LITTÉRATURE

 « Certaines fièvres échappent au mercure » – Se défaire des traumatismes d’enfance

Crédit : Dorian Prost

Peut-on aimer quelqu’un dont la mort nous obsède ? Avec son troisième roman, Mathilde Forget poursuit sa réflexion sur le deuil et interroge les traumatismes d’enfance à l’aune d’une relation amoureuse.

Dans A la demande d’un tiers, son premier roman remarqué par la critique, Mathilde Forget, écrivaine, compositrice et interprète, abordait déjà le difficile thème du suicide de sa mère. Cet événement traumatique trouve un nouvel écho dans Certaines fièvres échappent au mercure sous la forme d’une réflexion  autour de la mort alors que son personnage commence sa vie d’adulte. 

Diplômée du master de création littéraire de l’université Paris 8, Mathilde Forget commence sa carrière artistique dans la musique. Elle se fait d’abord connaître musicalement grâce à l’album aux accents mélancoliques Le sentiment et les forêts, avant de basculer vers la littérature. Dans ce troisième roman, la narratrice – alter-égo de l’écrivaine – raconte comment, devenue adulte, ses angoisses de mort se projettent sur ceux qu’elle aime, en particulier sa compagne. 

Faire son deuil

Avec elle, tout commence dans une rame de RER. Assise côte à côte, Edith et une inconnue aux cheveux bouclés sentent qu’elles se plaisent. Il suffira d’un toucher de genou pour sceller leur histoire d’amour. « On n’était pas loin d’en crever, de l’effet qu’on se faisait », relate la narratrice. Tandis que le couple franchit les premières étapes symboliques d’une histoire d’amour naissante – des premiers échanges sms maladroits à une tentative de dévoilement amoureux aidé par la poésie queer d’Audre Lorde – Edith est progressivement envahie par des angoisses de mort. Dans des scénarios de plus en plus sordides, elle voit mourir son amoureuse. Face à cette inquiétude perpétuelle, la narratrice s’interroge. Comment résister à cette peur envahissante, irrationnelle ?  Peut-on, une fois adulte, déconstruire ses peurs d’enfant ? Est-il possible d’aimer en étant indisponible émotionnellement ? 

Avec patience, Mathilde Forget dissèque les subtefurges élaborés par notre cerveau pour faire face à la violence de la mort. En partant d’une situation personnelle, l’autrice parvient à aborder une problématique universelle : la difficulté pour ceux qui survivent à la disparition d’un proche de rester du côté de la vie. Les très beaux passages sur la beauté –  qui, sous la plume de l’autrice prend la forme d’une mâchoire anguleuse ou d’une vieille voiture – esquisse la piste d’un bonheur possible. Et malgré une fin qui semble un peu facile – portée par l’amour que lui prête sa compagne, les angoisses d’Edith semblent disparaître – le livre touche par son honnêteté et pose une question rarement évoquée : comment se construire adulte sans trahir ce que l’on a été enfant ? 

Certaines fièvres échappent au mercure, Mathilde Forget, L’Iconoclaste, 18,5 euros

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