Celui que l’on ne présente plus, Sam Raimi, revient en salles quatre ans après son Doctor Strange. Avec Send Help, il marque un retour aux sources dans le monde de l’horreur que l’on aurait pu espérer meilleur.
Voilà près de vingt ans que Sam Raimi a fermé le chapitre de sa grande œuvre Evil Dead pour se diriger vers le western (Mort ou Vif, 1995) ou les blockbuster au logo rouge et blanc (Spider Man, Doctor Strange in the Multiverse of Madness). Pourtant, une partie d’elle semble toujours planer autour de Send Help. Durant ces deux décennies, le cinéaste a délaissé l’horreur – hormis pour Jusqu’en enfer (2009) – mais revient ici avec un film assez déconcertant. En jouant avec l’humour noir et l’horreur, le cinéaste convoque sa filmographie de façon testamentaire.
Linda, femme solitaire et veuve, dévouée à son travail, est promise à une promotion au poste de vice-présidente. Évidemment, tout ne se passe pas comme prévu, puisque le nouveau PDG, Bradley, homme d’une immoralité sans nom, décide de nommer à ce poste son ami. Mais alors qu’iels se retrouvent toustes deux survivant·e·s du crash de leur avion, les vies de Linda et de son patron prennent un tournant radical. Au travers de ce scénario naît une véritable satire sociale, déstructurant tous nos codes et statuts sociaux.
Bureaucratie macabre
Send Help démarre dans une ambiance bureaucratique. Chaque employé·e est penché·e sur son écran, les supérieurs — exclusivement des hommes — se jettent des fleurs. Le nouveau PDG est presque même accueilli et présenté comme un roi. Les employé·e·s sont contraint·e·s de le voir se pavaner au milieu de leurs bureaux pour aller jusqu’au sien.
Néanmoins, le crash sert de point de rupture dans cette structure sociale. Le bureau disparait alors pour être remplacé par une immense île sur laquelle la hiérarchie n’a plus aucun effet – et qui n’est pas sans rappeler celle de Sans Filtre (Ruben Östlund, 2022). Il est à présent question d’une lutte d’une autre nature : celle qui a pour objectif la survie. Linda n’est plus cette simple employée que l’on peut rejeter, remplacer, et humilier. Elle qui rêvait de participer à l’émission Survivor, parvient à faire de ce rêve une réalité cauchemardesque.
Pour une critique anti-patriarcale horrifique
Send Help part donc d’une proposition prometteuse : une critique anti-patriarcale qui vire au cauchemar. Le·a spectateur·ice aura plaisir d’y retrouver certains codes traditionnels tels que le gore ou le jumpscare. Néanmoins, le résultat n’est pas à la hauteur des attentes suscitées. Multipliant les rebondissements scénaristiques, le film s’essouffle et ennuie. Sous couvert d’humour noir, et de la direction horrifique de Raimi, Send Help semble se reposer sur cette simple critique. Une fois sur l’île, Linda se venge de la décision et des paroles de Bradley. Et ce dernier lui fait ingérer des baies pour s’échapper sur son radeau. Les deux finissent ainsi par s’entretuer : un scénario cascadeur et décadent.
Comme si cela ne suffisait pas, toute cette répétition s’accompagne de scènes tout à fait pittoresques, voire caricaturales. Il n’y a qu’à voir cette scène où, subitement, Linda tombe de la falaise. Elle se rattrape tant bien que mal à Bradley qui la tire vers elle pour la sauver, et toustes deux se retrouvent l’un sur l’autre, face à face. C’est l’une des nombreuses scènes dont l’on aurait tout à fait pu se passer pour laisser place à quelque chose de bien plus intéressant, et presque trop absent du film : la patte horrifique de Raimi. Si beaucoup d’éléments sont à jeter de ce film, ce n’est pas le cas des séquences où le cinéaste réveille ce que l’on aime de ses années 80-90. À savoir ce petit grain de folie sadique qui ne cherche qu’à faire bondir les spectateur·ice·s de leur fauteuil.
Que ce soit cet instant de chasse avec le sanglier, ou la lutte bestiale de Bradley et Linda qui transforme cette dernière en un véritable zombie : Sam Raimi est toujours présent, mais bien caché. En tournant cette satire sociale au burlesque morbide, Send Help se perd dans un sentiment de répétition ennuyeux qui peut rendre nostalgique de l’époque Evil Dead du cinéaste.
Send Help, de Sam Raimi (20th Century Studios, 1h54). En salles depuis le 11 février 2026.








