauration progressive de la gratuité. »

Objectivement cette hausse permetterait selon le gouvernement :

• premièrement, répondre aux besoins de financement des universités ;
• deuxièmement, répartir équitablement la contribution de chacun ;
• troisièmement, maintenir l’accessibilité du système universitaire aux
étudiants québécois à faible revenu ;
• et enfin, conclure avec les universités des ententes de partenariats qui
assurent la bonne utilisation des nouvelles ressources.

Evolution des droits de scolarités de 1968 à 2016

            Mais cette augmentation prouve que le gouvernement Canadien tend à enfreindre le Pacte auquel le pays a adhéré, le rendant caduque. D’où les marches sans cesse réeffectuées par les jeunes qui arborrent symboliquement un carré rouge sur la poitrine en scandant « On veut étudier, on ne veut pas s’endetter » ou encore « Un peuple instruit jamais ne sera vaincu ». A noter que le groupe d’hacktiviste Anonymous habitué à décrier lui aussi les injustices visant à oppresser la liberté d’expression sur le net et dans la vie courante les a soutenu publiquement dans leur lutte en diffusant une vidéo demandant aux autoritées canadiennes de leur laisser le droit de manifester, droit qui étonnement a été abrogé le 18 avril par la mise en place d’une ”loi spéciale” qui prévoit pour les organisateurs de manifestations une amende de 1.000 à 5.000 dollars par jour pour une personne, et de 25.000 à 125.000 dollars par jour pour une organisation, et le double en cas de récidive. (art 26 : loi 78) Les manifestants doivent de même soumettre l’itinéraire du cortège aux autorités, sous peine d’amendes.

Manifestation à Montreal, photo prise par Christinne Muschi.Reuters

          Devant l’évolution de la situation plusieurs sites du gouvernement du Québec ont été attaqués par Anonymous, notamment les sites de la Sécurité publique, du ministère de l’Éducation, du Parti Libéral du Québec et de la Déontologie policière. Les soutiens affluent de même envers les étudiants que ce soit de la part de partis politiques comme en France avec Europe Ecologie-Les Verts : ”Nous saluons leur ténacité et leur inventivité dans leurs actions non-violentes. Nous dénonçons les violences policières et les arrestations massives et souhaitons que le mouvement obtienne rapidement l’abrogation de la loi 78, l’ouverture de négociations et le gel définitif des frais de scolarité qui, au Québec comme en France et ailleurs, ne doivent jamais être un frein à l’accès aux études supérieures, ni lourdement endetter les étudiants” (Figaro) ou bien par la fédération des locataires d’habitations à loyer modique 
du Québec :  « la FLHLMQ se joindra aux actions prévues pour contrer cette augmentation qui touche les locataires HLM via la jeune génération ».

      En somme, cette lutte contre l’élitisme croissant est loin d’être terminée, mais cela prouve que les droits à l’instruction et à la liberté d’expression ne sont pas définitivement acquis et nous ne pouvons qu’encourager la jeunesse à se battre pour sa liberté et son futur.

Marine Roux

Maître ès lettres. Passionnée par la littérature et les arts | m.roux@mazemag.fr

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