CINÉMA

Le cinéma, la France et les années 30

Le Paris d'Hugo Cabret par Martin Scorsese.

L’un est un film français muet en noir blanc, se déroulant à Hollywood, l’autre est une grosse production hollywoodienne en 3D, se déroulant en France. Et pourtant tous les deux sont des mises en abyme du cinéma des années 30. Et tous deux ont remportés cinq Oscars. Il s’agit de The Artist de Michel Hazanavicius, au grand succès international, et d’Hugo Cabret de Martin Scorsese, qui est resté un peu dans l’ombre. Mais les distinctions que ces deux films ont eues peuvent s’apparenter à une tendance du moment, celle de retrouver la magie des débuts du cinéma.

Et oui ! Avec The Artist ou Hugo Cabret vous êtes sûrs de ne pas tomber sur telle violence, telle débauche, telle histoire incompréhensible, tel ennui aussi et j’en passe…

La vedette Peppy Miller (Berenice Bejo) avec, en fond, Georges Valentin (Jean Dujardin).

En bref résumé, The Artist est l’histoire de Georges Valentin, célèbre acteur du cinéma muet, qui se retrouve déchu lors de l’arrivée du cinéma parlant. Mais il finit par retrouver le chemin des studios grâce à Peppy Miller, star du désormais cinéma parlant, avec qui une romance s’était créée dès le début du film lorsque cette dernière n’était qu’une inconnue.
Hugo Cabret, lui, est avant tout un hommage au cinéma de Georges Meliès, le père des effets spéciaux. Le jeune orphelin Hugo vivait dans la gare l’Ouest, ex-gare Montparnasse, à Paris avec pour seule compagnie un mystérieux automate laissé par son père, horloger, qui avait commencé à le réparer. Remontant lui-même les nombreuses horloges de la gare et s’y connaissant en mécanique, Hugo s’était mis en tête de réparer l’automate, croyant qu’il avait un message à lui délivrer de la part de son père. Pour y arriver, il volait du matériel d’horlogerie à la boutique de jouets de la gare. Le vendeur n’était autre que Georges Méliès lui-même, oubliant son passé de cinéaste après que ses films furent fondus lorsque la guerre éclata, et que le rêve de son cinéma n’était plus apprécié. L’automate, lui, appartenait à Méliès à l’époque où il était magicien, et le message qu’il délivra était un dessin du film Le Voyage sur la Lune. La rencontre des deux fut émouvante et Georges après de nombreux efforts d’Hugo et d’un professeur de cinéma retrouva plusieurs de ses films lors d’un grand gala en son honneur. Mais Hugo Cabret est avant tout un roman pour enfants/adolescents. Écrit et illustré par Bryan Selznick, il est sorti du lot en présentant de nombreux passages de l’histoire sous forme de dessins que l’on regarde s’enchaîner au fil des pages, comme un cinéma muet.

Le cinéma, le cinéma et encore le cinéma, à ses débuts ce n’était que des images qui bougent, puis accompagnées de musique, et plus tard de paroles. Ces deux films rendent aussi un hommage à cette esthétique : The Artist tout en noir et blanc et Hugo Cabret qui, à la toute dernière évolution, nous montre une 3D grandiose, loin des films qui l’utilisent à but seulement commercial. Les scènes de reconstitution des films de Méliès (image ci dessus), elles, nous ramènent à l’envers du décor des films muets où cette confrontation de l’évolution du cinéma en devient presque émouvante. Au delà de Méliès même, les nombreux rouages mis en scène rappellent une célèbre scène des Temps Modernes de Charlie Chaplin. La musique aussi est à l’honneur, notamment dans The Artist où, muet oblige, la bande originale est digne d’un film de l’époque, avec les moyens d’aujourd’hui. Dans Hugo Cabret, la musique est plus un complément, mais un complément essentiel qui renforce l’impression de magie du cinéma. De plus ces deux films sont vraiment accessibles à tous, The Artist rassemblant dans la salle petits et grands, alors qu’Hugo Cabret, remplissant toutes les caractéristiques du conte de Noël pour enfants, a aussi conquis le cœur des cinéphiles.

En somme, c’était la recette qu’il fallait suivre pour faire un film Oscarisé ! Et s’il y a un film qui pourrait poursuivre cette tendance, ce serait l’adaptation animée de La Mécanique du Cœur de Mathias Malzieu, abordant lui aussi Méliès de son coté de magicien et l’horlogerie, mais la production a été arrêtée depuis un bon moment… En attendant retrouvez The Artist déjà en DVD et Hugo Cabret très prochainement !

En illustration de haut en bas : Le Paris d’Hugo Cabret par Martin Scorsese.
La vedette Peppy Miller (Berenice Bejo) avec, en fond, Georges Valentin (Jean Dujardin).
Reconstitution par Martin Scorsese d’une scène du film Vingt mille lieues sous les mers de Georges Méliès.
Hugo (Asa Butterfield) et Isabelle (Cloé Moretz) entre une vue de Paris et les immenses rouages de la tour de l’horloge dans Hugo Cabret.

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