CINÉMA

Festival du film slovène #2 – Une idylle slovène

© AGENCE VALEUR ABSOLUE

Du 20 au 23 novembre s’est déroulée la 2ème édition du Festival du film slovène à Paris. Une occasion assez rare de profiter d’un cinéma d’une grande sensibilité, où la famille et l’enfance priment.

Se déroulant au cinéma l’Entrepôt dans le 14ème arrondissement, cette édition du Festival du film slovène promettait des émotions et des rencontres, et il a tenu parole. Sept films furent projetés, presque toujours accompagnée de rencontres – seule exception, On Paper Wings de Matjaz Klopcic, l’unique film de patrimoine, projeté en version restaurée – permettant d’échanger avec les cinéastes. De plus, cette deuxième édition a mis en avant une majorité de réalisatrices, avec cinq films sur sept réalisés par une femme.

Une programmation assez réduite, mais qui ne manqua pas pour autant de diversité. Deux documentaires, et cinq fictions, dont un film de patrimoine et un film pour jeune public : de quoi contenter l’ensemble des spectateur·rice·s. Avec pour thèmes principaux la jeunesse, le passage à l’âge adulte, et la famille, les films ont plongé leur public dans des réflexions intimes et profondes, parfois tabous, ravivant les souvenirs d’une période toujours difficile.

Petit agité

Outre On Paper Wings et Woman of God, tous les films proposés traitaient de la jeunesse, du passage à l’âge adulte, et des relations familiales. De Little Trouble Girls, film d’ouverture du festival, à La montagne ne bougera pas, film de clôture, les protagonistes des différentes œuvres doivent faire face à des changements affectant leur vie de tous les jours  : la naissance du désir, la mort des proches, l’éclatement de la cellule familiale, l’envie d’évasion… Ces événements sont la source d’interactions qui poussent les personnages à accepter ces bouleversements, non sans quelques altercations au passage.

Ces dernières sont d’ailleurs souvent engendrées par les adultes qui refusent d’écouter les demandes des enfants. Lorsque Lucija s’ouvre à son professeur de chant en lui révélant son attirance pour sa camarade Ana-Maria, ce dernier la fait taire, et s’acharne sur elle à chaque répétition avec sa chorale. Dans Ida qui chantaient si mal que les morts se levaient et chantaient avec elle, les deux parents de la jeune fille la délaissent peu à peu, et se moquent de ses peurs et de ses envies.

Ida se tenant au milieu d'un groupe d'enfants.
© FFC

Ces histoires sont donc centrées sur l’enfance, sans pour autant être enfantines, mis à part Block 5 qui se déclare ouvertement être un film pour le jeune public. Ce dernier réussit son pari malgré une certaine inégalité dans l’écriture. Celle-ci rend certes crédible la relation entre Alma et son père, tout en évoquant la mort de sa mère avec beaucoup d’émotions, mais elle s’enfonce dans des clichés et des raccourcis lors des échanges entre enfants.

Ophélia, Marie et autres échos

En dehors de ce premier lien entre les films, ce sont évidemment leurs thématiques principales qui ont créé une cohérence au sein de la programmation. De l’amour à la famille, en passant par la religion, des ponts se construisent entre les histoires. Même les inspirations esthétiques des réalisatrices se font écho : Family Therapy et Little Trouble Girls font tous deux références au tableau Ophélie de Millais, par exemple. La remise en doute de la foi chrétienne apparaît, elle, de deux manières différentes dans la programmation  : à travers les yeux d’une jeune fille en pleine découverte d’elle-même dans Little Trouble Girls, et ceux d’une femme épuisée par un système qui l’enferme dans un rôle mineur dans Woman of God.

Lucija et Ana Maria s'entrainant à embrasser avec leurs mains.
© Berlinale

La cohérence de la sélection n’a pas pour autant créé une masse indiscernable de films. Chacun d’entre eux propose un scénario et une mise en scène uniques, qui marquent les spectateur·rice·s avec des images fortes. Family Therapy a des plans d’une grande symétrie, On Paper Wings propose un montage non linéaire, Ida a une ambiance onirique, La montagne ne bougera pas se rapproche du sublime anglais… Malgré des séances enchaînées à un rythme effréné, chaque film laisse une marque profonde.

À bientôt, j’espère

Cette deuxième édition du Festival du film slovène a bien rempli les objectifs qu’elle s’était fixés : donner envie de découvrir la cinématographie de ce petit pays d’ex-Yougoslavie, et mettre en avant le travail de nouvelles réalisatrices. Urška Djukić (Little Trouble Girls), Petra Seliškar (La montagne ne bougera pas) et Ester Ivakič (Ida) sont toutes les trois les grandes révélations du festival, et leurs films méritent une sortie dans les salles françaises – ce qui est d’ailleurs le cas pour Little Trouble Girls.

Deux frères jouent ensemble dans les montagnes de macédoine.
© Cinephage

Petite déception, toutefois, dans la mise en place des sous-titres. En effet, les langues sont très importantes dans la construction des récits. Le slovène côtoie le serbe, le bosniaque, le našinski, le macédonien… Difficile pour quelqu’un ne connaissant pas ces langues de les différencier, et malheureusement, les sous-titres n’aident pas forcément les spectateur·rice·s non-initié·e·s à comprendre le moment où un changement de langue a lieu.

Il faut donc espérer que le festival continuera à se développer, et reviendra l’année prochaine pour continuer de partager de magnifiques films à un public toujours plus nombreux.

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