Présenté en film d’ouverture de la deuxième édition de CinéBaltique, Renovation est le premier long métrage de la cinéaste lituanienne Gabrielė Urbonaitė. Filmé dans une douce lumière estivale, le film brosse le portrait d’une femme qui redoute son trentième anniversaire.
Ilona (Zygimante Elena Jakstaite), 29 ans, vient de s’installer avec son petit ami Matas (Sarunas Zenkevicius). Traductrice, elle travaille depuis chez elle. Mais ce nouveau départ prend un tout autre tournant lorsque des travaux de rénovation débutent. Le bruit constant l’empêche de travailler, et cette irritation s’ajoute à celle de son trentième anniversaire qui approche.
Gabrielė Urbonaitė, née en 1993, filme avec justesse le passage à la trentaine d’une génération qui ne sait plus trop bien où se situer. Le personnage d’Ilona angoisse par rapport aux grandes étapes de la vie censée l’attendre après son trentième anniversaire : fiançailles, grossesse, achat d’appartement.
Génération Y
Tout au long du film, elle doute de ses véritables envies et se questionne sur sa place dans la société. Réticente à l’idée de cocher toutes les cases du passage à l’âge « adulte », elle se perd avec elle-même mais aussi dans sa relation avec son petit ami Matas. La cinéaste prend un poste d’observation presque documentaire dans les recoins de l’appartement, observant ses personnages évoluer sans les juger.
Le trouble d’Ilona est accentué par sa rencontre avec Oleg (Roman Lutskyi), un ouvrier ukrainien, peintre à ses heures perdues. Ils partagent une cigarette, une tasse de thé, et des discussions qui semblent perdre encore plus Ilona. Cette dernière se met même à écrire de la poésie, inspirée par les travaux qui font désormais partie de son quotidien. Les moments partagés entre les deux sont filmés comme des petites saynètes, accalmies dans la vie tempétueuse d’Ilona.

Dans cet appartement qui était au départ une source de renouveau, avec ses grandes fenêtres et ce bureau pour elle toute seule, Ilona finit par se sentir à l’étroit. Le film est tourné presque intégralement en huit clos dans un lieu de vie aux apparences presque parfaites. Ce procédé enferme les spectateur·rice·s dans le décor. Les bruits de perceuse, omniprésents, viennent très rapidement briser la quiétude de ce nouveau cocon. Le travail du son est d’ailleurs très réussi. L’ingénieure du son Iveta Macevičiūtė crée ainsi une ambiance sonore étouffante tout au long du film.
À ses côtés, Matas ne comprend pas vraiment les questionnements de sa copine. Guide touristique, il passe la plupart de ses journées à arpenter les rues de Vilnius. En télétravail, Ilona subit seule cette rénovation d’immeuble très bruyante. Ses problèmes de concentration ne jouent pas en la faveur de sa relation. Elle se pose des questions sur le futur de son couple et se compare sans cesse à son entourage. Le personnage de Matas est plutôt passif et ne se révèle vraiment qu’à la fin du scénario.
Guerre voisine
La douceur des couleurs à l’écran baigne tout le film dans une sorte de rêve estival, filmé par Vytautas Katkus (le directeur de la photographie de Toxic de Saulė Bliuvaitė) grâce à une caméra 16mm. Ces tons contrastent avec la guerre, en hors-champ permanent. On entend cette dernière à la radio, ou dans les conversations entre les ouvriers du chantier.
Le conflit en Ukraine reste à l’arrière-plan de Renovation, mais semble tout de même impacter tous les personnages. Malgré les petits drames qui ponctuent la vie des habitant·e·s de l’immeuble, la guerre domine par sa gravité. La menace constante d’un conflit aussi proche taraude le personnage d’Ilona, qui affirme pourtant au début du film qu’elle oublie parfois qu’une guerre est en cours. La réalisatrice en fait aussi un sujet de discorde au sein du couple. La guerre ajoute une vraie dimension dramatique aux banalités qui opposent Ilona et Matas.
Gabrielė Urbonaitė réussit à faire un film avant tout sur une jeune femme perdue, esseulée, qui tente de répondre aux grandes questions de la vie dans un contexte géopolitique plus qu’incertain. Il flotte dans la vie d’Ilona un certain air de Julie en douze chapitres de Joachim Trier…








