SEMAINE DE LA CRITIQUE – Pour sa 65e édition, la Semaine de la Critique ouvre sa programmation avec un film d’animation. Réalisé par Phuong Mai Nguyen, In Waves raconte l’histoire d’amour chavirante d’un jeune skateur et d’une jeune surfeuse mise à l’épreuve par la maladie.
Adaptée du roman graphique d’AJ Dungo sorti en 2019, l’histoire amène le·a spectateur·ice sur les plages de Los Angeles. AJ est un lycéen discret lorsqu’il rencontre Kristen. Elle est passionnée de surf, lui plutôt de skateboard et de dessin. Iels tombent follement amoureux. Mais tout bascule lorsque Kristen apprend qu’elle est atteinte d’un cancer très grave. Inspiré de la propre vie de l’auteur, le récit immortalise le combat des deux amant·e·s contre la maladie, porté·e·s par la force de leur amour.
D’origine vietnamienne, Phuong Mai Nguyen est habituée à porter des récits graphiques à l’écran. En 2019, elle a co-réalisé l’adaptation en série de la bande-dessinée Brazen de Pénélope Bagieu en 2019. La réalisatrice et son équipe restent fidèle au style reconnaissable des dessins d’AJ, à ses couleurs pastels et à la courbe de ses vagues. Avec les voix françaises de Lyna Khoudri, Paul Kircher et Rio Vega, les personnages, d’abord figé·e·s sur des planches, prennent vie sur le grand écran. Le tout sur une BO signée Rob et Oklou, qui accompagne les courbes pastels des vagues qui se confondent avec les nuages.

Un combat commun contre la maladie
Le récit de In Waves raconte beaucoup plus que la perte d’un proche et la façon dont l’on traverse le deuil. Il explore la façon dont l’on assiste à la chute lente d’un être cher, en toute impuissance, lorsque la maladie l’avale. Que reste-t-il une fois que la petite bête a finalement mangé la grande ?
Au fur et à mesure que leur relation évolue, la tension monte entre les deux amant·e·s. Kristen semble s’éloigner au large, bousculée entre les chimiothérapies, l’amputation de sa jambe droite, et la crainte de la rechute, alors qu’AJ tente tout pour la garder à bord. Elle refuse les sacrifices qu’il est prêt à faire pour elle, comme lorsqu’il renonce à un poste important de dessinateur à New-York, pour rester auprès d’elle à Los Angeles. Malgré le tumulte de la maladie, le couple essaye de trouver des bulles d’air. Lorsque les deux amant·e·s entrent à l’improviste dans un club à New-York, le temps semble suspendu. Sur les basses électro de jtm de ouf d’Eloi, AJ et Kristen profitent d’un instant où la maladie n’existe pas.
Le destin d’AJ et de Kristen a l’apparence d’une histoire d’adolescent·e·s qui rappelle Nos étoiles contraires. Bien qu’ancré dans la culture teenagers des États-Unis, In Waves touche à une vérité universelle du sentiment, qui dépasse tout cadre spatio-temporel. Tantôt au-dessus de l’écume, tantôt envahie et fracassée par le poids de l’eau, les émotions débordent de l’écran et des couleurs.

Trouver refuge dans sa passion
Avec un dessin hyper stylisé où se mélangent différentes textures de pastels, de peinture, et de dessin numérique, In Waves est une vraie réussite plastique. L’on retrouve l’attention aux détails et à la couleur, qui correspond aux émotions ressenties, aux sensations, comme lorsque l’eau se mélange à la vitesse au fur et à mesure de l’avancée du skate.
Au-delà de cette réussite plastique, le film évoque la passion d’AJ et de Kristen pour le surf, le skate, et le dessin. Le film intercale dans son récit l’histoire du surf comme un héritage de la culture hawaïenne. Des passages en noir et blanc représentent une jeune Hawaïenne bravant les vagues sur sa planche. Le surf est, d’un point de vue graphique, la toile de fond qui permet à l’auteur de créer de magnifiques planches composées uniquement d’eau, de vagues, de reflets. C’est aussi une philosophie de vie, et le cadre de cette histoire d’amour.
L’héritage et la famille sont un thème central au film. Les personnages d’In Waves gravitent entre elleux et leur relation évolue, grandit. L’on découvre, au fil des années, les frères et les parents de Kristen. Le public termine la séance avec les joues détrempées, comme enveloppé dans un nuage d’écume et d’eau salée.
In Waves de Phuong Mai Nguyen (1h35, Diaphana), en salles le 1er juillet 2026.








