Cette année, le Festival Format Court revient au Studio des Ursulines, dans le 5ème arrondissement de Paris, pour sa septième édition. Une riche programmation, dont un focus sur l’Iran et une masterclass de la cinéaste Carine Tardieu, est à découvrir du mercredi 8 au dimanche 12 avril 2026. Maze vous présente ses coups de cœur.
La marraine du festival est, cette année, la comédienne Clothilde Hesme. L’actrice joue dans des séries (Les Revenants ou HPI) ou dans des longs métrages tels que Les Chansons d’amour et Angèle et Tony d’Alix Delaport, film pour lequel elle a remporté le César du Meilleur espoir féminin en 2012. Le jury est constitué de professionnel·le·s du cinéma et de la presse, ainsi que d’étudiant·e·s. 23 films français et internationaux sont en compétition.
Après une première masterclass l’an dernier avec le réalisateur Boris Lojkine (L’Histoire de Souleymane), le festival invite cette année la réalisatrice et scénariste Carine Tardieu. Son dernier film, L’Attachement, a été récompensé trois fois lors de la 51ème cérémonie des César 2026. Le film interroge la manière dont les relations humaines se construisent en dehors des cadres familiaux traditionnels, en donnant à voir des attachements fragiles, comme celui qui se tisse entre un enfant et sa voisine de palier. Cette masterclass est l’occasion de revenir sur le parcours de la cinéaste.

Carte blanche Ville de Paris
Pour la quatrième année consécutive, le festival programme une carte blanche consacrée au Fonds Court métrage de la ville de Paris. La séance est intitulée Au-delà des apparences. Dans ce cadre, plusieurs courts-métrages ont été diffusés en présence des cinéastes : Stéphane Demoustier (Fille du calvaire, 2012), Cécile Ducrocq (Tout le monde dit je t’aime, 2010), Inès Sedan (Love He Said, 2018) et Djiby Kebe qui, avec L’Avance (2024), signe le court le plus récent de la sélection. Le réalisateur y met en scène Paris comme un personnage à part entière. Le·a spectateur·rice suit Aliou (Saabo Balde) partant des Beaux-Arts, traversant différents arrondissements jusqu’à Montmartre, pour vendre l’une de ses toiles à une collectionneuse de renom. Le film met en tension les sentiments intérieurs de son personnage principal. Aliou est tiraillé entre le désir de conserver la toile représentant sa mère décédée et l’attrait de l’argent, symbole d’ascension.

S the Wolf de Sameh Alaa
Dans la sélection du Festival Format Court, l’on retrouve aussi un film d’animation réalisé par Sameh Alaa. Il interroge la construction de la masculinité à travers le motif des cheveux. Le personnage principal s’adresse directement aux spectateur·rice·s, et revisite son adolescence depuis sa chambre d’enfance. Les cheveux deviennent ainsi une ligne narrative et symbolique. D’abord signe d’imitation du père, puis de rejet dans un geste de colère, avant de devenir le lieu d’une inquiétude lorsque, adulte, ils se mettent à tomber. Au moment où le personnage principal fait part du désir d’une implantation capillaire en Turquie, son père fait une attaque. Malgré sa maladie, il se moque du crâne chauve de son fils, dans une ironie empreinte d’amour. À travers ce récit adressé à son public, le film esquisse ainsi un autoportrait où le thème des cheveux permet d’aborder plus largement les normes masculines et la relation père-fils.
TN sensible de Juliette Moncuit
Dans TN sensible, Naïm, depuis le perron de son mobil-home, aperçoit Léa. Armé de ses TN, il décide de l’aborder pour lui offrir un cadeau : une madeleine. La réalisatrice, Juliette Moncuit, s’attache à filmer en gros plan, et à insister sur les détails sonores pour raconter la complicité entre les personnages principaux. Ce moment de drague est tout d’un coup perturbé par l’arrivée de la bande de Naïm. Ils viennent squatter dans le mobil-home et critiquent Léa. Naïm se retrouve alors tiraillé entre le regard des autres et ce qu’il éprouve pour la jeune fille.
Malgré la présence de sa bande, la réalisatrice s’attache a garder uniquement Naïm dans le cadre, son regard vers l’extérieur. Le·a spectateur·rice partage les sentiments intérieurs de Naïm, qui s’apprête à exploser de colère. Comme prisonnier derrière des barreaux, il tente de rompre avec cet enfermement pour rejoindre Léa. Il la suit jusqu’à un portail. Elle, de l’autre côté, libre ; lui, le visage collé aux grilles. Liberté et choix sont les maîtres-mots de ce court métrage.

Par delà, le monde de Théo Sixou
Ce court-métrage parle d’Anthony, élève qui dort tout le temps et qui fait des rêves capables d’influencer le monde réel. Un jour, il se réveille avec le pull de son ami Mihai, disparu quelques jours plus tôt. Il se sent coupable de sa disparition. Chacun·e des élèves de la classe raconte aux spectateur·rice·s cette histoire. Ils parlent ainsi à la place d’Anthony, comme si eux et lui n’étaient qu’une seule et même personne. Ce même jour, les élèves font chacun·e un exposé à la classe sur les légendes de leurs pays d’origine. C’est alors que tous·tes ces contes et les monstres de ces histoires prennent vie dans l’esprit d’Anthony.
Le réalisateur Théo Sixou, par le biais de ce court-métrage, explore le collectif et la transmission. Par delà, le monde montre aussi qu’à cet âge-là, la limite entre le rêve et la réalité est fine. La classe se change en un lieu de circulation des récits où les différences culturelles deviennent un point de départ à la solidarité entre les élèves. Ainsi, le jugement et l’exclusion n’y existent pas.
Dancing Pigeons de Christofer Nilsson
Le court-métrage s’ouvre dans une salle des fêtes vide et défraîchie d’une petite ville de Suède. Un médium y teste l’acoustique avant l’arrivée du public, ce afin que le public l’entende autant que possible. Vêtu d’un veston violet à paillettes, il mène une séance devant une assemblée entièrement féminine. La situation bascule soudain. Une spectatrice l’interrompt, refusant de le laisser continuer tant qu’il ne lui parle pas de son ex-mari décédé. La tension monte à mesure que le médium panique, pris au dépourvu face à une demande qu’il n’avait pas anticipée.
Le malaise s’installe également chez le·la spectateur·rice, et la mise en scène l’accentue, en resserrant progressivement le regard. Au plan d’ensemble se succèdent des gros plans qui mettent en valeur les émotions du médium et sa perte de contrôle. Pour maintenir l’illusion, le médium en vient à incarner le défunt : il s’allonge sur les genoux de la spectatrice et, dans ses yeux, se lit la peur que son mensonge soit découvert.

Autokar de Sylwia Szkiłądź
Ce film d’animation raconte l’histoire d’Agata, 8 ans, grandissant dans les années 1990. Le·a spectateur·rice la suit lors d’un trajet entre la Pologne et la Belgique. Derrière ce récit se déploie une expérience migratoire, transformée par le regard de l’enfant en un voyage initiatique coloré. Dans le bus, les passager·ère·s prennent la forme d’animaux. Agata circule de siège en siège à leur rencontre, accompagnée d’un crayon de couleur bleu en forme d’escargot, offert par son père. Mais le crayon se perd et tombe entre les mains d’une louve, figure antagoniste dans les yeux d’Agata, car dissimulée dans l’obscurité. Le·a spectateur·rice comprend rapidement qu’elle se cache en réalité de la police des frontières. La louve rend le crayon de couleur à Agata qui descend du bus avec une première compréhension de la différence.s
Palmarès du septième Festival Format Court
Prix du Jury Professionnel
Grand Prix Format Court : Wassupkaylee de Pepi Ginsberg
Prix du Meilleur scénario : Ne réveillez pas l’enfant qui dort de Kevin Aubert
Prix de la Meilleure image : Une fenêtre plein sud de Lkhagvadulam Purev-Ochir
Prix de la Meilleure création sonore : La Juventud es una isla de Louise Ernandez
Prix de la Meilleure interprétation : Dancing Pigeons de Christofer Nilsson
Mention spéciale : Autokar de Sylwia Szkiladz
Prix du Jury Presse
Au bain des dames de Margaux Fournier
Prix du Jury Étudiant
Feu fantôme de Morgane Ambre
Prix du public
Odonata de Adrien Fonda








