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Rencontre avec Pi Ja Ma : « Avec cet album, j’ai retrouvé le plaisir pur de créer »

Avec Magnétofille, Pi Ja Ma dévoile un nouvel album intime et direct, dans lequel elle retrouve le plaisir pur de créer.

Entourée d’un girls band et épaulée par son complice Hugo Pillard (Trente), Pi Ja Ma explore dans Magnétofille ses obsessions, son rapport à la création et à l’hyperactivité contemporaine. Après une bande dessinée remarquée, Minuscule folle sauvage, l’artiste revient à la musique avec un projet profondément personnel.

Ton album Magnétofille sort le 30 janvier : tu es plutôt heureuse, angoissée, les deux ?

Pas trop angoissée. La sortie d’album, je trouve ça plutôt cool. Il y a un côté où tu as hâte de voir que les gens l’ont chez eux, qu’ils l’écoutent, qu’ils disent : «  ah celle-là c’est ma préférée, celle-là j’aime pas trop.  »

Là où je suis un peu plus angoissée, c’est pour la tournée. C’est assez nouveau : on va être quatre sur scène, et ça fait longtemps que je n’ai pas fait de concert en mon nom propre. J’ai fait des concerts où j’étais invitée par des amis, mais là c’est un concert avec un nouvel album, une nouvelle configuration, de nouvelles scénos…

En même temps, j’ai hâte de refaire juste de la musique et de présenter les morceaux en live. On bosse comme des fous, je pense que ça va être vraiment stylé.

Et tu imagines comment le live pour ce nouvel album ?

Déjà, on est un girls band, ce qui est hyper excitant pour moi. Depuis dix ans de concerts, c’était surtout des groupes masculins. Là, entourée uniquement de femmes, je me sens mieux et je pense que l’énergie sera différente.

Ça va être plus musical qu’avant, parce qu’avant il y avait pas mal de trucs enregistrés, on était seulement deux. Maintenant, il y a une batteuse, une musicienne au synthé et une bassiste/guitariste. Je suis beaucoup plus libre sur scène. Si j’ai envie d’aller dans le public, rigoler avec les gens ou danser n’importe comment, je peux le faire.

C’est aussi la première fois que je joue uniquement mes chansons, toutes écrites et composées par moi, avec certaines co-composées avec Hugo Pillard, alias Trente. Là, c’est un vrai saut dans le vide, mais hyper excitant, parce que l’album me ressemble vraiment.

Quels sont les thèmes principaux de l’album ?

Il est plus léger que le précédent, mais peut-être plus sérieux aussi. Avant, je me cachais derrière beaucoup d’humour et de décalage. Cette fois, l’écriture est simple et directe.

Par exemple, dans «  Chiale  » ou «  Hyperactive Girl  », je parle de nos vies modernes, où on fait cinquante trucs en même temps et où on finit par exploser. «  Chiale  » évoque notre génération : on est tous un peu tristes, bizarres, diagnostiqués, et pourtant on doit continuer notre quotidien.

L’album n’est pas un concept album sur la rupture ou la famille. C’est un constat sur ma vie actuelle, mes passions, ce que j’aime faire et comment cela prend de la place dans ma vie. La chanson «  La Passion  », par exemple, pourrait sembler être une chanson d’amour, mais elle parle d’une personne complètement absorbée par ce qu’elle aime, parfois plus que par une relation.

Tu as composé l’album principalement chez tes grands-parents à la campagne. Était-ce nécessaire pour toi ?

Oui, surtout parce que c’est un lieu calme, loin du tumulte de Paris. Mon frère y vit, c’est très tranquille et pratique : pas de studios chers, personne pour nous déranger. C’est aussi un endroit chargé de souvenirs d’enfance, où j’ai grandi en jouant dans le jardin, en courant dans la garrigue, en regardant la télé et en bricolant.

Cette atmosphère a nourri l’album. J’ai enregistré pas mal de bruits aussi de la maison. Il y avait des mobiles pour les enfants en bois dans la chambre, et j’ai enregistré les bruits de ça, j’ai enregistré le bruit des escaliers, les bruits du jardin. Ça donne un côté très vivant et personnel au disque.

L’album a été réalisé avec un ordinateur et un set d’instruments limité. Pourquoi ce choix DIY ?

C’est simple : Hugo et moi, on sait faire que ça et on se comprend parfaitement. On invente notre langage : par exemple, on a appelé un instrument «  la puic  » parce que ça fait «  puic puic  ». On se comprend sans s’expliquer.

Puis, on a aussi voulu créer une cohérence sonore : mêmes sons de synthé, même boîte à rythme, même guitare. Même si les morceaux sont différents, cela donne une unité à l’album.

Pendant longtemps, la musique me semblait compliquée et frustrante, alors que dessiner ou faire de la céramique me semblait facile. Avec Magnétofille, j’ai retrouvé le plaisir pur de créer, sans pression. Même si au début je me disais : «  ça va peut-être être nul, personne n’écoutera, au final, le résultat nous plaît énormément.  »

Ta bande dessinée Minuscule folle sauvage a été très bien reçue. Cela a-t-il influencé ton approche de l’album ?

Oui. Le succès du livre m’a montré que les gens appréciaient un côté plus brut et intime, sans humour permanent. Cela m’a donné la confiance pour créer un album qui me ressemble vraiment, avec des textes plus sérieux et directs.

Le livre parle de mon anxiété et de mes difficultés relationnelles depuis l’enfance. Beaucoup de gens ne connaissaient pas cette facette de moi, et les retours ont été incroyables. Cela m’a permis de me sentir légitime à montrer davantage de moi-même dans ma musique.

Parle-nous de ta collaboration avec Hugo Pillard (Trente)

Hugo est mon meilleur ami depuis sept ans et nous sommes ensemble depuis deux ans. On est extrêmement proches et fusionnels. Quand j’ai voulu faire cet album très personnel, il comprenait parfaitement mon univers.

On a travaillé de manière très fluide, expérimentant même via FaceTime. Il comprenait que c’était mon album, pas le sien, et m’a soutenue sans imposer ses idées. Et du coup voilà : quand on travaille ensemble, on est vraiment deux gros bébés, on fait n’importe quoi. Super gars, super mec.

Et le clip de «  Chiale  », qu’en penses-tu ?

Faire des clips est un exercice stressant pour moi. Je déteste anticiper, me préparer, me voir à l’écran… Mais tout s’est bien passé. Le rendu est exactement ce que je voulais. Même si aujourd’hui, les clips sont moins regardés, je pense que ça apporte vraiment quelque chose à la chanson. 

Tu es musicienne, chanteuse, autrice et céramiste. Comment expliques-tu ce goût pour la création ?

Depuis l’enfance, j’ai toujours été attirée par les activités artistiques. Mes parents m’offraient des carnets de coloriage, des kits de couture, des jeux créatifs. Cela a créé un terrain fertile pour l’expression artistique, que je retrouve aujourd’hui dans la musique, le dessin, la céramique et l’écriture.

Même dans les moments difficiles, la création me permet de rester active et de m’épanouir. C’est une manière de gérer l’anxiété et de canaliser mon énergie.

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?

De me calmer déjà, parce que je fais cinquante choses par jour ! J’aimerais que cet album plaise autant que ma BD, que les concerts soient un succès et que je puisse prendre enfin des vacances pour me reposer. Et bien sûr, écrire un nouveau livre pour enfants, un projet que j’ai depuis longtemps mais que je n’ai pas encore eu le temps de concrétiser.

Autant dire que, vacances ou pas, Pi Ja Ma n’a visiblement pas prévu de lever le pied de sitôt ! 

Pi Ja Ma sera en concert à Toulouse le 7 mars à Le Metronum, à Paris au Théâtre de la Ville le 19 mars ainsi qu’à la Maison des Métallos le 14 avril mais c’est déjà complet, et en tournée dans toute la France du 8 février prochain.

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