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« Une fille en or » – Regarder et être regardé·e

Une fille en or © Nour Films
Une fille en or © Nour Films

Une fille en or est le deuxième long métrage de Jean-Luc Gaget en tant que réalisateur. Il raconte la rencontre entre deux personnalités que tout oppose : Clémence, maladroite et invisible, et Paul, tyrannique et psychorigide. Ce film questionne le regard que chacun·e se porte.

Le récit met en présence deux personnages antagonistes : Clémence, maladroite, effacée, presque transparente, et Paul, autoritaire, rigide, enfermé dans une posture de maîtrise. Mais plutôt qu’un simple jeu d’opposition, le film propose une véritable exploration des failles intimes qui structurent ces deux figures. Car derrière cette rencontre improbable, Une fille en or interroge moins l’amour que la notion de valeur : celle que l’on s’accorde, celle que les autres nous refusent ou nous donnent.

Clémence, interprétée par Pauline Clément, est une jeune femme considérée comme « ratée » selon les critères imposés par la société. Son appartement est squatté par un ami artiste, elle est sans emploi et vit aux dépens de sa sœur : reléguée à une invisibilité familiale, elle semble condamnée à l’effacement. Sa rencontre avec Paul (Arthur Dupont), patron tyrannique surnommé « Paul Pot », agit alors comme un déclencheur. Le basculement est celui d’un lent déplacement intérieur, d’un apprentissage du regard porté sur soi.

Les opposés s’attirent

Une fille en or s’ouvre sur un groupe de parole consacré à l’estime de soi. D’emblée, le film inscrit son récit dans un espace de mise à nu, où la parole devient à la fois révélatrice et défaillante. À la question : « Qui vous admire ? », Clémence ne répond pas. Cette impossibilité devient le moteur narratif du film.

Les deux personnages principaux donnent forme à un même manque de confiance, exprimé de manière opposée. Clémence est représentée comme invisible aux yeux du monde, et incapable de se situer et de dire non. Paul, quant à lui, fait subir aux autres son autorité excessive. Pourtant, il consulte une fois par semaine un medium qui lui tire les cartes. Sa personnalité, en surface cartésienne, est alors complètement remise en question par ce rendez-vous hebdomadaire qui le pousse, d’ailleurs, à engager Clémence.

Les deux personnages fonctionnent comme les deux faces d’une même pièce : l’un·e disparaît là où l’autre surjoue la présence. Mais au fond, tous les deux manquent cruellement d’estime d’eux-mêmes. Jean-Luc Gaget met en image l’apprentissage mutuel de ces deux personnages. De fait, Clémence et Paul évoluent progressivement l’un grâce à l’autre. Si, au début, la maladresse de Clémence procure de la gêne chez Paul, ce sentiment se transforme peu à peu en attachement. Au fur et à mesure de leur parcours, le·a spectateur·ice commence à apercevoir les failles des personnages secondaires. Bianca (Emilie Caen), la sœur de Clémence, apparaît dans un premier temps autoritaire et sûre d’elle. Tout au long du film, sa solitude est mise en scène : seule à sa fenêtre, elle s’avère obsédée par sa voisine d’en face (Karine Viard).

Une fille en or © Nour Films

Esthétique de la maladresse

Le·a spectateur·ice ne peut passer à côté du jeu de Pauline Clément : il constitue un véritable point d’équilibre entre comique et mélancolie. Jean-Luc Gaget ne cherche pas à caricaturer la maladresse de Clémence, mais bien à en faire une force. Alors qu’elle vit des événements parfois considérés comme des échecs, elle garde le sourire aux lèvres. Et c’est sa difficulté à refuser qui rend déterminante sa rencontre avec Paul. Il lui montre comment imposer ses limites ; elle, de son côté, lui apprend à ouvrir son cœur, à partager sa sensibilité.

Clémence apparaît comme un personnage en mouvement, physiquement comme symboliquement. Ses déplacements à vélo inscrivent dans la mise en scène une quête de place. Ce motif visuel devient une extension de son état intérieur : elle traverse des épreuves sans s’arrêter en quête d’un point d’équilibre. Sa première quête est de suivre Paul dans ses rendez-vous hebdomadaires, d’apprendre à le connaître, et de percer sa carapace. En menant cette drôle de mission, Clémence apprend petit à petit sur elle-même, et sur sa force. Les deux personnages s’apprivoisent et transforment peu à peu leur perception de l’un·e et de l’autre. Cette thématique du regard est symbolisée de manière très concrète par les caméras de surveillance que vend l’entreprise de Paul. Ainsi, Paul observe Clémence chez elle, et cette dernière se sait regardée.

Une fille en or © Nour Films

Une fille en or joue constamment sur une oscillation entre comique et gravité. La positivité du personnage de Clémence n’efface jamais la violence symbolique qu’elle subit parfois. Ce mélange des registres permet de parler du rejet de manière légère. Le long métrage cherche donc à interroger la question du regard sur les autres mais surtout sur soi-même. La transformation ne passe pas par une question de réussite sociale, mais bien par ce déplacement de regard. Paul et Clémence se sentent enfin admiré·e·s.

Une fille en or, un film de Jean-Luc Gaget. En salles le 15 avril 2026.

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