À l’approche des élections municipales, le média rap Grünt a annoncé, le 16 janvier, l’organisation d’une tournée dans plusieurs villes françaises. Présentée comme une initiative culturelle et politique, cette tournée municipale entend afficher une opposition claire face à l’extrême droite, dans un contexte électoral jugé préoccupant par ses organisateurs.
Avant de s’attarder sur cette tournée municipale, un détour par l’histoire de Grünt s’impose. Fondé en 2011 par Jean Morel, le projet prend d’abord la forme de sessions de freestyle diffusées sur YouTube. Les premières, mises en ligne à partir de 2012, reposent sur un dispositif brut et intimiste : une table encombrée de câbles, de micros et de bières, autour de laquelle plusieurs artistes se succèdent pendant une trentaine de minutes. Parmi eux, Keroué ou encore James Legalize.
Au fil des années, Grünt a su évoluer avec de nouveaux décors bien plus sophistiqués. La récente session de JeanJass, tournée dans un musée face à une maquette de dinosaure, ou encore le robot-chien accompagnant le freestyle de TH, témoignent de cette montée en ambition visuelle.
Néanmoins, Jean Morel a réussi à pousser son projet sur différentes scènes, à la Grande Halle notamment pour y faire le Grünt festival. La dernière édition en date (quatrième) réunissait tout un tas d’artistes. La programmation allait des plus émergents (Ptite soeur, Gen…) ou des plus ancrés dans la culture hip-hop (Rim’K, JeanJass…). Véritable tremplin pour certain·es rappeur·ses, Grünt se place aussi dans une ligne politique bien marquée, en totale opposition avec la présence de l’extrême droite au pouvoir.
Engagement politique de Grünt
Mais l’ambition de Grünt ne se limite pas à la promotion musicale. Depuis plusieurs années, le média affiche une ligne politique claire, en opposition frontale à l’extrême droite. Un positionnement assumé publiquement, notamment lors du dernier Grünt Festival, lorsque Jean Morel prend le micro pour lancer une phrase devenue emblématique des mouvements antifascistes : « La jeunesse emmerde le Front National ». (que l’on tient du groupe Bérunier noir)
Cette posture se retrouve dans le communiqué publié par Grünt à l’annonce de la tournée municipale, au constat aussi pessimiste que réaliste :
« Chaque jour un peu plus, nous faisons face à une situation qui s’aggrave. Le péril d’une arrivée au pouvoir de l’extrême droite et son idéologie xénophobe, autoritaire, antisociale et climatosceptique est imminent. »
Cette tournée matérialise et concrétise cette idéologie antifasciste que soutient Grünt et ses équipes. La première étape fut l’invitation d’artistes dont les lyrics partagent la même idéologie, à l’image de cette punchline de H JeuneCrack dans un morceau avec Mairo, Cartenaccio : « La France a.k.a Racistan / En c’moment, c’est grave glissant, fiches S et discours fascisants ». Cette punchline et tournée municipale révèlent une prise de conscience commune sur l’état du monde, constat partagé par Limsa et Isha dans leur dernier projet, Bitume Caviar Vol.2 dans le morceau Fin de ce monde.
Ils tiennent des propos dénigrants sur nos frères, sur les migrants.
Les rois du monde, ils sont délirants, y en a même un qui veut bombarder l’Iran.
Ils vivent comme des rois, des ducs et des vicomtes et veulent nous faire croire que toutes les vies comptent

Programme de la tournée
La tournée s’étendra du 5 février au 7 mars, soit jusqu’à une semaine avant les élections municipales. Neuf villes sont concernées : Tours, Saint-Brieuc, Laval, Bordeaux, Toulouse, Marseille, Lyon, Rennes, Tourcoing, Caen, Boulogne-sur-Mer et Paris. Les artistes participant à l’événement n’ont pas encore été officiellement annoncés. Néanmoins, certaines interactions sur Instagram laissent penser que l’artiste bretonne Arøne, dont l’album Drama est sorti en novembre dernier, sera présente lors de l’étape de Saint-Brieuc, le 6 février.
Sans trop s’avancer, nous pouvons nous attendre sur une possible présence de Zamdane pour le passage de la tournée à Marseille. Le rappeur marseillais avait déjà participé à un concert solidaire « Pour Sauver Des Vies En Mer » en 2025, accompagné entre autres d’Alonzo, Bekar, Ben PLG, Danyl.
En organisant cette tournée, Grünt réaffirme sa conviction que la culture demeure un levier politique à part entière. Reste à savoir dans quelle mesure ce type d’initiative parvient à dépasser le cercle des convaincus, à l’heure où l’abstention progresse et où les discours réactionnaires gagnent du terrain. En investissant le terrain culturel là où le débat politique semble parfois se refermer, Grünt interroge la capacité de la musique et des contre-cultures à peser face à la progression des idées réactionnaires et à la désaffection électorale.
Pour Maze, la couverture de cet événement s’inscrit dans la défense d’une ligne éditoriale indépendante, antifasciste et engagée. Nous estimons qu’il est crucial de soutenir et de valoriser les initiatives culturelles qui s’opposent aux idées d’extrême droite et qui font de la culture un espace de réflexion et de mobilisation. Nous affirmons notre volonté de défendre la culture comme arme citoyenne, capable de questionner les pouvoirs, de mobiliser les consciences et de renforcer le débat démocratique face à la montée des idées réactionnaires.







