LITTÉRATURE

« Rubyfruit Jungle » – Les années d’apprentissage

© éditions Héloïse d'Ormesson / Anne-Sophie Tschiegg

Les éditions Héloïse d’Ormesson lancent la collection Queer ardent·e. C’est la réédition du livre Rubyfruit Jungle (1973) dans une nouvelle traduction d’Océane Guerrier qui ouvre le bal.

Depuis quelques années, l’édition française est en effervescence. Qu’il s’agisse entre autres des éditions Cambourakis, La Croisée, blast ou de la collection L’imaginaire chez Gallimard, le travail d’édition ou de réédition d’anciens textes LGBTI est colossale. Traduire à nouveau, rééditer, remettre en lumière, voilà qui relève d’un travail de longue haleine, aussi enthousiasmant que déroutant. L’entreprise a quelque chose de sisyphien, tant elle est immense et infinie, mais cela prouve surtout une grande vitalité littéraire. La collection queer ardent·e, dirigée par Océane Guerrier est la petite dernière dans le paysage littéraire français.

Pour inaugurer cette naissance, c’est le titre Rubyfruit Jungle de Rita Mae Brown qui a été choisi. Classique lesbien de la littérature américaine, l’ouvrage était épuisé en France. Sa dernière publication datait de 1978 sous le titre de Molly-mélo chez Albin Michel dans une traduction de Sophie Durand. Cette nouvelle parution remet ainsi au goût du jour ce roman, dans une traduction actualisée et accompagnée de nombreuses notes détaillées de la traductrice.

Je m’en fiche que les gens m’aiment ou pas. Ils sont tous idiots les gens, voilà ce que je pense. La seule chose qui compte c’est si moi je m’aime bien, c’est tout.

Rita Mae Brown, Rubyfruit Jungle

Le pied dans la fourmilière

Molly Bolt est une bâtarde. Vers ses sept ans, celle qu’elle prenait pour sa mère biologique le lui assène dans un éclat de colère. Pas bien sûre de comprendre tous les enjeux de cette révélation, Molly décide de passer outre et de s’accommoder de l’insulte. Elle en entendra d’autres, elle le sait. Elle grandit pauvre à York (Pennsylvanie), déménage en Floride où la misère n’est pas plus belle au soleil et se fixe comme horizon d’aller à la fac puis à New York. Trop intello pour son milieu, trop pauvre pour le monde universitaire, trop féminine pour la fac de cinéma, trop masculine et trop lesbienne partout, Molly Bolt roule sa bosse quand même sans trop prêter l’oreille au qu’en-dira-t-on.

Rubyfruit Jungle fait figure de classique américain avec sa prose du Sud, à la croisée entre William Faulkner et Dorothy Alison. Avec sa nouvelle traduction, Océane Guerrier retranscrit le ton drôle et irrévérencieux du roman et l’énergie de son autrice. Rita Mae Brown est une autrice ultra prolifique du haut de ses 81 ans avec plus de 80 livres à son actif. Elle s’investit très jeune dans divers mouvements pour les droits civiques comme le Gay Liberation Front et le groupe Radicalesbians à l’origine du texte The Woman-Identified-Woman (1970). Il était important que ce titre redevienne accessible au public francophone. Reste encore de nombreux·ses auteur·ices comme Sarah Schulman, Djuna Barnes, Joan Nestle et d’autres à traduire. Une liste immense, comme autant de fruits rubis dans une jungle.

Rubyfruit Jungle de Rita Mae Brown, traduit de l’anglais par Océane Guerrier, éditions Héloïse d’Ormesson, 22 €

You may also like

More in LITTÉRATURE