CINÉMA

« The New West » – L’Ouest américain revisité

© Pyramide Distribution

Au coeur des Badlands, dans le Dakota du Sud, Tabatha Zimiga dresse des chevaux sauvages. Criblée de dettes, elle se voit soudain proposer le rachat de son ranch. Avec The New West, son premier long-métrage, la réalisatrice Kate Beecroft revisite l’Ouest américain en douceur, mais de manière relativement convenue.

Dans son immense ranch du Dakota du Sud, Tabatha Zimiga, quarantenaire aux tatouages nombreux et aux cheveux décolorés à moitié rasés, dresse des chevaux sauvages avant de les revendre aux enchères. Elle vit sur cette propriété avec sa mère, ses enfants, et une bande d’adolescentes cabossées dont les parents se sont désengagés, n’ayant pas les moyens ou la possibilité de s’occuper d’elles.

Difficultés économiques…

Si tout ce petit monde crée un foyer animé, une menace plane sur l’exploitation. Tabatha est endettée, et les ventes de chevaux sont loin de rapporter autant qu’elles le devraient. L’on surveille donc les dépenses, ce qui ajoute aux tensions entre elle et sa fille, Porshia, jeune prodige de la monte western.

Tabatha, quant à elle, ne monte plus à cheval depuis la mort de son mari, survenue un an plus tôt. Pourtant, son amour pour ses équidés ne fait aucun doute. Certain·e·s reconnaissent le don qu’elle a avec eux, mais cela ne suffit pas, même en les promouvant sur TikTok grâce aux jeunes qui s’en occupent. Malgré ses efforts, les équidés qu’elle vend dans les foires agricoles partent à des prix dérisoires. Alors, quand Roy Waters (Scoot McNairy), un client, lui propose de racheter son ranch en lui laissant gérer l’exploitation, l’hésitation la gagne.

… et dilemme moral

Tabatha accepte un essai, dans un premier temps. Mais, comme il était possible de s’y attendre, l’homme d’affaires texan finit par prendre trop de place dans cet équilibre familial. S’il n’est pas le cliché du méchant cow-boy pour autant, sa façon de procéder déplaît à la matriarche.

L’intrigue convenue du film est compensée par de très belles scènes de chevauchée – qui ne sont pas sans rappeler The Rider de Chloé Zhao – ainsi que d’impressionnants plans au drone au dessus des Badlands tourmentés. Les jeunes, à qui Tabatha apprend le rodéo et le barrel racing (épreuve de vitesse où les chevaux doivent tourner le plus rapidement possible autour de trois barils), offrent des plans magnifiques d’acrobaties sur leurs chevaux. D’aucuns argueront que ce sont ces scènes, plus que le scénario, qui ont valu au film le prix du Jury au Festival de Sundance.

The New West © Pyramide Distribution

Une Amérique rurale et marginale

Le combat de Tabatha pour maintenir son ranch debout sert de prétexte à la réalisatrice pour dresser un portrait sensible de cette femme lumineuse et résiliante. Malgré ses fragilités, dues notamment à son deuil, elle reste libre et, contrairement à ses chevaux, indomptable. L’on retient notamment une scène émouvante au coin d’un feu, où plusieurs femmes réunies évoquent leurs histoires d’emprise et d’abus. Ici, la renaissance est féminine et collective. Loin du Far West des cow-boys, Beecroft nous donne à voir celui des mères, des filles et des survivantes. Ce dernier devient alors le théâtre du collectif, un refuge célébrant la réparation plutôt que la conquête.

Il s’agit là du premier long-métrage de la réalisatrice, après ¼ Cup (2020) et As long as you’re mine  (2022), courts-métrages mettant également l’accent sur les marges de la société. The New West raconte l’histoire vraie de Tabatha Zimiga et de son foyer. À l’exception de Scoot McNairy et Jennifer Ehle, tous·tes sont des acteur·ice·s non professionnel·le·s et incarnent leur propre rôle. Kate Beecroft a rencontré Tabatha par hasard, en sillonnant le pays avec son directeur de la photographie. Elle a ensuite passé trois ans au sein de cette communauté et de la famille Zimiga.

On pardonnera donc la frontière floue entre documentaire et fiction qui pourra en déranger certain·e·s et le scénario timide, carThe New West tire malgré tout un joli portrait d’une femme forte et attachante et d’une communauté en marge, loin des projecteurs.

The New West, de Kate Beecroft. En salles le 6 mai 2026.

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