CINÉMA

« Allah n’est pas obligé » – Candeur de l’enfant-soldat

Allah n'est pas obligé © Bac Films

C’est en plein cœur de la Côte d’Ivoire, du Libéria et du Sierra Leone que l’on rencontre le sarcastique Birahima, plein de tchatche et d’énergie, à la candeur perdue.

Birahima, âgé de 12 ans, doit traverser son pays pour se rendre au Libéria peu après la mort de sa mère. Il part avec Yacouba, un marabout autoproclamé, et surtout, grand baratineur. Le voyage, annoncé paisible et simple, devient un récit initiatique violent, qui voit le jour dans la grande Histoire, lorsque Birahima devient un enfant-soldat.

Une existence oxymorique

Birahima est un enfant chahuteur, présenté d’abord comme un petit délinquant attachant. C’est un personnage tranché dont le discours est rythmé. L’enfant est également le narrateur d’Allah n’est pas obligé. Et nous suivons ses pensées les plus intimes à travers le doublage sensationnel de SK07, rappeur ivoirien. Accompagné d’un dictionnaire de la langue française, il nous raconte, tout en slamant, ce qu’être un enfant-soldat dans l’Afrique de l’Ouest à la fin du XXème siècle signifie.

Sans cesse confronté aux injustices et à la dureté du monde, le narrateur n’hésite pas à utiliser un vocabulaire très cru pour conter ses péripéties morbides. Birahima est un personnage ambivalent. Aussi cruel qu’innocent, il ne s’épargne pas dans son récit, traitant en profondeur de ce qui le tourmente à son jeune âge. Par ce procédé, le·a spectateur·ice plonge ainsi dans les ressors psychologiques de la guerre civile.

L’animation retranscrit avec simplicité les angoisses et l’allégresse de Birahima. Elle oscille fréquemment entre des moments de cauchemars durant lesquels les lignes se déforment, et les couleurs prennent un ton inquiétant, invoquant des figures disparues au cours de l’histoire. Ce mécanisme est tellement efficace que les moments les plus légers et doux semblent d’une grande traîtrise, à la limite d’un rêve tout droit sorti de l’imagination du narrateur. De fait, le paradoxe atteint son apogée lorsque Birahima orne son fusil automatique d’un porte clé panda, proposant une matérialisation claire de cette idée de personnage à l’existence oxymorique.

Un héritage empoisonné

Birahima revient sur les origines du conflit et souligne la question de l’héritage empoisonné par les conflits armés. Dans les zones de guerres où sont impliqués les enfants, il leur est légué des rancunes qui sont loin de leurs existences puisque les querelles ont, souvent, commencé avant leur propre vie.

Le ton d‘Allah n’est pas obligé demeure léger, puisque rapporté par un enfant et sur des musiques entrainantes. La bande originale est assurée par Thibault Kientz-Agyeman qui a travaillé sur Kirikou et les hommes et les femmes. Plus le·a spectateur·ice s’enfonçe dans l’histoire de Birahima, plus iel fait face aux horreurs de la guerre subies par les populations civiles. L’appât du gain est le carburant pour nombre d’atrocités qui sont directement transmises aux plus jeunes générations. Le vice est poussé à son paroxysme dans une animation énergique aux couleurs saturées et acidulées.

Par conséquent, il ne reste rien d’un possible héritage. C’est bien ce rien qui pousse les jeunes à prendre les armes. Il leur est promis de l’argent en abondance, du pouvoir sans limite et une sécurité face aux injustices de ce monde. Ceux qui n’ont plus rien sont toujours les premiers à se précipiter pour obtenir quelque chose, au pied du mur, ils décident de le faire exploser sans même penser à le contourner. Birahima est forcé dans cette fatalité et nous le suivons, nous demandant s’il sortira de ce cauchemar éveillé.

Allah n’est pas obligé choisit le médium animé pour retranscrire les atrocités de la guerre, suivant les pas de grands films comme Les Hirondelles de Kaboul, Persépolis ou encore Josep. Le film donne une leçon d’Histoire plus que nécessaire au spectateur pendu aux lèvres du personnage principal.

Allah n’est pas obligé, un film de Zaven Najjar. En salles le 4 mars 2026.

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