SOCIÉTÉ

Alimentation : la bonne résolution !

Après les fêtes de fin d’année, un constat presque commun pour tous : la fatigue… mais surtout la prise de poids !

Les mêmes questions se posent donc : “Mais comment vais-je bien pouvoir faire pour perdre ce que j’ai pris ?”. Effacez tout de suite les idées du “je vais jeuner pendant une semaine” ou encore du “ça va être salade jusqu’à ce que je retrouve mon état normal”, car Pascal RENART, nutritionniste, créateur des Centres de Rééducation nutritionnelle NUTRICOURS, a confié à Maze les points essentiels à savoir pour retrouver son équilibre alimentaire.

Il parait que vous n’utilisez pas le terme régime avec vos patients, est-ce vrai ?

Effectivement, le terme régime a une connotation négative chez beaucoup de personnes, il fait référence à une privation sur une période donnée. Chez Nutricours, on ne donne pas de régime, on procède à un bilan nutritionnel, puis on apprend aux patients à bien manger, c’est-à-dire à manger tout ce que leur organisme attend pour bien fonctionner, dans le respect de leurs goûts et de leurs habitudes. Le but n’est donc pas de se priver pour perdre quelques kilos, mais de s’alimenter normalement pour atteindre son poids d’équilibre (poids de forme) et d’y rester.

Alors qu’est-ce que bien manger ?

Bien manger, c’est fournir à son corps les nutriments dont il a besoin au moment où il en a besoin. Une alimentation équilibrée se doit d’apporter de tout : des protéines (viande, poisson, oeufs etc…) des glucides (fruits, légumes, féculents et légumineuses) et des lipides insaturés (ces fameux Omégas 3 entre autres) qui ont un rôle primordial dans le transport de certaines vitamines et dans le fonctionnement de la cellule nerveuse, des vitamines, des sels minéraux, des oligo-éléments, des fibres et bien entendu de l’eau.
De plus, afin que ce “carburant” puisse faire fonctionner notre moteur interne de manière optimale, il faut que ses 3 composants majeurs ne soient pas répartis n’importe comment : les protéines doivent représenter environ 15 % des apports caloriques de notre journée, les lipides ne devraient pas dépasser 30 % et les glucides 55 %. Et pour couronner le tout, ces apports ne doivent pas se faire n’importe quand ni n’importe comment dans la journée : lorsqu’on désire perdre du poids de manière durable, il est indispensable de respecter l’adage suivant : “Un petit déjeuner de Roi, un déjeuner de Prince et un diner de mendiant”. En d’autres termes, il faut faire le plein le matin, remettre un peu de carburant le long du trajet et ne pas se soucier si le soir le réservoir est presque vide pour mettre le véhicule au garage. On n’en dormira que mieux (la digestion est une source de dépense énergétique), le sommeil sera plus réparateur, et, au lieu de stocker les calories inutiles d’un repas du soir souvent trop copieux, on ira au contraire puiser dans les réserves pendant la période de sommeil.

Que faut-il éviter lorsque l’on veut perdre du poids ?

Avant tout, il faut éviter de sauter des repas car au repas suivant on a plus de chances de stocker ce que l’on prendra. Il vaut mieux manger plus souvent en petites quantités (4 repas par jour) que, comme hélas beaucoup le font, un petit déjeuner quasi inexistant, un sandwich en vitesse à midi et un repas copieux le soir. De plus, l’ennemi public N°1 est “le sucre”, surtout le saccharose (sucre de table) ! Le deuxième ennemi c’est “les graisses” car, à quantités égales, elles apportent beaucoup plus de calories. En fait, il suffit de mettre en principe les deux maximes qu’on nous répète à longueur de journée dans les publicités concernant l’alimentation : “Mangez au moins 5 fruits et légumes par jour” et “Ne mangez ni trop gras, ni trop sucré, ni trop salé”.

Donc puisqu’il faut limiter les sucres et les graisses, un régime hyper-protéiné ne serait-il pas la bonne solution pour perdre rapidement du poids après les fêtes ?

Les régimes hyper-protéinés semblent à premier abord être très efficaces pour perdre vite les quelques kilos superflus qu’on aurait accumulés pendant les fêtes. Hélas ce type d’alimentation très déséquilibré ne devrait pas se poursuivre au delà d’une quinzaine de jours en raison des risques qu’il comporte pour la santé. De plus, le corps, privé pendant cette période de glucides et de lipides (dont les bons indispensables) n’aura qu’une hâte une fois la période de restriction terminée : reconstituer ses stocks.
Quand on a pris 2 ou 3 kilos en 15 jours, on les perd tout aussi facilement ! Le corps en un délai aussi court n’a pas le temps de stocker en profondeur la graisse, de plus il est habitué à un poids (qu’on appelle le poids d’équilibre). Donc, pas besoin de se mettre au régime sec, il suffit de manger NORMALEMENT, comme je viens de vous le dire et les kilos partiront tout seuls !

Et la méthode Dukan, qu’est-ce ? Est-elle appliquée par tous les nutritionnistes ?

– Oh que non, elle n’est d’ailleurs appliquée par aucun nutritionniste ! De plus cette méthode n’a de Dukan que le nom, elle a toujours existé, puisqu’il s’agit d’un régime hyperprotidique. A la différence des substituts de repas qui au moins fournissent quelques vitamines et sels minéraux nécessaires, la méthode Dukan n’apporte aucun de ces éléments car les fruits et les légumes en sont bannis. Elle fait partie des régimes “yoyo”. Elle a l’avantage de faire perdre vite du poids (il n’est pas rare de perdre 6 kg le premier mois).

Le poids vite perdu est égal poids vite repris, et généralement avec la “prime”, je vois régulièrement des patients qui ont fait ce type de régime et qui ont perdu une quinzaine de kilos en 3 mois, mais hélas quand ils viennent consulter l’année suivante, ils en ont repris de 18 à 25.

Mais là encore, c’est un moindre mal, car ce type de régime parfaitement déséquilibré n’est pas sans danger pour la santé. En effet, la recommandation officielle concernant la prise de protéines est d’environ 1g/kg/jour. Elle est fondée sur les besoins structuraux et ne prend pas en compte l’utilisation des protéines pour le métabolisme énergétique. Les régimes trop riches en protéines qui peuvent atteindre des niveaux excessifs de l’ordre de 200 à 400g de protéines par jour (5g/kg/jour) sont une véritable bombe à retardement pour le foie qui ne peut pas transformer l’excès d’azote (des protéines) en urée, et pour les reins qui ne peuvent pas tout éliminer.
L’excès de protéines c’est à dire quand cela dépasse 35 % de l’apport énergétique peut avoir des effets néfastes comme l’hyperaminoacidemie, l’hyperammonemie, la nausée d’hyperinsulinémie, la diarrhée et même la mort.

Monsieur Dukan, a grands renforts de publicités et a actuellement son heure de gloire. Mais qu’en sera-t-il dans quelques années lorsque les personnes qui ont détruit leur santé en suivant ses conseils intenteront comme elles le font actuellement avec le Médiator des actions en justice ?

Enfin, question de culture générale pour informer nos lecteurs : quelle est la différence entre un nutritionniste et un diététicien ?

– Le diététicien est un technicien (il n’est formé qu’en 2 ans après le BAC, par un BTS ou un DUT). En tant qu’auxiliaire médical, son rôle est de donner aux patients des régimes que les médecins n’ont pas le temps de donner. De nombreux diététiciens participent également à la mise en place de menus dans les collectivités (cantines, hôpitaux etc.) avec hélas comme principal critère “le respect du budget” qui n’est pas toujours compatible avec celui du bon équilibre alimentaire. Comme l’appellation de diététicien est associée à “régimes” et donc à des privations que peu de personnes arrivent à accepter, certains diététiciens qui exercent en libéral se disent nutritionnistes afin de donner une meilleur image de leur profession.

Le nutritionniste quant à lui est un spécialiste de la nutrition. C’est un thérapeute qui peut être médecin, diététicien ou non et a généralement une formation complémentaire dans la biologie, la physiologie ou la psychologie. Sur le terrain, le rôle du nutritionniste n’est pas de donner des régimes mais de permettre aux personnes d’équilibrer leur alimentation, comme nous le faisons dans nos centres de rééducation nutritionnelle, en leur apprenant comment faire et surtout en les y aidant grâce à un suivi régulier.

http://www.vedoham.org/

Un grand merci à Monsieur Renart pour avoir consacré du temps à notre magazine lors de cette entrevue.

Auteur·rice

Célia, 19 ans, étudiante en orthophonie à la Haute Ecole de la ville de Liège.

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