Après une occupation, une levée de fonds et un an et demi de rénovation, le cinéma indépendant et associatif La Clef a définitivement rouvert le 14 janvier 2026. Pour l’occasion, Maze a échangé avec deux bénévoles du collectif sur le futur du lieu, entre programmation engagée et volonté d’accessibilité.
La Clef est un cinéma indépendant et associatif au coin d’une rue du Quartier latin. Depuis 1973, il présente des films peu diffusés. Après sa vente et l’échec de plusieurs tentatives de reprise, ce cinéma a failli disparaitre. C’était sans compter sur la mobilisation d’habitant·es, de cinéphiles et de jeunes professionnel·les qui l’ont occupé entre 2019 et 2022. Ce collectif, La Clef Revival, a finalement réussi à acheter le cinéma en 2024, en faisant un bien collectif. En 2026, le cinéma ouvre enfin ses deux salles au public après une mise aux normes et des chantiers participatifs.
La Clef (ré)ouvre le 14 janvier 2026, à la suite d’une lutte collective qui a duré six ans. Dans quel état d’esprit est l’équipe du collectif, à l’heure de cette nouvelle phase ?
Élise et Alice : Nous sommes très content·es d’ouvrir et d’avoir de nouveau du public, mais notre modèle reste fragile. Nous devons encore rembourser un emprunt, éclairer et chauffer le bâtiment, etc. Que ce soit par des coups de main ou des fonds, nous avons encore besoin de soutien. Cela peut être faire un shift au bar, aider à l’accueil, adhérer au cinéma… Si certain·es veulent aider sur des aspects plus techniques, comme la projection ou la programmation, il y aura des formations. Beaucoup de médias et de personnes présentent la réouverture comme une arrivée mais, pour nous, c’est aussi un nouveau point de départ.
Pour la séance de réouverture, vous avez projeté le documentaire soudanais Talking About Trees de Suhaib Gasmelbari. À quoi va ressembler la future programmation de La Clef ?
Elle va ressembler à ce qu’elle a été pendant l’occupation : c’est-à-dire, à une programmation bénévole et collective, avec des séances très différentes. Chaque personne peut proposer sa séance, seul·e ou en groupe, avec le regard du collectif. L’idée reste tout de même que l’on se distingue des cinémas d’exploitation habituels, en projetant des films que l’on ne voit actuellement pas. Une programmation éclectique, donc, avec des choix engagés. Nous avons pensé le modèle économique pour que la programmation soit vraiment libre.
En quoi est-ce important pour vous de continuer dans cette lignée de projeter des « récits en marge » ?
C’est déjà un héritage de La Clef, avant l’occupation. Quand c’était un cinéma d’art et d’essai, nous mettions en valeur des cinémas des minorités : sud-américaines, africaines, afro-caribéennes…. C’est politique de montrer des films qui ne sont pas montrés ailleurs, ou dans des festivals.
En plus des films, par quels moyens se concrétise la volonté d’avoir une fonction artistique et sociale ?
Par le prix libre, déjà : nous nous sommes beaucoup battu·es pour le maintenir, et le concilier avec une billetterie CNC. C’était aussi ce qui définissait La Clef : un cinéma au centre de Paris, où l’on peut rentrer avec 50 centimes. Pendant l’occupation, nous avons vu qu’il y avait beaucoup de personnes – surtout des jeunes – qui avaient envie de se retrouver, d’être en salle ensemble, et de parler de films. C’était l’émulation de l’exclusion imminente, et la nécessité de soutenir le lieu, mais également le fait que La Clef était un lieu de vie.
Nous pouvons faire des tentatives : par exemple, aller voir un film sans savoir à quoi ça va ressembler. Nous voulons aussi qu’il y ait des personnes qui soient là pour les présenter, et animer des temps de discussion : avec les metteur·ses en scène, mais aussi avec des technicien·nes ou des chercheur·ses. Rappeler que ce sont des œuvres collectives !

Vous avez parlé du prix libre. Plus généralement, comment essayez-vous de garantir l’accessibilité et l’ouverture du lieu à tous et toutes ?
En plus du prix libre, il y a le bar-café associatif. Il y a peu d’endroits à Paris où l’on paye 1 euro le café et 2,50 euros la bière ! Nous pouvons aussi offrir une adhésion suspendue au cinéma, disponible pour quiconque en fait la demande. Cela dépendra des forces, mais nous aimerions proposer des programmations pour les enfants, voire pour les bébés. Avant l’expulsion, plusieurs groupes de jeunes de centres aérés venaient le mercredi après-midi pour des ateliers d’éducation aux images.
Nous aimerions également généraliser les sous-titres SME autant que possible. Les salles, malheureusement, ne sont pas encore accessibles pour les personnes en fauteuil, parce que le bâtiment n’a pas été construit pour, et que nous n’avons pas encore les fonds pour les mettre aux normes.
Quelles sont les prochaines perspectives et espoirs pour la Clef ?
Nous espérons déjà qu’il y aura plein de monde dans les salles, et que ça continuera ! Nous préparons l’ouverture depuis tellement longtemps que si ça marche, c’est déjà chouette. Et nous avons aussi hâte d’accueillir de nouvelles personnes et de nous former, en étant le plus horizontal possible. En plus de cela, nous aimerions que le modèle associatif et autogéré de La Clef essaime partout, en France et dans le monde ! Nous avons l’impression que le fait d’avoir réussi à racheter le cinéma a donné du courage et de l’inspiration à des lieux amis.









